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U.P.F.
42èmes Assises de la presse francophone16/03/2010
Les 42èmes Assises de la presse francophone auront lieu à Rabat, au Maroc, du 1er au 4 juin 2010.La responsabilité politique et sociétale des médias
A cause ou grâce aux nouvelles technologies, il n’y a plus un seul espace sur la planète qui ne soit concerné par l’activité des médias. C’est dire l’accroissement de la responsabilité de ceux qui les font. Il est tout à fait remarquable que cette extension géographique se soit accompagnée d’une forte augmentation de la liberté des médias.
Cette remarquable extension ne va pas sans poser des questions essentielles. En voici quelques unes, présentées sous forme de contradictions à assumer…ou pas. Première contradiction: indépendance contre responsabilité Ceci pose la première des contradictions : celle qui oppose la responsabilité - ou l’absence de responsabilité - à l’exercice de la liberté. Pas un seul endroit sur terre où quelqu’un, anonyme ou puissant, n’ait, au moins une fois dans sa vie, maudit l’indépendance qui permet aux médias une forme d’irresponsabilité. Et pourtant, chacun mesure bien ce que le respect de ses propres droits doit à la liberté des médias. Où placer le curseur ? Qui ou bien quoi peut décider de la bonne place du curseur ? La loi est-elle suffisante ? Qu’apporte l’éthique? Pour faire face à cette contradiction, que disent la philosophie, la morale, le droit, la politique… ? Que disent les professionnels des médias, les cibles et les émetteurs d’information... ? Deuxième contradiction: savoir faire le faire-savoir Le débat préoccupe depuis fort longtemps les enseignants : comment séduire les apprenants en limitant le plus possible les pertes de savoirs qu’entraine la vulgarisation-séduction? L’exercice est plus difficile pour les médias. Ils n’ont pas de loi sur la scolarisation obligatoire. Or, on voit d’impressionnantes dégradations de contenus au profit de la mobilisation des sentiments, de l’esthétique… Ces dégradations sont-elles l’avenir inévitable des classes sociales les moins favorisées ? Quel monde contribuons-nous à préparer ? Peut-on dire que les médias, même pauvres, sont un progrès pour les couches sociales qu’ils informent et distraient grâce à la séduction ? Troisième contradiction : un service public soumis au marché Les médias assurent un service public: informer, permettre à chacun de se faire une opinion, mettre à niveau, donner à voir, évaluer… Mais ils doivent l’assurer dans le cadre d’un marché concurrentiel, qui produit des médias de qualité inégale. L’histoire contemporaine a largement montré qu’il y avait grand danger à trop aller vers les extrêmes. Mais comment trouver la juste mesure ? Dans quelle mesure, pour quel service et selon quelle procédure peut-on réclamer le concours public ? Est-ce une question de financement ? De préparation-éducation des enfants ? D’accès à l’information garanti par la Constitution ?... Quatrième contradiction : Démocratie contre démocratie A côté des formes institutionnalisées de la démocratie, se sont développés des modes moins formelles mais plus puissantes, qui relèvent de la démocratie d’opinion. Elles transitent entièrement par les médias. Le pouvoir qu’ils acquièrent ainsi, doit-il être contrôlé ? Si oui, par qui, comment et selon quels principes ? En rendant possible la démocratie d’opinion, les médias améliorent-ils le fonctionnement des sociétés ou créent-ils de nouveaux déséquilibres ? Quels sont les contre-pouvoirs des médias dans les démocraties d’opinion ? Des jeux ambigus existent entre le monde politique et les médias; ces jeux servent-ils les progrès sociaux, la démocratie ? Cinquième contradiction : le visible et l’invisible Le monde politique, plus encore que les citoyens, accorde une grande importance aux médias, au point de considérer qu’ils feront le succès ou l’échec des carrières comme des actions. A-t-il raison ? En Afrique, dans l’impossibilité de censurer, les gouvernants cherchent à discréditer l’ensemble des médias. Jusqu’où cette stratégie est-elle préjudiciable pour la société ? Le contrôle politique sur les médias entrave-t-il la fonction de mise à niveau permanente (technique, médicale, sociale, scientifique…) qu’effectuent les médias auprès de la société ? Les médias sous contrôle accroissent-ils ou diminuent-ils la formation des identités nationales ? Sixième contradiction : qu’est-ce que la qualité ? Le public se plaint fréquemment de la mauvaise « qualité » de ses médias. A-t-il tort ou raison ? Dans quelle mesure? On voit bien que les sociétés qui lisent le plus de quotidiens sont aussi celles qui s’adaptent le plus facilement aux changements techniques. Des politiques publiques peuvent –elles élever le niveau des contenus des médias? Peut-on, en respectant les principes démocratiques, demander que les médias les plus sophistiqués soient subventionnés par l’ensemble de la communauté, sachant que ces médias seront consommés par les couches les plus aisées ? Septième contradiction : gérer « l’info-bain » Les médias entretiennent constamment un bain d’informations pour chaque terrien, pour qu’ils se maintiennent actifs et continuent de vivre normalement au milieu de changements de plus en plus rapides. Les médias sont la forme la moins chère et la plus efficace de développer sans cesse le savoir, une responsabilité moins visible mais peut-être encore plus grande que celle qui veille à la démocratie. Mais c’est un bain diffus, dont chacun ne profite pas de la même manière. Peut-on et comment améliorer la lisibilité, la diffusion, la compréhension ? Les médias peuvent-il réduire les erreurs dans la constitution de cet « info-bain » ? Inversement, comment protéger les médias quand ils participent à l’amélioration de la gestion collective (lutte contre la corruption ou le gaspillage, diffusion des pratiques optimales…) ? Huitième contradiction : vérité et crédibilité Les médias et les professionnels qui les animent sont soumis au tiraillement qui oppose si souvent la crédibilité à la véracité. Plus le domaine traité est loin de la sphère de connaissance des « clients », plus la crédibilité a du poids au détriment de la vérité. Comment limiter ce phénomène de formation d’images fausses ? Ceci impose le développement d’une communication strictement destinée aux journalistes. Comment éviter la connivence, l’influence ? Comment contenir la constitution d’une « idéologie de la communication » et de fabrication de l’information ? UNION INTERNATIONALE DE LA PRESSE FRANCOPHONE http://www.presse-francophone.org Par U.P.F.- 17/03/2010
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