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Gilles Carvoyeur
19/05/2010

BORDEAUX : L'ultime combat d'un débitant de tabac pour sauver son commerce de la crise


Depuis cinq ans, M. Claude Legersois tient un tabac-presse-loto-PMU bien placé en centre ville, implanté dans une ville moyenne du Grand Sud Ouest de la France. Sa vie de commerçant n'est hélas pas un long fleuve tranquille car dans les deux premières années de son installation, il a été confronté aux nuisances générées par la construction d'un centre commercial, situé à deux pas de son commerce.


Claude Paquis, sans perdre une minute, est intervenu directement auprès du médiateur à Paris

"En m'installant, je savais que les travaux auraient lieu, donc on ne peut pas dire que j'ai été trompé au moment de la vente par mon prédécesseur" explique t-il.
Toutefois, cette construction a eu des répercussions importantes au niveau de son activité et donc de son chiffre d'affaires. Comme souvent en pareil cas, la clientèle s'est nettement détournée de son commerce et lorsque les travaux de construction du centre commercial ont pris fin "l'activité a bien repris mais pas autant que souhaitée", raconte le débitant de tabac, encore sous le choc. "D'ailleurs, poursuit-il, l'ensemble des commerçants installés autour du centre commercial fait le même constat que moi : toute la clientèle n'est pas revenue et forcément cela se ressent au niveau du chiffre d'affaires de chacun dans le quartier".

Pour bien comprendre, comment tous ces magasins et commerces ont pâti de ce renouvellement urbain, c'est qu'avant ces grands travaux, l'endroit comptait la gare routière des bus (tous les bus de la ville étaient concentrés ici). Ce qui générait un trafic important dans les commerces alentours.
Aujourd'hui, la gare routière n'existe plus et le centre commercial n'est venu compenser que partiellement cette perte de clientèle.
"Résultat : au terme de cinq ans d'activité, ma capacité d'autofinancement est négative d'environ 45000 euros" se désole M. Legersois.

Conscient de ses difficultés, à la mi 2008, soit 3 ans après avoir repris son affaire, le débitant demande à la banque qui l'a financé de l'aider.
"Je commençais à ressentir des problèmes de trésorerie. Mais la banque a refusé toute aide. Pire : les responsables n'ont même pas demandé à me recevoir pour que je puisse expliquer ma situation et me conseiller pour m'expliquer ce que je devais faire !"
Son seul recours est de se tourner vers l'agent qui lui a vendu l'affaire. "Il m'a proposé ses services pour demander à une autre banque une autorisation de découvert de 50000 euros. Chose qu'il a obtenu. Au final, je m'aperçois que ce n'était pas une bonne solution pour assurer la viabilité financière et économique de mon établissement. Aujourd'hui, malgré le recours à cette autorisation de découvert, ma capacité d'autofinancement reste négative" s'aperçoit, un peu tard, le commerçant.
Bref, une spirale négative de laquelle M. Legersois souhaiterait se sortir.
Plus récemment, en octobre 2009, ce deuxième établissement bancaire dénonce l'autorisation de découvert, à la date au 31 décembre 2009.
"Rien que de très normal puisque je la dépassais périodiquement. Malgré tout, l'autorisation a été reconduite début 2010 jusqu'à début juin".

Courant février 2010, il propose à sa première banque de suspendre ses prélèvements d'emprunt jusqu'en juillet 2010, le temps pour lui de retrouver un peu de marge et un refinancement global.
Mais sa demande reste lettre morte puisqu'en réponse la Banque l'avertit que ses comptes ne seraient plus en fonction à compter du 29 avril 2010 !
Désarçonné par la brutalité de la réponse bancaire, le client prend rendez-vous avec le responsable de son agence. L'entretien se déroule le 28 avril 2010.
A l'issue de cette entrevue, la Banque annonce qu'elle précisera ses intentions, plus tard, par courrier. "A ce jour, je n'ai encore reçu aucun courrier m'indiquant quelle attitude elle va adopter en ce qui concerne mon commerce. Seule bonne nouvelle : mes comptes bancaires fonctionnent toujours."
Mais le commerçants sait bien qu'il a une épée de Damoclès pointée au dessus de lui. Pour combien de temps, cette situation va perdurer ? Nul ne le sait, et surtout pas lui ! Il ne comprend comment on peut le laisser dans une telle incertitude alors que la survie de son activité est en jeu !
"Sans doute attendent-ils ma réponse suite à la dernière proposition de leur service médiation faite au médiateur du crédit – que j'ai transmise à mon expert comptable en pleine période fiscale" avance t-il, sans certitude aucune. "Avec le recul, j'ai constaté que le bilan de mes prédécesseurs (qui avaient leur compte dans la même banque que celle qui a financé mon installation) faisaient apparaître des charges financières très nettement inférieures. Pour moi, la banque n'a pas mesuré l'impact des travaux du centre commercial ainsi que la disparition de la gare routière. De plus, depuis octobre 2009 jusqu'à décembre 2010, juste à côté de mon magasin, j'ai à subir les travaux du Crédit Agricole qui s'y installe. Extérieurement, le Crédit Agricole ne change rien mais les travaux intérieurs sont incessants (bruits de marteau-piqueur). Résultat : alors que nous subissons déjà les conséquences de la crise économique, les clients ne passent plus devant mon magasin à cause des bardages et de l'immense grue. C'est vrai qu'une fois les travaux terminés, le quartier va prendre un coup de jeune bienvenu. Mais pendant ce temps, c'est mon chiffre d'affaires qui en prend un coup supplémentaire alors que nous avons déjà subi la construction du centre commercial et le déménagement de la gare routière. Bref, avec ces travaux, c'est la totale ! Et ça commence à bien faire !"

Pour tenter de s'en sortir, le commerçant a pris contact avec l'ANDIEP, l'association nationale de la défense des intérêts particuliers et professionnels, par l'intermédiaire de M. Claude Paquis. Sans perdre une minute, ce dernier est intervenu directement auprès du médiateur à Paris en présentant son dossier dans les priorités. "Je tiens à les remercier pour leur soutien car ils répondent toujours présents et s'enquiert de mes nouvelles régulièrement".

Que faire ? Les dates butoirs des deux banques arrivent bientôt à échéance. C'est pourquoi, en coordination avec le président du tribunal de commerce affable et constructif, le mandataire et l'expert comptable, le commerçant a choisi d'être placé en procédure de sauvegarde le 6 mai 2010, situation censée lui permettre de continuer normalement son activité.
Or, ce n'est pas le cas car, certes, les dettes déclarées antérieures sont bloquées mais son fournisseur en tabac, ALTADIS exige qu'il paye par chèque de banque tous ses approvisionnements ! Ce qui est extrêmement compliqué, vu que la trésorerie du tabac est très tendue. Résultat, le débitant ne peut acheter que de très petites quantités de tabac. Les clients commencent à faire des réflexions.
Comment a t-on pu en arriver là ? Tout simplement parce que la dernière livraison de tabac fait partie des dettes bloquées. Par conséquent, ALTADIS exige un chèque de banque pour toute livraison payable donc immédiatement. Procédure de sauvegarde et redressement judiciaire ont les mêmes conséquences à leur niveau.

Ce qui d'un point de vue du droit commercial est totalement différent.
En plus, le commerçant doit systématiquement se procurer un chèque de banque pour payer son principal fournisseur, ce qui engendre une perte de temps à chaque fois qu'il se rend à sa banque pour se le procurer ! "Dorénavant, pour toute nouvelle commande ALTADIS me demande un chèque de banque. Il faut que je me déplace à la banque - 1 heure perdue sans compter les frais bancaires supplémentaires" peste M. Legersois.

Par ailleurs, comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, ALTADIS a également bloqué toutes ses commandes de recharges téléphoniques ORANGE, qui représentent la majorité du chiffre d'affaires dans la téléphonie et un second fournisseur de téléphonie a également bloqué toutes ses commandes de recharge SFR considérant là aussi qu'une procédure de sauvegarde équivaut à un redressement judiciaire.
"Et demain, quelle mauvaise surprise vais-je avoir ? J'appelle les fournisseurs pour bien leur préciser ma situation. Rien n'y fait. Cette mesure de sauvegarde était censée me permettre de continuer normalement mon activité tout en permettant au mandataire judiciaire de renégocier avec les banques. Je l'espère toujours. Mais aujourd'hui, je découvre les problèmes et donc je ne fais que survivre. Pour combien de temps ? C'est clair : on veut ma mort. Ma situation est plus que précaire.
Fort heureusement, j'ai le soutien de ma famille et dans ces épreuves, ma femme est solidaire de mes difficultés. Mais elles finissent par empoisonner notre vie. Cela devient purement et simplement invivable. Pour tout vous dire, je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir das ces conditions puisque personne ne nous aide. Les banques et les fournisseurs ne nous font aucun cadeau alors que mon commerce est viable. Ce que je demande, c'est qu'on me donne un coup de main, le temps que le mauvais passe. Mais aujourd'hui, tout le monde s'en fout !",
conclut, désespéré, le débitant de tabac du Grand Sud Ouest de la France.


Par Gilles Carvoyeur (dernière modification le 19/05/2010)





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