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Cléoma Bissonnette
06/11/2009

DOSSIER: Des centaines de quads SV (Suzuki Valenti) non conformes ?


Des documents mettent en valeur des manquements frauduleux aux règles européennes d'homologation


Une enquête de Diabloto.info révèle des manquements relatifs à ces véhicules dont la sécurité est déjà discutable

DOSSIER: Des centaines de quads SV (Suzuki Valenti) non conformes ?
Déjà, on peut effectivement se demander raisonnablement à quoi un quad peut servir, en diffusion à grande échelle...

Mais passons sur les histoires de goûts et de couleurs, puisqu'en fait il ne s'agit ici, et somme toute, que d'une histoire de passion.
La passion de dizaines de milliers d'amateurs de motocycles et automobiles, qui, au vu des contraintes, souvent exagérées, imposées à l'usage des motos et des automobiles sur les routes, ont trouvé un palliatif avec un nouveau type de véhicule, ludique avant tout : la vitesse étant "dépassée", l'amateur de conduite et de belle mécanique avait trouvé un nouveau monde : celui du quadricycle motorisé, le fameux "quad".

L'explosion de ce marché a été facilitée, et même suscitée par - pour une fois - une ouverture administrative basée sur le Code de la Route italien, qui a depuis toujours homologué pour usage sur voie publique ouverte (donc routes, villes, etc...) des tricycles (les fameux Vespa Ape, "le bourdon", en français) et autres quadricycles utilitaires Piaggio. L'ouverture administrative a donc été traduite par les normes d'homologations italiennes reprises dans la Directive européenne 97/24CE.

Dès lors le marché s'est ouvert progressivement aux quads, le marché français, résultat d'une répression irréfléchie sur l'usage des véhicules classiques (autos, motos) de par la diabolisation de la seule vitesse au détriment de l'application des autres règles du Code de la Route ou de la formation ou la refonte de la "distribution" des permis de conduire, le marché français donc devenant le plus important d'Europe.
Une foule de nouveaux acteurs, plus ou moins professionnels sont alors apparus (voir ici).
Parmi ceux-ci, certains sont devenus des acteurs professionnels, sérieux donc.
Ils proposent essentiellement des produits asiatiques (chinois, taïwanais, coréens) ou nord-américains.
D'autres, les Japonais, n'ayant pas vu venir le coup, ont été obligés de prendre le train en marche...

Ici, s'imposent quelques parts "d'Histoire" et de vérités : les quads ne sont en fait pas du tout une nouveauté ; dès les années '70, les Japonais, découvrent ce type de véhicules chez les Canadiens (Bombardier, CanAm) et chez les Américains (Polaris) - en effet, ce type de véhicule était au départ "la moto pour la neige", une espèce de moto-sky mais à roues, pour faire simple.
Séduits, les Japonais, Yamaha et Honda en tête, ont conçus leurs produits et se sont mis en tête de démocratiser l'usage du "fourbi" à grande échelle ; des centaines de milliers de quads ont alors déferlés sur les côtes chaudes, sur les plages, dans les ranchs, bref partout.
C'était d'autant facile à écouler, mode aidant, qu'aucune homologation routière n'était nécessaire aux USA ! A l'inverse de l'Europe, où tout véhicule, y compris de loisir ou agricole, devant emprunter même pour 10 mètres une voie publique, se doit d'être homologué. C'est d'ailleurs une excellente précaution.

Car ce qui devait arriver, arriva : n'importe qui pouvant conduire ces véhicules, instables par nature (légers, empattement ridicule, freinage aléatoire puisqu'aucune normes, 2 roues motrices en prise directe - une aberration ! -), et qui plus est certains modèles étant des tricycles (risques de retournement encore amplifiés), des accidents mortels se sont produits. Et les constructeurs, Japonais, donc la plupart, on été confronté à la rigueur de la justice américaine : les familles et les associations ont, à juste titre, demandé des dédommagements énormes. Et les ont obtenus.

Depuis, les Japonais faisaient profil bas, mais le marché européen (des dizaines des milliers de véhicules écoulés par an en France dès 2003 sous la poussée des Chinois), ne pouvait laisser insensibles les importateurs européens ou filiales des marques nippones.
Mais chacun à leur manière : Honda, par exemple, très prudemment - selon sa philosophie axée sur la qualité maximum - est resté en observateur jusqu'à récemment, observant l'évolution du marché et surtout les initiatives de ses compatriotes.
Parmi ceux-ci, deux stratégies différentes ont été appliquées : celle de Yamaha, qui s'est vite éloignée de la facilité qui consiste à faire homologuer ses véhicules sous un nom italien et les diffuser en Concessions, "officieusement", car la marque aux trois diapasons a vite compris qu'elle devait enfin homologuer elle-même le plus de ses produits;
Et celle de Kawasaki et de Suzuki, qui, chacune, ont confié l'homologation à des tiers italiens (KL pour Kawasaki) et SV (Suzuki-Valenti) pour Suzuki France (filiale directe de Suzuki Co).
Si pour Kawasaki, tout s'est passé et se passe apparemment bien, pour Suzuki, par contre, c'est "Le Château" de Frantz Kafka !

AU VU DES DOCUMENTS QUI NOUS ONT ÉTÉ CONFIÉS, APPARAIT UNE HISTOIRE ÉTRANGE.

D'abord, la marque a mis en concurrence deux homologateurs italiens : Motorbike-Italia et SV Valenti.
Les véhicules des clients Suzuki, qui ne devaient absolument pas, officiellement, être vendus dans le réseau Suzuki pour ne pas faire de peine à M. Osamu Suzuki qui, au Japon, a une grande idée de l'image de sa marque, étaient envoyés dans une entreprise du Sud-Ouest qui se chargeait du montage des composants italiens imposés par l'homologation concernée, et renvoyait le tout, au Concessionnaire concerné par le véhicule de son client quelque part en France. Le tout accompagné d'une facturation de la prestation, réglée par le Concessionnaire qui a son tour la facturait au client final.
Précisons ici que tout ceci est parfaitement légal. On peut simplement s'étonner, au vu des factures que nous avons récupérées, que quelques accessoires valant à tout casser 250 € en tout, plus 2h30 de montage, soient facturés jusqu'à 2.000 € au client ! La passion, c'est rentable, et apparemment les acheteurs sont satisfaits, ou n'ont rien à dire ; ou rien pour se faire entendre...
Ah oui, au fait : pourquoi payer si cher ? Mais parce qu'avec la prestation, il y a LE bout de papier : le COC (le Certificate of Conformity), fourni par les italiens Valenti dans le ca qui nous occupe, sésame permettant l'immatriculation du véhicule en Préfecture, qui ainsi délivre la Carte Grise..

Pour notre part, nous avions entendu des professionnels de nos connaissances se plaindre de la réticence des Préfectures françaises qui semblaient douter de la pertinence de ces COC (dont certains, il est vrai, ressemblent à de bêtes photocopies). Mais bon, finalement l'Administration française, si tatillonne pour bien d'autres choses, a finalement bon cœur...

A ce niveau de notre article, nous devons émettre un doute sur la probité de Suzuki France : nous voyons, parmi les documents en notre possession, confirmés par des témoignages, que cette société ne reconnait, pour les garanties des composants Suzuki (c'est à dire 97 % (!) d'un quad homologué sous le nom d'un de ses partenaires), que les véhicules vendus par son réseau officiel, lesquels véhicules sont identifiables par l'archivage du numéro d'origine Suzuki, placé à côté du nouveau numéro de chassis quand le véhicule devient, par exemple un SV Valenti.
A ce sujet, l'aspect kafkaïen s'aggrave quand on voit que les fameux SV sont identifiés un coup sous la marque SV, un coup sous la marque Valenti, un autre coup sous la marque SV Valenti : pas très sérieux tout ça !
Aussi étonnant que ça puisse paraître - pour une marque japonaise, originaire d'un pays qui veut volontiers se donner une image de sérieux et de perfection (voir ici) - ça n'a pas dérangé Suzuki France que son partenaire (ils appellent ça "un fournisseur référencé" !) se présente aussi instable ; mais ça rejoint ce qui vient d'être illustré immédiatement ci-dessus : il est interdit à un Constructeur comme Suzuki de refuser des garanties sous prétexte que certains véhicules (d'autres Valenti ou Motorbike d'ailleurs) ne proviennent pas de leur système adoubé. C'est totalement prohibé par les Directives de la Commission Européenne du Commerce et de la Concurrence.

Mais ce n'est pas fini : pour des raisons incompréhensibles vues de l'extérieur, les dirigeants français de Suzuki changent leur fusil d'épaule et demandent à un employé (le seul à ce moment-là à s'y retrouver dans les textes d'homologation), en lui faisant miroiter une qualification valorisante, de quitter la société du Sud-Ouest, lui demandant en outre de s'installer dans une société du Sud-Est ou le patron italien de Valenti s'associe avec cette société déjà existante. Le gars accepte, et les quads Suzuki ne sont plus confiés qu'à cette société qui crée une société Valenti française. Exit Motorbike-Italia ! Soit-disant... Car la société en question, officiellement seule apte à homologuer les véhicules que lui confie Suzuki-France (les camions de quad arrivent alors directement de Suzuki-France, de 77 Trappes donc) travaille quand même avec Motorbike-Italia, en homologuant des véhicules d'origines japonaise différentes. Encore la logique kafkaïenne a l'œuvre, puisque Suzuki ne s'émeut pas, malgré les rapports que l'employé "débauché" leur envoie...

Puis un an plus tard, la société complète part littéralement en fumée : acte criminel, constate la Police. Outre que les quads appartenant à la clientèle n'étaient pas assurés (!), que décide Suzuki ? De continuer avec Valenti, qui assume dorénavant la production en Italie, ce qui provoque une guerre judiciaire avec son associé français...
Valenti fabriquant et facturant depuis l'Italie, embauche le fameux gars maîtrisant les problèmes d'homologations (en fait, il sert d'alibi et de garantie à tout le monde, les concessionnaires étant rassurés) et lui fait une espèce de contrat (qui est faxé à Suzuki), lui promettant un vrai contrat conçu par avocat, que l'employé attendra, attendra. En même temps il assume la tâche, seul, de la gestion de la partie quad, pour le bien de Suzuki, Valenti et des concessionnaires...

Et un jour, en juin 2008, un e-mail (que nous avons récupéré) d'un concessionnaire de Normandie, suivi de son appel téléphonique angoissé : la gendarmerie locale a contrôlé des Suzuki-Valenti et les a verbalisé pour non-conformité !
L'employé appelle son patron : M. Valenti lui dit que c'est une erreur de production, et ordonne au gars "d'arranger ça avec les flics" ; consciencieusement, l'employé envoie, sur papier à entête comme demandé par son patron, un message à la gendarmerie concernée ; celle-ci accepte l'explication, et ferme les yeux. Qui osera dire que les gendarmes n'ont pas de cœur ?
Cependant, l'employé (qui attend toujours que sa situation soit régularisée, rappelons-nous en) commence à avoir des doutes et "fait le tour" des concessions françaises, prudemment ; les concessionnaires, qui lui font confiance, vont voir si, par exemple, les phares sont gravés avec un numéro spécifique exigé par l'homologation. Le résultat est consternant : les 3/4 des véhicules ont ce "défaut" : nous le voyons clairement sur les photos web envoyées par les concessionnaires, avec parfois leur commentaire !

Dès lors, l'employé exige des explications à son employeur : celui-ci, qui distribue, de plus... Suzuki en Italie, est soudain injoignable ; "C'est l'été, il est très occupé" - Valenti, en effet fait courir des motos de cross -, lui répond la fille Valenti, Valentina, dont nous voyons dans les documents ses écrits parfois équivoques.
Puis un certain Fulvio, aux fonctions indéfinies fait la grosse voix (y compris par écrit...) ; c'est un sbire de M. Valenti de toute façon, style "bon à tout faire". Il lui ordonne de laisser tomber ça, et "on verra après les vacances". L'employé a alors, avec honnêteté, décidé, en avertissant son employeur, que sa signature ne cautionnerait plus l'accompagnement des COC, puisque les véhicules sont potentiellement frauduleux.

Et au retour des vacances, il a vu : Valenti lui dit, par téléphone, que Suzuki France, de par la volonté du directeur commercial moto et du directeur technique moto (à qui il a été fourni par Valenti une homologation gratuite et... frauduleuse, comme nous le voyons parmi les documents en notre possession) voulait "que ce soit un ami du directeur commercial de Suzuki qui s'occuppe de la commercialisation et le suivi des quads Suzuki". Et ce, donc, depuis une société appartenant à l'ami en question. Ladite société est d'ailleurs connue pour avoir vendu des quads baptisés UIP'S avec des papiers Linhai, sans autorisation du propriétaire de la marque Linhai..., qui lui a demandé des explications écrites à l'époque, au vu des documents concernés. Il y a de ces coïncidences dans les amitiés !

RÉACTION DE SUZUKI

Il va de soit que nous avons, à mainte reprise, sollicité l'avis de Suzuki France. Sans succès jusqu'à présent.
Le plus étonnant, c'est que nous avons, dans l'épaisse paperasse en notre possession, le double de courriers envoyés aux Japonais : ces courriers sont restés sans réponse ! La méthode du dos rond, encore ?

Décidément, les rejetons de l'Empire du Soleil Levant ne sont plus ce qu'ils étaient : certains n'ont d'honneur que sous forme de retranchement dans leur tout d'ivoire !

Nous attendrons quand même avant de publier certains documents : après tout, nous ne savons peut-être pas lire, ou une règle de décryptage de marque Suzuki est-elle peut être nécessaire ? Espérons alors qu'elle soit homologuée...


Quoiqu'il en soit, au moment où les chiffres ne plaident pas en faveur de la sécurité en France (voir ici), il est à espérer que les pouvoirs publics prendront soin de ne pas couvrir de tels errements de la part de certains professionnels, la vie d'usagers exposés (et les préfets qui se mettent au bord es routes pour n'en sauver ne serait-ce qu'une seule, le savent bien) doit être préservée avec efficacité.

NB : bon à savoir : tout usager se déplaçant avec un véhicule non-conforme aux textes d'homologations et passible d'une amende, d'une confiscation du véhicule, voire de poursuites judiciaires en cas d'accident létal.

Par ailleurs : pour ceux qui s'interrogent sur l'utilité d'avoir des phares homologués sur leur véhicule, qu'ils aient seulement conscience qu'un camion, ébloui, peut sur une route étroite croire que c'est un 2 roues qui arrive en face ; comme un quad est deux fois plus large qu'un 2 roues, qu'ils imaginent les conséquences après que le camion aura écrasé la moitié du quad, et l'intégralité de ses passagers ; même réflexion, si au lieu d'un camion c'est "simplement" une auto ; il est d'ailleurs déjà arrivé que 2 motos se percutent de front, en pleine nuit : ce n'est donc pas pour rien que le législateur a prévu un balisage spécifique pour l'éclairage de telle ou telle catégorie de véhicules. Il semble d'ailleurs que la direction de la DRIRE a été alertée sur le cas des quads Suzuki : nous en avons la preuve écrite et réceptionnée.
Enfin, à vous de voir : nous, nous informons, c'est notre métier...


www.diabloto.info





Pour ceux qui ne connaissent pas les quads et leur conduite, voici une vidéo avec, en vedette, une Suzuki quad vs z400 et ses homologues à 4 roues, faisant la course sur les dunes (pas sur la route, évidemment).


Par Cléoma Bissonnette (dernière modification le 06/11/2009)




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