Dans un article publié en anglais parue dans Agos, l’avocat Erdal Dogan explique que des liens existent sans doute entre les assassinats des prêtres et de Hrant Dink et que ce plan vise à éliminer l’AKP. En outre, l’assassin de Padovese a déclaré que sa cible première était le Pape.
L'avocat Erdal Dogan a attiré l'attention sur les liens entre le meurtre de l’évêque Padovese et le meurtre d'autres non-musulmans.
Extraits:
Il y a-t-il un lien entre les meurtres du prêtre Santoro, de Hrant Dink et le massacre de Zirve, que l’on a qualifiés "d’opération" du plan La Cage, et le meurtre de l’évêque Padovese ?
L'aspect le plus évident des incidents que vous avez indiqués est qu’ils visaient des non-musulmans. Si nous prenons acte du fait que dans ce pays les non-musulmans et les minorités ont toujours été utilisés comme des "proies" à des moments critiques de la politique, il ne serait pas trop exagéré de supposer qu'il existe un lien entre l'assassin de Padovese et les incidents non résolus dénommés "opération" dans les documents de La Cage, qui n'ont pas été entièrement élucidés à ce jour. Étant donné que nous et l'opinion publique pensons cela, il est impératif pour le gouvernement et d'autres institutions judiciaires et administratives - dont le devoir est de résoudre cet incident - de mener une enquête en supposant qu'il existe un lien. Mais l'image à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui est exactement le contraire et les autorités, qui ont le devoir d'enquêter et de résoudre cet assassinat, ont commencé par annoncer immédiatement que c'était un incident "individuel" comme elles l’ont fait dans les trois autres cas. Ces annonces officielles des autorités constituent une infraction en vertu de la loi actuelle.
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S'il y a un plan contre le Pape, le fait que Padovese le sache, lui a peut-être causé un risque important. Si Padovese avait annulé son voyage pour cette raison et si le criminel ne pouvait pas atteindre son objectif pour cela, n'est-il pas possible que l'assassin ait sauvagement assassiné Padovese, qui connaissait toutes ces choses, en le poignardant 25 fois ?
Si l’on envisage cette allégation, tuer le Pape aurait été un mouvement "opérationnel" qui aurait causé une perte d’équilibre rapide au gouvernement AKP et à la Turquie en un laps de temps très court. Si nous envisageons cette affaire sous cet angle, si le Pape avait été assassiné et que le meurtrier avait crié Takbir*, toutes les réactions à travers le monde et au sein même de la Turquie auraient directement entraîné la chute du gouvernement de l’AKP. Cela peut sembler extrêmement affirmatif, mais le résultat aurait été celui-ci.
Si l'on considère cette allégation comme un fait, pourquoi le gouvernement ne désactive/pacifie pas un individu que l’on sait être hors de contrôle et dont on connaît l’objectif qui est de tuer le Pape ?
La source de l'information est très importante. Est-ce que la police nationale ou l'Organisation du renseignement MIT l’a fournie ? Ces questions sont importantes. Sans connaître la réponse à ces questions, il est difficile de dire quelque chose.
En termes de mesures, qu’est-ce que cela change si cette information est fournie au gouvernement AKP par l'Organisation Nationale de la Police ou par le MIT - l’Agence nationale du Renseignement ?
Nous ne savons pas si cette information est directement entre les mains du gouvernement. Si ces informations existent, et si elles ne peuvent pas atteindre le gouvernement, nous pouvons en conclure que le gouvernement de l'AKP ne maîtrise toujours pas les Renseignements.
Comment évaluez-vous les déclarations faites par le Vatican ?
Des dizaines de meurtres et d'attaques ont été - et sont toujours - perpétrées d'une manière très systématique selon une exigence du Plan La Cage, ces cinq ou six dernières années, en particulier contre les institutions, les écoles et lieux de culte de la communauté arménienne et de la communauté protestante de Turquie. Or, chacun sait que tout ce qui a été fait jusqu'à présent, ce sont des actions de chaos pour assurer la puissance de l'organisation Ergenekon.
Dans tous ces meurtres et attaques commis, des acteurs différents interviennent, essayant de minimiser l'incident comme si c'était un cas isolé de meurtre. Un tel effort qui constitue un délit en soi, est très inquiétant. Bien sûr, comme le Pape l’a dit, le meurtre ne peut pas être attribué à tous les Turcs. Cependant, si la famille du prêtre tué et les autorités à Vatican pardonnent au criminel - comme dans les cas et les incidents précédents - et s'ils ne font pas mener d'enquête dans l'incident il y aura beaucoup d'autres meurtres de cette sorte ; parce que les procureurs qui doivent examiner ces incidents n'exploreront pas dûment pour savoir qui sont les instigateurs qui agissent en coulisses. Le Vatican doit faire sa part pour que l'enquête nécessaire dans cette affaire soit bien effectuée. De plus, le Vatican ne devrait pas autoriser qu’on l’induise en erreur. S’il est clair que ce meurtre restera dans l‘ombre comme les précédents, et que l'État turc ne fera pas ou ne sera pas capable de faire la lumière sur ce meurtre, ce que le Vatican doit faire est de porter ce meurtre à l'ordre du jour des Nations Unies, en exigeant une enquête ou un comité d'investigation. C'est une responsabilité impérieuse et c’est un devoir du Vatican vis-à -vis de ses paroissiens, dont les vies sont dans le péril.
Si le Vatican n'insiste pas sur la clarification de ces affaires, qu’est-ce que cela signifie politiquement ?
Puisque ce ne sont pas des délits d'individus, et si nous considérons que ce sont des crimes contre l'ordre public tant de la Turquie que du Monde, et qu'il y a une organisation fortement structurée derrière cela, personne n'a le pouvoir de pardonner quiconque. Vous pouvez pardonner ces actes dans votre conscience ou en raison de vos croyances religieuses et cela peut être une vertu à respecter. Nous pouvons penser que le Vatican a agi politiquement en vertu "de la tolérance religieuse et du dialogue" ou bien il peut y avoir d’autres calculs dont nous ne sommes pas conscients. Cependant, si nous pensons aux victimes et à l'échelle de la structure organisée des criminels, il est clair que la question ne peut pas être laissée à la tolérance individuelle ou à des croyances ou qu’elle soit utilisée comme un joker dans un règlement de compte politique.
Alors, quelle est responsabilité du gouvernement ?
Comme nous l’avons clairement vu dans le Plan La Cage, tous ces meurtres ont pour but de créer un chaos politique et renverser le gouvernement actuel. On a observé que le pouvoir judiciaire et les fonctionnaires aux ordres du gouvernement sont insuffisants et réticents à faire la lumière sur ces tueries- et en plus, ils résistent parfois à le faire. La position raciste et distinctive envers les non-musulmans empêche de résoudre entièrement ces meurtres. L’une des victimes de ces incidents est le gouvernement. Néanmoins, si le gouvernement échoue à faire ce qu'il doit faire pour enquêter sincèrement sur ces meurtres, il sera responsable de ces meurtres au premier degré.
* Mot arabe pour dire "Allah est grand"
© Traduction de l’anglais C. Gardon pour le Collectif VAN - www.collectifvan.org