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Christian Colombeau
21/02/2010

MOZART A L'OPERA DE MONTE CARLO


UN MARIAGE POUR LE MEILLEUR, PAS POUR LE PIRE


Une Folle journée qui mérite bien son nom

Photo courtoisie (c) DR
Photo courtoisie (c) DR
Le temps n’est plus où les théâtres montaient "Les Noces de Figaro" avec des voix et des techniques à peines suffisantes pour célébrer celles de Jeannette. Le goût et les exigences du public ont heureusement évolué face à l’univers mozartien et les directeurs d’opéra ont aujourd’hui à cœur de présenter cet ouvrage avec un réel souci d’authenticité et de style.
Importée de l’Opéra Royal de Wallonie, cette Folle Journée, signée par les duettistes Beaumarchais/Mozart, mérite bien son nom.

Dans les luxueux décors de Didier Payen et costumes de Jorge Sara, la mise en scène de Philippe Sireuil laisse par bonheur la place aux intermittences du cœur, à la subtilité, à la mélancolie même. Les portes claquent, les gifles volent, on se court après, on se rattrape, on s’épie, on s’aime enfin dans une vie scénique sans emphase, une quotidienneté presque banale, avec heureusement ce climat chargé d’électricité qui fait de cette folle journée, comme alimentée à la gégène, véritablement, une journée de dingue. C’est fin, intelligent, sans faute de goût, d’un classicisme luxueux réjouissant. Un bonheur entier.

Encore une fois, c’est le personnage de Chérubin qui catalyse la fantaisie. Perdu dans l’ambiguïté de ses désirs, complètement poétisé, il traverse les murs, comme irréel. Par son timbre et son jeu Ketevan Kemoklidze rallie tous les suffrages et gagne notre cœur.
Très "smart", avec ce côté parfois brut de décoffrage mais au chant racé à l’extrême, moderne enfin, le Figaro de David Bizic trouve en la Suzanne délurée et spirituelle de Sophie Marin-Degor une belle complicité musicale et théâtrale.
Le Comte de Marc Barrard (une prise de rôle) pâlit un peu de ce voisinage. Un rien libidineux (une idée déjà vue quelque part), il manque d’un rien de vraie autorité. Vocalement, ce noble espagnol n’encourt aucune vraie critique.
Virginia Tola isole sa Comtesse en un médaillon de pure émotion où les airs égalent les ensembles.
Parfaitement caractérisés, les seconds rôles tirent habilement leur épingle du jeu. La poignée de Choristes aussi.
On soulignera en revanche le Bartolo de Lynton Black et la Marcellina finement croquée par Tiziana Tramonti.

Il devient assez rare d’entendre un Mozart pathétique. Simplicité et naturel caractérisent l’approche du chef Patrick Davin (à la tête d’un Philarmonique de Monte-Carlo en état de grâce) qui mène fosse et plateau avec une fougue de mille feux, un esprit tout à fait inattendu, non dénué de recueillement.
L’on assiste alors à un Mozart parfois douloureux où la comédie qui se joue voit les protagonistes avoir mal et faire également souffrir. Nous n’avons jamais droit à une simple Fête Galante et tout cela fleure bon l’impertinence.



Par Christian Colombeau (dernière modification le 21/02/2010)





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