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27/10/2012

Simon Boccanegra à l'Opéra de Nice


Il n’est pas facile de réussir Simon Boccanegra. Il faut conjuguer intimement au rythme de la mer Méditerranée, des voix et un orchestre porteur du drame. Et puis, et puis… la production scaligère de Giorgio Strehler est encore dans toutes les mémoires et reste une absolue et définitive référence pour cet opéra presque shakespearien mais frappé du sceau de la malédiction.


Les clefs de fa vainqueurs toutes catégories

Le spectacle d’ouverture de la saison lyrique niçoise laisse dubitatif. Si les décors lourds et imposants de Guido Fiorato (nécessitant deux longs entractes et des précipités qui n’en sont pas) tentent parfois avec bonheur de recréer le marbre bicolore génois, on cherche en vain dans la mise en scène voulue par Giorgio Gallione ce choc visuel, à la démesure du livret tarabiscoté des duettistes Piave et Boito. De tous les grands Verdi, Simon est celui qui s’accommode le plus difficilement d’une "honnête moyenne". Jugez un peu: une histoire étalée sur vingt-cinq ans, des rapports de force nus, secs, amers, des ombres, des âmes, le goût puis la lassitude du pouvoir… Où sont la présence palpable de la mer, l’iode et les embruns (raisons de vivre du héros) et surtout les enjeux politiques et sociaux d’un corsaire devenu Doge par accident? La mystique de la justice et la Mort sont ailleurs, la solitude des rues, du pouvoir aussi… Reste alors un gentil livre d’images joliment éclairé aux costumes vus et revus.
Si le courant passe, on le doit avant tout aux chanteurs. En premier lieu à Samuel Youn. Son Paolo Albiani fielleux et retors à souhait rafle tout au rideau final. Un baryton ténorisant comme on n’en fait plus!
De très belle envergure également le Fiesco de Carlo Colombara. Ses affrontements avec le Simon de Dimitris Tiliakos (voix faite là-aussi pour les imprécations, les malédictions, large, puissante) resteront un grand moment de la soirée. Le baryton grec chante avec goût, économie, sans effets inutiles pour camper une sorte de Hollandais volant à l’envers, lui qui n’espère plus rien de la politique et du pouvoir mais ne désespère pas des hommes…
Une fois dit que les moments donizettiens du rôle échappent parfois à Barbara Haveman (Elle, une Tosca, une Aida!), nous lui pardonnerons certains élans un tantinet véristes tant son art du chant et sa sensibilité sont ceux d’une grande artiste.
Son amoureux de ténor? On a entendu pire mais mieux aussi sur cette même scène.
Les Chœurs et la phalange niçoise, très vivants, nous ont donné par contre le plus beau Verdi entendu depuis longtemps.
Dieu sait si la musique impressionniste qui ouvre le premier acte peut paraître triviale. Sous la baguette impérieuse et pyrotechnique de Philippe Auguin il n’en est rien. Tout reflète ici l’œil du Maître. Le pittoresque y est tenté, le mélodrame y est osé dans cette partition tardive, touffue, révisée, aux couleurs de crépuscule.


Par (dernière modification le 27/10/2012)





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