Le Made in France est-il un luxe, l’achat patriotique... une lutte ?

Pour présenter ses vœux, une carte postale française, ça fait un peu vintage mais surtout ça fait plaisir


Rédigé le 31 Décembre 2015 | Lu 368 fois | 0 commentaire(s)

Le progrès ne s'oppose pas à la tradition, il la sublime, en dissociant les phases, un peu comme un précipité dans un tube à essai. Tel est le cas de l’engouement pour la chanson populaire qui a permis au siècle dernier d'épurer la poésie. Et si de la même manière, le web 2.0 avait rendu ses lettres de noblesse à la carte postale ? À l'occasion du nouvel an, les gens qui comptent méritent une carte originale fabriquée en France pour couvrir leurs réfrigérateurs made in Asia.



Quand on parle de carte postale, il ne s'agit pas d'envoyer une image par courriel accompagnée d'un mot ! Du degré zéro de l'authenticité du vœu (comme dirait Roland Barthes) au dernier grade (comme dirait Daniel Keller), voilà toute une quête du bon, du bien et du beau.
Quand on parle de carte postale, il ne s'agit pas d'envoyer une image par courriel accompagnée d'un mot ! Du degré zéro de l'authenticité du vœu (comme dirait Roland Barthes) au dernier grade (comme dirait Daniel Keller), voilà toute une quête du bon, du bien et du beau.
Le monde est bien fait : quand le thermomètre descend, les ventres se remplissent. Ça bouge, ça danse, c’est le temps des fêtes, comme on dit pudiquement pour ne point heurter la délicate sensibilité laïcarde. Il est alors coutume de souhaiter à nos proches, et moins proches mais dont on aimerait se rapprocher, de bonnes choses biens banales et de donner du travail aux intérimaires de la Poste. Mais voilà, tout est immédiat à l’heure de l’e-media : les réseaux asociaux bourdonnent au-dessus des narcisses et chacun y va de son communiqué de presse unilatéral et impersonnel. L'occasion de dépoussiérer une bonne vieille tradition épistolaire bien de chez nous.

Rituel estivale incontournable, c'est pourtant sur les marchés de Noël que d'étonnantes cartes postales captent l’œil des parisiens : en ouvrant le carton, un savant pliage permet de découvrir un sublime trois-mats, une maquette de Notre Dame ou bien même une Tour Eiffel qui bondit au visage... à 5 euros pièce, voilà l'occasion d'écrire des vœux dans toutes leurs dimensions.

Une rapide discussion avec la vendeuse confirme l'origine vietnamienne de la production par découpe laser qui nécessiterait beaucoup de main d'œuvre. Tant de poignets d'enfants qui ne verront jamais la dame de fer ! Ni une, ni deux, Madeinterroir.fr sort l'application loupe de son Wiko phocéen pour enquêter à la recherche de productions locales toutes aussi originales mais garanties sans morceaux de dumping dedans.
Pour présenter ses vœux, une carte postale française, ça fait un peu vintage mais surtout ça fait plaisir

Création 100Toni. Photo © Guillaume.
Création 100Toni. Photo © Guillaume.
Des créations originales d'artistes locaux

Avant les fêtes, le marseillais Thierry Santoni expose sur un stand dans le métro sous la place Castellane. « Ça prend la poussière, prenez celle en dessous ! ». À 4 euros pièces, il présente ses créations loin des galeries d'art sur plusieurs supports dont une carte grand format qui permet d'écrire un roman. Figure étonnante d'une activité marginale - imaginez-vous qu'un proche vous annonce vouloir vivre d'art graphique et d'eau fraîche - mais créatrice de sens. Pourquoi ne pas soutenir ces initiatives locales ?

De simple peau, je suis devenu carte peau-stale. Photo © Bandit Manchot.
De simple peau, je suis devenu carte peau-stale. Photo © Bandit Manchot.
Ressusciter les chutes des ateliers de maroquinerie

En sondant le filet (net, en anglais…), on découvre coincé dans les mailles virtuelles des créations bien réelles en peaux de vache. C'est l'œuvre du Bandit Manchot. Fabriquées dans le plus grand centre français de mégisserie à Graulhet dans le Tarn, les cartes à 5 euros sont distribuées un peu partout. Le verso est en papier recyclé qui permet d'écrire plus facilement que sur le cuir. Effet de surprise garanti.

Le paplion normand déplie ses ailes

C'est en se pliant à la tradition des cartes postales qu'un couple a eu l'idée de dissimuler le message par un savant pliage, sans colle ni adhésif. Ainsi s'accomplit la métamorphose du paplion, carte voyageuse à huit faces, dont une pour l'adresse et l'autre, masquée, pour écrire des billets confidentiels à la barbe du facteur. Médaillé au concours Lépine européen 2014, ce concept familial de cartes triangulaires est aussi local puisqu'elles sont imprimées à Villedieu-les-Poêles dans la Manche sur des machines françaises des années 50.

Carte stéréoscopique et stéréoscope de Holmes (domaine public).
Carte stéréoscopique et stéréoscope de Holmes (domaine public).
La mode des cartes 3D, origami et pop-up

Apparues au XIXème siècle, les cartes stéréoscopiques ont cédé la place dans les années 70 à de vraies cartes en relief. La troisième dimension de la relation épistolaire n’est pas creuse mais c'est un gouffre pour le porte-monnaie : trois fois plus dispendieuse que sa plate cousine, elle surprend et permet à la fois de figer le temps dans l’espace et de s’afficher comme une maquette. Contorsion du poignet oblige, caresser de sa plume les espaces vierges de tels objets pousse à la synthèse, un peu comme les 140 caractères du tweet.

Enquête chez MH Éditions, le leader français de la création de cartes pop-up

C’est en 2010 après 35 années de bons et loyaux jets d’encre que l’imprimerie nichée dans une cour intérieure à Nation s’arme de sabres laser. La découpe et la gravure est un marché de niche en plein boom qui demande pourtant de coûteux appareils de qualité industrielle. « Ici tout est européen » rassure le gérant devant ses deux machines à galvo et une pile de papier nacré venues d’Italie. La cinquantaine, Michel Hasson se définit comme un artiste-illustrateur. Sa production a un certain cachet parisien. C’est aussi un vrai stratège qui gère une petite dizaine de salariés : en 5 ans, il a réussi son pari de faire de MH Éditions un des principaux créateurs des cartes pop-up sur mesure.

La pop-up, c’est une carte-objet qui se déplie et se pose. Elle fait désormais 80% de l’activité de l'imprimeur, le reste étant des créations plus artistiques. L’assemblage et les finitions sont faites à la main dans l’atelier. Une personne peut réaliser 500 articles par jour ; moins d’une minute par carte (voir notre micro-reportage ci-dessous). Du château de Chenonceau au musée de Jérusalem en passant par San Francisco et la parfumerie de luxe, le style de MH Éditions s’exporte dans le monde entier. De nombreux clients japonais assez friands de papier achètent la marque Paris. En perpétuelle innovation, l’activité se déplace sur le lieu de travail et l’entreprise. « Et ce n’est que le démarrage, on va essayer d’aller beaucoup plus loin » prévient le gérant.

Sur une des créations qu'il me montre, Michel Hasson repère une déchirure suite à une mauvaise manipulation. Il convoque l'employé « il faut vérifier les autres paquets ». Ici le maître-mot, c'est la qualité. Il n'y a pas de vente en direct à l'atelier à moins de passer une commande personnalisée d’au moins 100 articles. Suite au 13h de TF1 du 26 décembre 2014, les revendeurs seront même dévalisés : « c'est vrai que ça a cartonné (sic.) l'année dernière ».

Made in Paris vs. Made in Indochine

Comme dans les fugues de Bach qui retrouvent le même accord au début et au point d’orgue , revenons donc à notre production asiatique. Ces réalisations qui ne datent pas d'hier restent impressionnantes et un peu différentes de celles proposées par MH Éditions. « Ils ont fait une création et vivent dessus depuis 5 ou 10 ans » se défend Michel Hasson dont la plaidoirie peut-être écoutée ci-dessous. Il invoque le sur mesure comme différence marketing : « j'ai un concurrent qui fait fabriquer en Chine et qui vend en grande surface. Ça ne me n’intéresse pas. On s'adapte au client, on évolue, ici rien n'est fixe. On me demande de mettre des produits évolutifs, pas figés ».

Michel Hasson vend ses produits en ligne sur Amazon et sur son site Pli Hop ! À vous de choisir la plus authentique des deux boutiques.

l__avis_de_michel_hasson_sur_la_decoupe_laser.mp3 L'avis de Michel Hasson sur la production de cartes 3D au Vietnam  (2.97 Mo)




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