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Quid du patinage : Quel avenir pour le sport en France ?


Par Rédigé le 16/03/2020 (dernière modification le 29/02/2020)

Depuis plusieurs mois, le sport français ne cesse d’être entachés de scandales, de chocs et de révélations en tous genres. Face à la candidature actuelle de trois nouveaux prétendant à la présidence de la fédération française des sports de glace, de nombreuses questions quant à l’avenir du sport en France se pose. Pour répondre à certaines d’entre elles, nous rencontrons aujourd’hui Marie Diamoneka-Lebeault, ancienne patineuse de haut niveau, membre du comité de patinage de la ligue Grand Est et avocate au barreau de Strasbourg.


Marie Diamoneka Lebeault. (c) Marie Diamoneka-Lebeault.
Marie Diamoneka Lebeault. (c) Marie Diamoneka-Lebeault.
On n’a jamais autant parlé du patinage dans toute l’histoire de France que depuis les trois derniers mois. Entre photos à caractère pornographique, drogues et violence sexuelle le sport est à son apogée de sa décadence soudaine. Malgré une équipe de France soudée et de nombreux talents qui se révèle lors de compétitions internationales, cela ne suffit pas à couvrir les événements choquants dont le sport en France fait face. Car aujourd’hui, nous parlons de problèmes grave, et non résolus qui semble perdurer avec le temps. Le témoignage de la patineuse Sarah Abitbol, en couverture de "l’Obs." et dans un livre, a suscité une onde de choc, qui se fait sentir bien au-delà de la Fédération des Sports de Glace. De nouveaux athlètes osent parler, les responsables d’autres disciplines s’emparent du sujet, et le gouvernement a pris des mesures. Multi médaillée européenne et médaillée de bronze mondiale de patinage artistique en couples en 2000, Abitbol a accusé son ancien entraîneur Gilles Beyer d’agressions sexuelles et de viol entre 1990 et 1992, alors qu’elle était âgée de 15 à 17 ans. Depuis les langues se dénouent puisque d’autre cas de violences et d'autres agressions sont survenus, comme notamment le cas de l'ancien entraîneurs d’Asnières, aujourd’hui à la retraite, qui a été accusé formellement par plusieurs ex-patineuses de multiples viols et agressions sexuelles dans les années 1980 et 1990.

A Nice ensuite depuis plusieurs années, une ex-entraîneuse, est accusée de "harcèlement moral" par d'anciennes patineuses du club de patinage sur glace de Nice, le Nice Baie des Anges Association (NBAA). Face à de nouvelles plaintes, une information judiciaire a été ouverte le 3 février par le parquet de Nice pour harcèlement sur mineurs de moins de 15 ans et violences sans incapacité par personne ayant autorité.
 
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Le cas de Mulhouse

A Mulhouse, un ancien patineur de haut-niveau, qui représentait la France dans des compétitions importantes dans les années 90, fréquente ponctuellement le club mulhousien. Après des poursuites pour détention d'images pédopornographiques aux USA, l'ancien champion a dû stopper sa carrière de coach en 2011. Il avait notamment filmé en cachette une adolescente, âgée de 12 ans, alors qu'elle prenait une douche.  Aujourd’hui, cet ancien champion prodigue volontiers ses conseils à l'encadrement du club mulhousien, ce qui inquiète des parents. Il a par exemple aidé les animateurs du club à préparer le gala de fin de saison l'an dernier. Averties des poursuites engagées contre cet homme il y a dix ans aux États-Unis, certaines familles mulhousiennes ont choisi de quitter l'ASPA et d'inscrire leurs enfants à Colmar, dans un autre club de patinage artistique, le CEPARC. Marie Diamoneka-Lebeault, que nous rencontrons aujourd’hui et membre du comité directeur du CEPARC, a eu l'occasion de rencontrer ces familles. Officier d'arbitrage, juge de patinage artistique, membre du comité de la Ligue Grand Est des sports de glace, elle a décidé d'adresser un signalement au procureur du Tribunal de grande instance de Mulhouse, l'été dernier. Une enquête a été ouverte.

Marie Diamoneka-Lebeault, avocate. (c) Marie Diamoneka-Lebeault.
Marie Diamoneka-Lebeault, avocate. (c) Marie Diamoneka-Lebeault.
- Marie, nous entendons depuis 3 semaines de nombreuses révélations concernant des affaires d'attouchements dans le patinage au point que l'on n'a jamais autant entendu parler de cette discipline en France, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
C’était un sujet tabou. C’était un sujet que l’on connaissait, des choses dont on entendait parler mais que la fédération ne traitait pas. Didier Lucine l’entraîneur d’Annecy avait d'ailleurs signalé le problème mais libérer la parole était compliqué. Ce genre de problème arrivait plus facilement à une époque puisque de nombreux patineurs de l’équipe de France qui faisait partie de clubs différents assistaient à ce qu’on appelle des regroupements, des stages de patinage intensifs d'une à trois semaines, et pour des raisons budgétaires il n’y avait qu’un entraîneur ou deux présents et non chaque entraîneur respectif de chaque patineur. Les patineurs entre eux entendaient ou voyaient des choses et le rapportaient ou non à leurs entraîneurs, en l’occurrence la patineuse Vanessa Gusmeroli, mais c’était un problème qui ne pouvait se traiter qu’au niveau local.

- Que pouvez-vous nous dire sur le cas de l'affaire du club de Mulhouse ? Quel est votre position et votre rôle face à ce cas ?
Ce qui se passe au niveau local ne se traite pas niveau national. Pour le cas de Mulhouse c’est moi qui ai fait un signalement au parquet mais il y a une incompréhension puisqu'on connaissait les antécédents de ce patineur par rapport à la pédopornographie et aucune action n’a été faite. Des parents de patineurs qui venaient du club de Mulhouse et qui ont décidé de changer leurs enfants de club pour ces raisons sont venus m’en parler et j’ai tout pris des mesures. Le problème est que le nombre de parents qui en parle est minoritaire par rapport au reste des parents qui ne veulent rien dire de peur que des représailles sur leurs enfants soient faites de la part de l’entraîneur, par exemple que l’on ne s’occupe plus de leur enfant, que l’enfant ne reçoit plus de correction et que ça en pâtisse sur leur évolution. Il y a clairement tout un ensemble de paramètres qui fait que la prise de parole est difficile. Et, j’admire aujourd’hui celle de Sarah qui a ouvert la porte au changement.

- Peut-on dire que c'est un problème récurrent ?
C’est surtout un ensemble de problèmes au niveau local qui ne sont pas traités. Le système entier est verrouillé, et je le confirme en ayant assisté moi-même à la réunion générale de la fédération l’an passé. Il n’y a pas de syndicat, de représentants de patineurs, il y a un manque de synergie. Il faudrait que dès qu’un signalement soit fait, il soit enchaîné d’une enquête et la protection immédiate des patineurs. Jusqu’à présent la fédération privilégiait la protection des entraîneurs sans rechercher la vérité. À Nice, à Asnière, au Français volent, toutes ces affaires qui choquent la France entière ne sont en fait que la résultante d’inaction de la fédération, car ce club à un moment donné obtenait les meilleurs résultats de France et possédait les meilleurs patineurs. Les résultats ont été privilégiés à la morale.

- Quels sont selon vous les stratégies à mettre en place pour éviter ces problèmes ?
Il faudrait à mon avis, faire chaque année des réunions d’information dans les clubs, comme des séminaires qui expliqueront aux parents, enfants, entraîneurs les différentes formes de harcèlement et expliquer point par point les limites de cela, un label des bonnes pratiques du sport de manière générale et surtout faire comprendre que le silence n’est pas une solution. Il faudrait également mettre en place des outils de prévention face à ces problèmes, par exemple être plus sélectif avec les entraîneurs, arrêter la mixité dans les vestiaires, rendre les vestiaires uniquement accessibles aux patineurs, donc pas de parents ni entraîneurs autorisés, ouvrir à la fédération un véritable onglet de signalement sur le site internet de la fédération pour que cette dernière agit le plus rapidement possible. Il faudrait également mettre en place un comité d’éthique qui serait indispensable au bon fonctionnement du sport en France.

- Vous avez vous-même été sportive de haut niveau au sein de la Fédération Française des sports de glace, êtes-vous choquée par les événements récents où cela n'est-il pas surprenant ?
En 2020 je trouve surtout cela choquant que l’on en soit toujours au point de trouver cela normal de fermer les yeux pour avoir des résultats, c’est aberrant. Le sport est avant tout un moyen de se faire plaisir. C’est triste à dire mais cela ne me surprend pas tant que cela au final car le problème de mœurs a toujours existé dans ce sport.

- Quels sont aujourd'hui les plus grands besoins des athlètes ?
Le plus grand besoin est d’avoir pour les patineurs, un suivi médical, et plus de structures avec un système qui soit dans l’ensemble, plus à l’écoute, peut-être de faire intervenir beaucoup plus souvent des médecins et des professionnels de la santé. C’est un sport qui est extrêmement prenant aussi bien physiquement que mentalement et dès très jeunes les enfants sont confrontés à des problèmes de santé. À l’étranger c’est pour cela qu’il y a des résultats, comme en Russie et aux États unis où la plupart des patineurs de l’Équipe de France actuellement vont s’entraîner. Car, là-bas, ils ont accès à des cours de danse réguliers, des séances de kiné hebdomadaires, des cours d’expression, de théâtre, et surtout un suivi mentale est effectué.


- Pensez-vous que le patinage en France à une possibilité d'évolution malgré les nombreux scandales auquel le sport est déjà entaché?
Je veux parler et m’exprimer pour cette raison et j’aimerais souligner le courage de toutes ces patineuses qui en ce moment même ont le courage de parler et de raconter leur histoire. Je pense que le patinage en France peut ressortir la tête haute de tous ces événements et grandir grâce à la mise en place de stratégie et qui pourra rendre à la fédération française des sports de glace une meilleure image aux niveaux national et international.





 









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