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L’islamisme radical : un acteur géopolitique à part entière

Mardi 27 Juin 2017

Vecteur de violence, d’amalgames et d’argumentaire politique orienté, l’islamisme radical constitue aujourd’hui un acteur majeur dans la géopolitique mondiale. Son influence dans les sphères politiques, sociales et économiques pourrait s’étendre davantage.


Lors d’une manifestation contre le « muslim ban » de Donald Trump en janvier 2017. CC Fibonacci Blue.
Lors d’une manifestation contre le « muslim ban » de Donald Trump en janvier 2017. CC Fibonacci Blue.
S’il est possible d’être musulman et d’adhérer au principe de laïcité, l’islamisme radical ne peut y parvenir puisque cette idéologie repose sur la volonté d’imposer « la cité idéale » sur Terre. Pour y arriver, il faut mener le combat des infidèles, qu’ils soient musulmans ou non. Pourtant, entre l’Islam, les musulmans, l’islamisme radical et les islamistes, l’identification claire et objective de ces termes est parfois confuse pour certains. Ce flou lexical a participé à l’argumentaire de certaines tirades racistes et xénophobes et à une division entre certains pays ainsi qu’au sein même de certains pays. Si l’on a tendance à considérer la géopolitique comme une science qui étudie les rapports entre les différents Etats, l’influence actuelle de l’islamisme radical fait de cette communauté un acteur géopolitique à part entière.

Des relations sous pression

L’influence de l’islamisme radical se caractérise notamment par les modifications diplomatiques qu’elle a apportées entre certains pays. Plusieurs exemples comme la situation actuelle de la Syrie peuvent en attester. Si la sphère médiatique se concentre principalement sur le rôle de la Russie dans les conflits syriens et sur les différents attentats menés par les groupes terroristes locaux, seul Wikileaks et certains médias indépendants font état de la situation dans sa globalité. Entre autre, un rapport datant de décembre 2006 et rédigé par William Roebuck, chargé d’affaires à l’ambassade des États-Unis à Damas durant cette période. Ce dernier explique que la puissance américaine désirait exploiter les faiblesses de Bachar el-Assad, le Président de la Syrie, pour « augmenter la probabilité que de telles opportunités se présentent », c’est-à-dire une réaction telle qu’on la connait actuellement face à la menace de l’islamisme radical. Si les relations entre les États-Unis, plusieurs pays européens comme la France ou l’Allemagne, la Russie et la Syrie se modifient constamment pour des raisons économiques et politiques, la présence de l’islamisme radical a redistribué les cartes. Et lorsque le président américain, Donald Trump, a signé le décret migratoire visant sept pays musulmans (Syrie, Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Libye), il a rappelé le rôle majeur de l’islamisme radical dans la géopolitique mondiale tout en oubliant au passage certaines zones où il est présent mais où les intérêts américains ne sont pas les mêmes (Afghanistan, péninsule arabique, Nigéria...). Car si l’on regarde au-delà des amalgames grossiers dont a fait preuve Donald Trump, ce sont bien les actes commis par l’islamisme radical qui sont à l’origine de cette situation. Un constat que l’on peut faire aujourd’hui et qui pourrait bien s’accentuer demain si les sept pays concernés décident de répliquer.

Argument politique et division sociale

Si la politique de Trump se nourrit de la peur instaurée par l’islamisme radical, d’autres responsables politiques utilisent cet argument pour justifier leur programme de sécurité intérieure et remporter les élections présidentielles. C’est majoritairement le cas des partis populistes qui s’expriment dans un registre émotionnel et alarmiste comme la Ligue du Nord en Italie, l'Alliance pour l'Allemagne ou encore Geert Wilders et son Parti pour la liberté aux Pays-Bas. Une méthode non sans conséquence puisque, au-delà des questions géopolitiques mondiales, elle est susceptible de jouer un rôle dans les mouvements sociaux au sein d’un même pays. Si la situation reste stable en France, il semble difficile de nier certaines tensions. Sur les réseaux sociaux surtout, le racisme et l’ignorance s’expriment désormais facilement et à visage découvert. Le 27 septembre 2014, Jacques Borde, alors candidat FN en Haute-Vienne dans le canton Limoges 1, postait sur Facebook : « i[Mensonge aussi bien de la part du recteur que des fidèles ainsi que des journalopes [ndlr : savant mélange entre « journaliste » et « salope »]. Pourquoi ces messieurs ne disent-ils pas ce qui est réellement écrit dans leur coran satanique, où il est recommandé de tuer les mécréans ? Ils veulent nous faire croire que c’est une religion de paix, d’amour et de tolérance, mais dans leurs actes nous démontrent le contraire. Il n’existe pas 36 islams mais bien un seul, celui qui prône l’assassinat et la guerre sainte !]i ». Pour le géopolitologue Alexandre del Valle interrogé par Atlantico, « ce n’est pas l’immigration qui, en elle-même, est dangereuse, mais la façon dont on intègre les nouveaux venus ». Mal intégrés, ces derniers deviennent des candidats rêvés pour les organisations prônant l’islamisme radical comme les Frères musulmans ou la Ligue islamique mondiale. Ainsi, l’islamisme radical dépasse les frontières, s’étend et augmente son pouvoir dans la géopolitique mondiale.

Dans la sphère médiatique également, le poids des mots n’est pas sans conséquence. Le 20 mars 2017 dans l’édition papier du Figaro, Hugues Moutouh utilisait la tentative d’attentat d’Orly du 18 mars 2017 pour relancer le débat sur « le lien qui existe entre délinquance et terrorisme, et, plus précisément, du lien existant entre l’islamo-délinquance et l’islamo-terrorisme ». Là encore, et peu importe notre opinion, la présence de l’islamisme radical dans les médias et sur internet renforce la puissance de ce « nouvel » acteur géopolitique. Que ce soit autour de la machine à café, de la table du Conseil des ministres ou de celle de l’OTAN, les débats liés à l’islamisme radical démontrent la complexité, la puissance et la quasi omniprésence de cet acteur géopolitique.

Sarah Belnez