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La Grèce sort de la zone euro

Vendredi 12 Mai 2017

Dettes, plans d’aide international, plans d’austérité… Depuis 2009, la Grèce vit à un rythme épuisant et incertain. Aujourd’hui, le Grexit semble plus que jamais d’actualité. Mais cette sortie de la zone euro est-elle réellement une bonne idée ?


Le Grexit va-t-il avoir lieu? Image du domaine public.
Le Grexit va-t-il avoir lieu? Image du domaine public.
Si le Royaume-Uni s’est rapidement décidé à quitter l’Union Européenne, la Grèce s’accroche malgré une récession économique durable. Accablée par plusieurs plans d’austérité et une politique instable, le pays n’a jamais été confronté à autant d’incertitudes. Mais la Grèce est la première responsable de sa situation puisque trois ans seulement après son entrée dans la zone euro, le ministre des Finances, Geórgios Alogoskoúfis, rapportait au Parlement Européen que les chiffres donnés par la Grèce étaient faux. En effet, lors de son entrée dans la monnaie unique, la Grèce ne répondait pas aux critères du Traité de Maastricht puisque son déficit budgétaire était supérieur à 3% du PIB et son inflation était loin d’être sous contrôle. En 2009, après avoir contracté plusieurs emprunts pour financer sa croissance, la Grèce s’est retrouvé avec une dette s’élevant à 279 milliards d’euros, soit 115% de son PIB. Et pendant que la note de la dette grecque baissait, le taux d’emprunt augmentait… Un an plus tard, la Grèce ne pouvait emprunter malgré les deux plans de rigueur mis en place par le premier ministre Giórgos Papandréou. En mai 2010, face à une Grèce à court de liquidités, les pays membres de la zone euro votaient le premier plan d’aide international : un prêt de 110 milliards d’euros sur 3 ans, dont 30 milliards pris en charge par le FMI. Rapidement, un deuxième plan d’aide international de 237 milliards d’euros fut créé l’année suivante ainsi que sept plans d’austérité supplémentaires entre 2010 et 2015. En plus d’être difficiles à vivre pour la population, les plans d’austérité se révèlent inefficaces puisque la dette grecque continue d’augmenter, passant de 140% de son PIB en 2010 à 175% de son PIB en 2015. Une colère grandissante et légitime a permis à Syriza, le parti radical de gauche, de se renforcer jusqu’à remporter les élections législatives de janvier 2015. Face à la baisse des revenus et à l’augmentation des impôts directs et du taux de chômage, les citoyens grecs montreront leur désaccord à plusieurs reprises, notamment en rejetant à plus de 61% le troisième plan d’aide international de juillet 2015. Ce dernier proposant une aide de 86 milliards d’euro mais une reprise des mesures de rigueur.


Une méfiance mutuelle entre la Grèce et ses créanciers

Interrogé en avril 2015 par France 24, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie 2001, estime que ce que « i[l’Europe a fait à la Grèce est inqualifiable […] c’est pire qu’une guerre, que la dépression]i ». Selon lui, « le véritable problème c’est qu’il y a une faille fondamentale dans la zone euro et cette faille, ce n’est pas la structure dans le pays individuel mais la monnaie commune ». La Grèce ne serait donc pas la principale responsable de sa situation puisque l’on retrouve ce problème au Portugal, en Espagne, en France, en Italie, etc. Pour Jens Bastian, spécialiste de la question grecque, « la Grèce ne peut pas rester coincée dans un cycle de renflouement et de crises économiques ». Malgré une méfiance mutuelle entre la Grèce et ses créanciers, la Grèce a finalement obtenu une nouvelle tranche d’aide de 2,8 milliards les 10 et 25 octobre 2016 dans le cadre du troisième plan de sauvetage. Et la Grèce ne semble pas prête à baisser les bras. Le 22 mars 2017, elle annonçait espérer parvenir à un accord avec ses créanciers dans le courant du mois d'avril. Au-delà d’une aide financière, les négociations concernant les réformes des retraites, le marché du travail et celui de l'énergie sont au cœur des priorités du pays. Le vendredi 7 avril 2017, les ministres des finances de la zone euro, la Grèce et ses créanciers ont finalement conclu un accord de principe sur les réformes lors de l’Eurogroupe de Malte. Après plusieurs mois d’incertitudes et de méfiance réciproque, le troisième plan d’aide international se débloque peu à peu. Mais si Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe et Pierre Moscovici, le commissaire européen chargé des affaires économiques, se réjouissent de cette avancée, les Grecs ne vont certainement pas apprécier l’ensemble de ces négociations. Comme le souligne le ministre des finances, Euclide Tsakalotos, l’accord de principe comprend une nouvelle réforme des retraites ainsi qu’un abaissement du seuil d’imposition contre lesquels des milliers de Grecs ont déjà manifesté… Il faudra néanmoins attendre l’Eurogroupe du 22 mai pour connaître le sort de l’allègement de la dette publique ainsi que l’accord définitif concernant ce troisième plan d’aide.


Grexit : pile ou face ?

L’accord de principe apparait comme une victoire pour les créanciers européens mais pourrait également changer la donne si l’opinion publique se retourne contre ce troisième plan d’aide et parvient à faire voter le Grexit. Pour Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez VEGA IM, la mise en place d’un Grexit apparait peu probable puisque « la dette grecque est stabilisée, en pourcentage de son PIB, grâce à un excédent primaire satisfaisant (2,3% du PIB en 2016) ». Si la situation n’est pas idyllique pour les Grecs, elle reste insoutenable pour les 15% qui vivent dans la grande pauvreté et les 13% qui sont exclus des soins médicaux (étude de la Banque centrale de Grèce). Pourrait-on en vouloir aux Grecs de vouloir sortir de la zone euro, eux qui sont les seuls de l’UE dont le salaire minimum n'a pas augmenté depuis 2008 ? Si les conséquences de la sortie d’un pays membre de l’UE demeurent inconnues, le Brexit apparait clairement défavorable au Royaume-Uni qui pourrait bien devoir près de 60 milliards d’euros à l’UE. Pour la Grèce en revanche, l’éventualité d’une sortie pourrait se traduire par une explosion de sa dette, des pertes immenses pour la France et l’Allemagne, les deux principaux créanciers de la zone euro, ainsi qu’une panique financière mondiale due aux spéculations.

Le cas de la Grèce est révélateur des dysfonctionnements de notre société. Elle qui se trouve la plus faible économiquement est la première à servir de terre d’accueil pour les réfugiés. Si les prédictions du Grexit se révèlent exactes, il serait peut-être temps d’envisager un autre mode de fonctionnement basé sur l’entraide, ne serait-ce que pour se protéger soi-même.

Sarah Belnez