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Carmen de Bizet à l'Opéra de Marseille


Dans une nuance de gris démoralisants, une ouverture de saison au goût de tiède sangria.


Plombée par deux entractes interminables (pour cause de changements des somptueux mais imposants décors d’Ezio Frigerio en bonne forme), la mise en scène un rien paresseuse, mortifère, sombre, enfumée, lente, empesée de Nicolas Joël, reprise ici à Beauvau par Stéphane Roche, a pris du temps à trouver son rythme et son envol. Une ouverture de saison chaleureusement saluée par le public mais dont une partie décrocha cependant au fil de la soirée. Vox Populi, Vox Dei…

Que faire, que dire de plus avec cet immortel chef-d’œuvre, semble nous dire Nicolas Joël tout au long de la soirée? S’installant dans un confortable à peu près, sans freudiser, sans lacaniser, avec des gestes simples mais lourds de conséquences, il décrypte avec une acuité noire, morbide, presque insoutenable l’anatomie d’un meurtre dans un suspens riche en tableaux charbonneux. Le soleil du dernier acte se reçoit comme une bouffée d’air frais, une immolation en pleine lumière, la maîtrise des Bouches-du-Rhône y semant même une joyeuse pagaille organisée…

Volons à l’essentiel. La Carmen de Giuseppina Piunti est bien connue des mélomanes. Superbe panthère brune, ni bobonne, ni drôlesse, ni cocotte, insouciante, sans œillades vulgaires, sans "titiller du popotin" mais toujours sensuellement sexy car bien assise sur des jambes à faire pâlir d’aise et d’envie tous les corps de garde de la planète, ma voisine de droite et mon voisin de gauche y compris, la soprano italienne, dans un français impeccable de diction et d’accents, loin des mezzos charnus ou trop dramatiques, s’épanouit sur toute la tessiture du rôle avec une confondante facilité. Chaque air, chaque phrase, chaque intonation nous la montre en flagrant délit de probité musicale et artistique. Sa mort fait irrésistiblement penser, une fois encore, au risque de se redire, à celle de Lulu: "le seul que j’ai vraiment aimé", pour deux passions se consumant dans la mort.
A l’unisson le reste du plateau? Oui, un grand oui, pour un grand bravo à Jean-François Lapointe, fringant Escamillo, (quel rôle ingrat quand même) baryton comme on n’en fait plus, matamore, hautain, de la race des Blanc, Massard, Borthayre… En un air tout est dit: je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu!
Soulignons également la providentielle connivence entre les comparses (Fraquita, Remendado et Cie…) contrebandiers qui ont fait du quintette un moment de pure perfection, osons le mot, mozartienne. Suffocant d’accents, le Zuniga de Philippe Fourcade tire habilement son épingle du jeu.
Sympathique et volontaire, Anne-Catherine Gillet méritait-elle la salve d’applaudissements au rideau final? Bien sûr si on accepte son jeu conventionnel, tant il est vrai que le personnage, chez qui beaucoup se reconnaissent, s’en accommode fort bien… Un peu moins si l’on supporte mal son vibrato à cinq vitesses et un timbre acidulé, parfois ingrat…
On a trop de sympathie envers Luca Lombardo, qui, de loin ressemble physiquement de plus en plus à son glorieux aîné Alain Vanzo, pour critiquer sa prestatio, toujours honnête et engagée, mais là un rien granguignolesque. Enfantin, touchant dans sa balourdise, disons simplement que les éclats véristes de la fin lui iront toujours mieux que les éclats lyriques du début.
On sait que l’ouvrage, qui remplit aisément les salles même dans les pires conditions, ne livre son secret, dans toute son intransigeante beauté, qu’au prix d’une rigueur absolue dans la fidélité du texte musical.
Autre bonne surprise de la soirée, l’orchestre (et les chœurs!) de l’Opéra de Marseille et son chef Nader Abbassi. Sous sa direction à la pulsion irrésistible, d’un poignant frémissement interne, jamais la partition n’aura apparue si belle, si chatoyante, si grande.

09/10/2012




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