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Christian Colombeau

Création du Mazeppa de Tchaikovsky à l'Opéra de Monte-Carlo

19/02/2012
Lu par 1410 visiteurs web

Une belle occasion de voir un opéra très injustement délaissé par les maisons lyriques.


Il y a des “opéras historiques” comme il y a des “romans historiques”. Avec, comme en cuisine, tous les ingrédients du genre: amour - ici gérontophile -, trahisons, morts, batailles, folie… En ce sens Mazeppa est une vraie réussite. Quasi inconnu dans l’Hexagone, cet opéra possède pourtant toutes les qualités pour faire partie du grand répertoire. La musique de Tchaïkovski ne manque pas de génie et l’intrigue, inspirée d’un poème de Pouchkine, se déroule, comme dans les meilleurs films de série B, pleine d’aventures à rebondissements et de héros tragiques.
Mazeppa, chanté jadis par Byron, Liszt, Hugo est à présent un vieux et glorieux chef cosaque. Sa passion pour l’Ukraine, qu’il veut indépendante, l’amène à trahir le tsar Pierre le Grand et ses propres amis. Malgré son amour partagé pour Maria, - pas celle de West Side Story - fille de son ami Kotchoubeï, il trahit ce dernier, et le fait mettre à mort.
Sa défaite à Poltava, sa fuite sans gloire et la folie de Maria marquent la fin de cette fresque exaltée, de cette épopée lyrique pleine de bruit et de fureur où rien ne manque pour les amateurs du genre: poursuites sanglantes, scènes de torture, d’exécutions publiques, avec un rien d’érotisme calculé…
Ce blockbuster se termine curieusement par l’une des berceuses les plus douces et les plus tendres du répertoire. Contraste garanti.
Dans la fosse, Tchaïkovski n’y va pas avec le dos de la cuillère. Sa musique est intense, brillante, pleine de cuivres, d’influence italienne et les mélodies sont d’une réelle beauté.
Enfin, l’on éprouve une certaine fascination pour le personnage de Mazeppa, figure pathétique, pleine de dialogue intérieur, poétique et pitoyable à la fois, qui, par vanité et opportunisme, ruine sa vie et celle de ceux qui l’aiment…
Importé et présenté en coproduction avec Opera Ireland, le spectacle de Dieter Kaegi fait foin de la vérité historique et situe l’action dans une Russie moderne, rendant d’un coup d’une brûlante acuité et intemporalité le livret de Victor Bourénine. Pour qui suit le travail du zurichois, on retrouve avec plaisir et une certaine drôlerie, cette irrésistible dynamique, tous ses petits tics vus ici et là tout au long de son originale carrière, comme ces costumes un peu passe-partout qu’on dirait achetés à la Migros de Berne ou à la Placette de Lausanne… mais pourtant signés David Belugou. Ingénieux aussi les décors de Rudi Sabounghi sous les éclairages ou fumigènes de Laurent Castaingt.
La distribution vocale se reçoit comme un uppercut en pleine poitrine. Le mystère de ces voix bulgares, moldaves ou russes reste entier. Une musicalité sans faille, pour un déferlement de décibels qui vous ferait prendre l’œuvre de Wagner pour une agréable bluette. Quelle santé, quelle vitalité quel punch chez tous les solistes et les Chœurs aussi, éblouissants, chantant russe comme le sympathique Pope de Nice. Stefano Visconti peut être fier de son travail.
Malgré quelques sons tubés au début, Tatiana Pavlovskaïa chante, avec la voix du Bon Dieu, une véhémente, volontaire hyper-sensuelle Maria. Comment ne pas comprendre aussi l’attirance qu’elle éprouve pour Tomas Tomasson, Mazeppa autoritaire et déchiré comme pas deux, dont le grand arioso tout d’émotion contenue et déchirée renvoie à Onéguine?
Le vétéran Paata Burchuladze ne fait qu’une bouchée de l’imposant Wassili Kotchoubeï, tout comme son épouse, à la scène, Elena Manistina, mezzo à entendre au plus vite, son Amnéris étant actuellement un must. Grandiose affrontement mère et fille en deuxième partie.
Impossible d’adresser un reproche sérieux à Dmitro Popov, hyper lyrique, rayonnant Andreï, solaire ténor ukrainien comme on n’en fait plus, parfait, simplement parfait et qui vous réconcilie avec les vrais-faux ténors à la mode. Joie! Joie!
L’ensemble des seconds rôles (Orlik, Iskra) est de fort belle tenue. Se distingue de belle manière l’acrobatique, bien en place et virtuose cosaque ivre d’un percutant Laurent Chauvineau en grande forme. Plus qu’une silhouette, un vrai personnage.
Dmitri Juroswki et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo virtuose en diable, bouillonnant et précis, ont largement contribué à donner à l’ouvrage, présenté en création monégasque, une densité exceptionnelle, obéissant aux lois des sensations, des frémissements, avec cette pointe de démonstration stéréophoniquement héroïque vraiment jubilatoire.

Par Christian Colombeau — Nombre de lectures web de cet article (hors podcasts, smartphones et tablettes): 1410 fois — Contenu mis à jour le 19/02/2012




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