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Collectif VAN
08/07/2010

Le problème identitaire de l'Azerbaïdjan

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Levon Chorbajian fait, sur le site du magazine d’investigation arménien Hetq on line, la critique de l’ouvrage de Rouben Galichian, L’invention de l’histoire : Azerbaïdjan, Arménie et la vitrine de l’imagination (Institut Gomidas/Printinfo Art Books). On y apprend que depuis 1921, les dirigeants azéris ont été confrontés au problème de forger une identité nationale là où il n’en existait pas auparavant et que leur réponse a été de fabriquer une histoire.


Le problème identitaire de l'Azerbaïdjan
Les gens appelés Azéris aujourd'hui sont un amalgame de peuples turc, arabe et persan que l'on connaissait historiquement sous le nom de Tatars caucasiens. Le territoire qui est devenu l'Azerbaïdjan était peuplé non seulement de centaines de milliers d'Arméniens, mais aussi d’un grand nombre de musulmans non-azéris et de quelques chrétiens non-arméniens. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article paru le mardi 29 juin 2010.

Hetq
Critique de livre : prestidigitation sur la scène mondiale


Levon Chorbajian fait la critique de L’invention de l’histoire : Azerbaïdjan, Arménie et la vitrine de l’imagination (The Invention of History: Azerbaijan, Armenia, and the Showcasing of Imagination).

L’ouvrage de Rouben Galichian, L’invention de l’histoire : Azerbaïdjan, Arménie et la vitrine de l’imagination (Institut Gomidas/Printinfo Art Books) est un livre important qui traite d’une question majeure à laquelle est confronté le peuple arménien, 95 ans après le génocide : survivre face à d’autres disparitions et éradications.

C'est une question qui comporte de multiples dimensions, dont certaines d'entre elles sont bien connues et d'autres non. Galichian, dont les travaux antérieures incluent « Les Cartes historiques de l'Arménie : l'héritage cartographique (I.B. Tauris) et les pays du Caucase dans les cartes médiévales : l'Arménie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan » (Institut Gomidas), se concentre ici sur un des aspects les moins connus, l'Azerbaïdjan et ses attaques sur l'histoire, l'identité et la survie arméniennes.

L'Azerbaïdjan a été fondé en 1918 sous la direction du parti panturquiste Musavat. Il n'y avait jamais eu d’Etat azerbaïdjanais dans l'histoire et son nom est tiré du territoire situé au sud du fleuve Araxe, en Perse du nord (l'Iran actuel), où vivaient un grand nombre de locuteurs azéris et où ils continuent à vivre aujourd'hui. Galichian note que les responsables persans ont considéré que l'utilisation de ce nom était une usurpation et, à l’époque, ils ont protesté contre son utilisation.

Dans le chassé-croisé territorial survenu au début de l’existence de l’Union soviétique, on a donné à l'Azerbaïdjan le contrôle du Nagorno-Karabagh (Artsakh) peuplé d’une majorité arménienne de 95%, et du Nakhichevan qui était à 40 % arménien en 1920. Ce furent des défaites amères pour l'Arménie, mais ironiquement, elles ont également renforcé davantage le propre problème identitaire de l'Azerbaïdjan. Les gens appelés Azéris aujourd'hui sont un amalgame de peuples turc, arabe et persan que l'on connaissait historiquement sous le nom de Tatars caucasiens. Le territoire qui est devenu l'Azerbaïdjan était peuplé non seulement de centaines de milliers d'Arméniens, mais aussi d’un grand nombre de musulmans non-azéris et de quelques chrétiens non-arméniens. Les dirigeants azéris ont été confrontés au problème de forger une identité nationale là où il n’en existait pas auparavant.

La réponse a été de fabriquer une histoire. L'École de Bakou d'Historiographie ou École Buniatov, soutenue par l’État, (Ziya Buniatov était un historien révisionniste azéri) s’est développée au service de l'ambition nationale pour récrire l'histoire. Dans ses premiers chapitres, Galichian examine deux livres qui donnent un exemple du fruit de ces travaux, Guerre contre l'Azerbaïdjan : cibler l'héritage culturel et Les monuments de l'Azerbaïdjan occidental.

De même que la Turquie prétend que ses racines remontent aux Hittites et autres peuples avec lesquels elle n'a aucun rapport historique, l'Azerbaïdjan prétend être l'héritier des Albanais Caucasiens, un peuple chrétien qui a gouverné une grande partie de ce qui est maintenant l'Azerbaïdjan, et qui s'est éteint au 12ème siècle. Ce subterfuge supprime un millénaire entier de présence arménienne et permet aux Azéris de se présenter comme un peuple indigène et de faire des Arméniens des intrus. C'est l'histoire que l'on a apprise aux écoliers azéris pendant des décennies et ses implications revendicatrices territoriales sont clairement révélées quand nous comprenons que "l'Azerbaïdjan occidental" se réfère à l’Arménie elle-même.

Galichian examine minutieusement le sort des monuments arméniens dans les territoires qui sont passés sous contrôle azéri. Plus un seul Arménien ne vit au Nakhichevan aujourd'hui. Nous n’y trouvons pas trace non plus des 200 églises arméniennes, des monastères, des chapelles et des cimetières qui s’y trouvaient au début du 19ème siècle. Dans une section saisissante de son livre, Galichian documente le sort d'un cimetière qui a un jour contenu 10 000 khachkars (pierres funéraires arméniennes sculptées). Ce cimetière du Nakhichevan était situé sur la rive nord du fleuve Araxe et était clairement visible de l'Iran. Les derniers 2000 khachkars qui restaient ont été abattus et brisés il y a une décennie par l'armée azérie. Les restes ont été emmenés en train ou jetés dans le fleuve. Galichian fournit les photographies de cette destruction, prises par l'architecte écossais Steven Sim. Le site est aujourd’hui un terrain de tir militaire.

Galichian a rassemblé et fourni des photographies 'avant et après' d'autres sites arméniens également. Celles-ci incluent des exemples avant-après, de textes arméniens effacés par abrasion sur des bâtiments, ce qui, sans détruire les bâtiments eux-mêmes, masque leur origine arménienne.

C'est un livre important pour trois raisons. Tout d'abord, le texte de Galichian et les photographies documentent la continuation du génocide sous la forme de l'éradication finale de l'histoire du peuple arménien. L'histoire que Galichian raconte n'est pas nouvelle et contient des parallèles proches avec la République sœur de l'Azerbaïdjan, la République de Turquie, où des monuments arméniens ont été rasés, utilisés comme cibles lors d’exercices d'artillerie, démontés pour devenir des matériaux de construction et utilisés comme des écuries. Et là où les monuments ont une valeur touristique, ils ont été attribués à d'autres. C'est un jeu que jouent tant la Turquie que l'Azerbaïdjan.

Deuxièmement, le livre de Galichian tombe à point étant donné les termes des protocoles turco-arméniens, actuellement dans une impasse (mais pouvant redémarrer), qui redéfiniraient radicalement les relations turco-arméno-azéries sans que cela nécessite des protections fortes pour les intérêts de sécurité nationale de l'Arménie. Le destin des Arméniens au Nakhichevan, y compris l'extermination finale et l'effacement de leur présence historique a été capturé en termes de "Nakhichevan-isation", qui est devenu un symbole de génocide culturel. Il a inspiré un vœu arménien qui est que le processus ne se répéterait pas en Artsakh [Karabagh]. Le livre de Galichian sonne comme un avertissement. Il met très clairement en lumière ce qui est en jeu si l'Arménie succombe à la pression occidentale ainsi qu’aux promesses turques et azéries de fraternité, de bonne volonté et de solidarité.

Grâce à la libération de l'Artsakh (Nagorno-Karabagh) entre 1988 et 1994, le destin des monuments arméniens est désormais sous contrôle arménien. La dernière des contributions de Galichian est que ses photographies documentent les ravages dus au vandalisme azéri et à la négligence envers les monuments arméniens tels que Dadivank, les complexes monastiques de Gandzasar, et leur restauration subséquente par des artisans arméniens après 1994.

Dans l’ensemble, Galichian a fait une contribution vraiment significative pour notre compréhension des attaques continuelles sur l'histoire et l'héritage du peuple arménien. Il a compilé l'histoire et lui a permis de parler, à travers les textes et les photographies, des dangers que contient n'importe quel "règlement de paix" occidental négocié qui appelle à la reddition des territoires tenus par les Arméniens, sans un Artsakh complètement indépendant et qui ne serait pas reconnu et garanti internationalement.

A propos du critique : Dr. Levon Chorbajian. Traducteur et coauteur du Nœud caucasien : l'histoire et la géopolitique du Nagorno-Karabagh (Zed Books) et l'éditeur de La création de Nagorno-Karabagh : de la sécession à la République (Palgrave Macmillan).

Rouben Galichian. The Invention of History: Azerbaijan, Armenia, and the Showcasing of Imagination. Gomidas Institute-London and Printinfo Art Books-Yerevan. 2009. En anglais. 112 pages. Comprend un DVD sur la Djoulfa arménienne et plus de 50 photos en couleurs et des cartes. $30 US et £20 UK. Commande sur AbrilBooks.com, NAASR.org, Gomidas.org., et Amazon UK.


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN - www.collectifvan.org



Par Collectif VAN (dernière modification le 08/07/2010)



Tags : Azerbaïdjan


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