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Christian Colombeau

Macbeth de Verdi en clôture de saison à l'Opéra de Monte-Carlo

22/04/2012
Lu par 1464 visiteurs web

Un cauchemar éveillé dans la course au pouvoir qui rend fou.


Verdi et Shakespeare ont toujours fait bon ménage. En s’attaquant à Macbeth, outre qu’il touche pour la première fois à l’auteur qui l’aura fasciné toute sa vie, Verdi aborde une écriture nouvelle qui contient déjà cet emportement toujours guetté par la fêlure qui se déploiera ensuite dans son œuvre majeure.

Cet opéra, plein de bruits et de fureurs, de silences et de murmures, de ces présences inquiétantes qui tendent le drame et ouvrent dans l’ordonnancement de la "vie" ces béances vertigineuses qui en rythment l’implacable déchirure, ce Shakespeare traité à la sauce italienne - pour reprendre une expression fameuse -, viennent de trouver sur la scène du Palais Garnier de Monte-Carlo une lecture originale dans sa tradition et indélébile dans ses images.
Plaisir dès lors de retrouver dans la mise en scène très heroïc-fantasy de Francesco Negrin ces frôlements d’une terrible intimité, cette intensité calcinante d’un irrésistible désir de pouvoir absolu.
En rouge et noir voici donc la lancinante folie monstrueuse des époux Macbeth, folie sanguinaire qui retourne les corps comme pour mieux en exhiber les forces sourdes.
Si le metteur en scène a fort bien compris que le couple Macbeth domine la scène et laisse un peu le reste de la distribution au second plan, toutefois point de transposition moderne. Le spectacle a le grand mérite de suivre le livret, de respecter les enjeux et de permettre au néophyte de découvrir et de comprendre l’œuvre. Insoutenable assassinat des enfants Macduff sur l’air "Patria opressa"…
Les décors et personnages, avec le talentueux concours de Louis Désiré, sont d'inspiration d’art brut médiéval, bois et fer dominent, écrasent tout, armurerie d’époque comprise.
Sous la présence d’arachnéennes sorcières acrobatiques, un climat fantastique enveloppe les rapports psychiques et œdipiens entre le héros et sa femme qui le manipule, et dont l’envergure et la personnalité sont hors du commun. En prime, la vraie puissance démentielle et nue de l’impitoyable. Le spectateur, sadique lui aussi, assiste horrifié à l’effondrement psychique du couple maudit, au portrait ici très finement dessiné.
Comme toujours, à l’encontre du rôle-titre, c’est Lady Macbeth qui concentre l’attention. Habituée du rôle, Maria Guleghina campe une femme dont la démesure est le reflet d’un irrépressible désir et dont la paranoïa s’alimente d’hystérie. Belle, sculpturale, d’une raucité hallucinée elle domine son terrible rôle dans tous les registres… même si les pinailleurs cherchent encore en vain l’ut dièse filé dans la scène du somnambulisme. Noble, brisé, écrasé, Lado Ataneli est un Macbeth attachant dans son irresponsabilité.
Face à ces forces obscures, Giacomo Prestia fait une impressionnante apparition dans le court rôle de Banquo. Macduff, ici Leonardo Capalbo, au timbre clair et argenté, resplendit en fin de soirée de cette aura lumineuse du héros salvateur. Belle présence des seconds couteaux (le médecin de Pietro Palazy est à entendre au plus vite dans un premier rôle) et chœurs remarquables d’étoffe et de coloris.
Paolo Arrivabeni déploie avec flamme cette fresque musicalement terrible elle aussi et irise l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo de mille diaboliques couleurs dans un irrésistible, envoûtant et poisseux nocturne du pouvoir qui rend fou.


Par Christian Colombeau — Nombre de lectures web de cet article (hors podcasts, smartphones et tablettes): 1464 fois — Contenu mis à jour le 22/04/2012




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