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28/07/2017

Pollution à l'acide: le plus jeune maire de France témoigne en exclusivité


Début juillet 2017, un employé d’un sous-traitant Arcelor Mittal avait révélé avoir été contraint de déverser de l’acide directement sur un site qui présente une perméabilité avec des cours d’eau du Val de la Fensch. Un mouvement d'hystérie s'en est suivi, semant la crainte et la panique dans l'esprit des Florangeois. Une réaction surdimensionnée aux yeux de Rémy Dick, élu maire à 22 ans. Face aux accusations injustifiées, il nous livre en exclusivité son témoignage.


"Il est temps que Arcelor Mittal se remette en question sur la question de la pollution". Photo courtoisie (c) Mairie de Florange
"Il est temps que Arcelor Mittal se remette en question sur la question de la pollution". Photo courtoisie (c) Mairie de Florange

pollution_acide.mp3 Pollution acide.mp3  (255.71 Ko)


La contamination des eaux par Arcelor Mittal est dans la bouche de tous les Florangeois, les écolos et inquiète nationalement. En tant que maire de la ville de Florange, comment avez-vous appris la nouvelle?

"Cette histoire a débuté avec le promeneur, Dominique Rozwora. Depuis mars 2017, l’homme a harcelé un adjoint à la mairie pour une histoire de tuyauterie fuyante au niveau d’une installation de Arcelor Mittal. Une vidéo a ensuite fait son apparition sur internet afin d’interpeller, de dénoncer que depuis trois mois, la mairie ne faisait rien. Nous nous sommes immédiatement saisi du dossier et nous avons réglé le problème en moins d’une semaine. L’entreprise a été prévenue que des liquides pollués fuyaient des installations et le nécessaire a été fait.
Ses dénonciations ne se sont pas arrêtées là. Il s’est attaqué à la forêt. Selon lui, elle aurait été coupée dans tous les sens par l’usine, en débutant par des élagages puis des coupes directes. Cette affaire a pris fin lors du conseil municipal de juin où Monsieur Philippe Tarillon, ancien maire de la ville, s’est fait porte-parole de l’homme. Seul le sujet de la forêt a été abordé, exit celui de la pollution. En réponse à ces accusations, l’explication de Arcelor Mittal était rationnelle. L’endroit visité par le promeneur est un domaine privé leur appartenant. L’entrée est interdite au public, il y a un panneau précisant "interdiction d’entrée" avec des barrières. Sa chienne est morte. Lard ou cochon? Il s’est mis dans un état hystérique et a commencé ses insultes convenant que la réponse n’était pas satisfaisante. A débuté une campagne méprisante sur les réseaux sociaux: des photos des différents domaines du crassier auxquelles je n’avais pas accès car je l’ai bloqué. Un mois plus tard, la presse a lancé le scandale
".

Suite à ces divulgations, quelle a été votre réaction immédiate?

"Il s’agissait de milliers de litres d’acides dans les eaux, nous avons paniqué dans un premier temps avant de rationaliser la situation. Nous nous sommes demandé qui de l’ancien salarié de Malézieux, licencié ou de l’usine dit vrai. Arcelor possède une version recevable techniquement parlant. Il subsiste néanmoins quelques doutes sur certains éléments. Nous sommes en attente des analyses officielles.
Le 18 juillet 2017, le Val de Fensch a présenté un communiqué de presse rapportant que nous sommes toujours en attente des résultats. Les analyses réalisées au nom de la protection des eaux ont été négatives. Néanmoins, l’absence de trace d’acide n’est pas une valeur sûre. Il y a des flux continus, l’acide a pu se diluer ou apparaître bien avant, bien après. Une chose est certaine, l’eau de la Fensch et les nappes phréatiques ne semblent pas contaminées.
Concernant les déversements d’acides dans le crassier, nous sommes en attente de la DRIL. Une enquête est en cours car il s’agit d’une affaire judiciaire sur laquelle le Préfet et le Sous-Préfet refuse de communiquer
".

Il s’agit d’une situation délicate pour un premier mandat, une polémique prenant une ampleur nationale. A votre niveau, que pouvez-vous faire?

"Nous sommes responsables du domaine communale, privée comme public. Nonobstant, en l’absence d’intérêt à agir, nous ne pouvons rien faire face à la justice. Nous nous sommes reposés sur le Val de la Fensch qui a pris la compétence début 2014. Dans ce cadre-là, c’est à eux d’agir au nom de l’ensemble après avoir informé Florange et Hayange. A l’unisson, nous avons convenu qu’il fallait que le Val De la Fensch porte plainte. Politiquement, la passivité, l’inaction sont inconcevables. Une plainte contre X a été déposée.
A notre niveau, ce qui est réalisable politiquement c’est de prévoir des discussions régulières avec Arcelor Mittal en vertu de ces éléments. Nous tenons à prévenir et à éviter que cela se reproduise si les informations se révélaient être vraies, et éviter que cela puisse se produire si ce n’était pas le cas".


Selon vous, un tel emballement n’a pas lieu d’être?

"Ce qui hystérise le débat, c’est le fait que Arcelor verrouille depuis des années de nombreux éléments en termes de pollution. Les analyses de la DREAL et de l’agence de santé en 2016 étaient optimistes. L’eau de la Fensch va en s’améliorant et l’eau potable est d’une excellente qualité. Dans un cadre identique, il y a toutefois des moments de pollution récurrents dans la Fensch. Des solutions huileuses semblent s’échapper.
A savoir que plusieurs entreprises se trouvent sur le territoire notamment British Steel. La question est: quelle entreprise déverse ces produits? Arcelor n’est pas en capacité de répondre. Et si des solutions fuient, c’est généralement durant les opérations de maintenance.
Il n’y a pas lieu d’hystériser la chose. Pourtant, il y a eu des délégations de quartiers notamment derrière la mairie. Cinq habitants ont parlé d’une odeur de benzène se dégageant de la Fensch. C’est là que se trouve le véritable problème selon moi. Nous avons eu une tolérance pour la petite pollution qui crée le fantasme d’un énorme scandale. Une situation où tout le monde imagine le pire, alors que si les accusations s’avéraient être vraies, il s’agirait d’un acte isolé ayant pu arriver à quelques moments. Nous faisons confiance aux acteurs. Tout est possible, tout est envisageable
".

Vous avez sans aucun doute dû éplucher la presse quotidienne, régionale et nationale. Les gros titres suivent les uns après les autres. Il serait question de millions de litres d’acides

"Très honnêtement, je me suis arrêtée à Paris Match. Ce qui est faux, c’est le terme de "millions de litres d’acides" d’après mes éléments. Mes préconceptions peuvent s’avérer fausses. Néanmoins, il semblerait que le site même de Arcelor Mittal n’utilise pas des millions d’acide car il est récolté, assaini puis réutilisé. C’est l’histoire de quelques centaines voire de milliers par an. Dire que l’acide est déversé à hauteur de quelques millions sembleraient être ubuesque".

Et qu’en est-il du témoignage de l’ancien employé?

"En tant qu’entreprise, Arcelor n’est pas fautive. Il s’agit de l’acte d’un sous-traitant ou d’un acte isolé d’un cadre sous-traitant. Certains parlent de pots-de-vin déversés par l’usine. Celle-ci dément et propose la preuve en divulguant les bordereaux d’envoi obligatoires pour toute machinerie complexe. Le site est difficilement accessible. Il s’agit de la version officielle, mais nous ne savons jamais ce qu’il y a réellement derrière. Il semblerait cependant que l’usine ne soit pas responsable et a porté plainte contre X également.
Toute cette histoire pourrait s'avérer être un acte de malveillance de la part d’un ancien employé intérimaire de l’entreprise de Malézieux, renvoyé pour défaut de confidentialité de l’entreprise. Ce n’est pas une machinerie complexe de corruption généralisée qui amènerait à déverser des milliers de litres d’acide. Je reste plus ou moins réceptif à la version officielle en attendant une preuve de bonne foi qui se concrétisera avec la découverte des analyses et de l’enquête de justice. Pour le moment, il est difficile de se prononcer
".

Sur la toile, les habitants de votre commune s’inquiètent. Qu’avez-vous à leurs répondre?

"Je pense qu’il faut cesser cette hystérie collective et se calmer vis-à-vis de tout ce qui a pu être entendu. J’ai eu jusqu’à des Florangeois me demandant si l’eau des robinets est potable et d’autres allant dans le complotisme. Mes dires ont été remis en doute par certains pour qui la situation est un scandale. L’eau est foncièrement polluée selon eux et cela me décrédibilise. Sur la question de l’eau, l’eau est potable. Le syndicat des eaux va diffuser un communiqué très rapidement.
Au-delà de ce scandale, le crassier est lui-même conçu afin de supporter des produits chimiques. Il est entièrement isolé dans cette optique et cela depuis le XIXe siècle. Les eaux de ruissellement sont récupérées par des bassins tout autour. Il n’y a aucun risque pour la nature, les eaux de la Fensch et les nappes phréatiques. De plus, si pollution il y a, nous ne sommes pas dans quelque chose qui mérite l’hystérie. Je pense que les autorités de L’État auraient remarquées si la vie des Florangeois était en danger. Mes prédécesseurs ne sont pas inconscients. Il n’empêche qu'Arcelor comme les entreprises ont des épisodes de pollution légère récurrents et réguliers même si rares. Les effets sont scandaleux mais la mairie fait ce qu’il faut pour porter plainte contre X, faute de preuve. Il est temps que Arcelor Mittal se remette en question sur la question de la pollution, même infime
".




Par (dernière modification le 27/07/2017)





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