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RD Congo: La liberté de la presse en doute, témoignage d'un journaliste victime

06/06/2012
Lu par 1706 visiteurs web

Entre deux périodes électorales, 2006 et 2011, les chiffres sur les cas de violation de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo ont grimpé. Une ascension de 35 cas en plus dans toutes les formes de violations. Pendant que le pays dit avoir renforcé sa jeune démocratie, ces événements sur les assassinats de journalistes, leurs arrestations, les interpellations et intimidations ou encore les fermetures de chaines de radio et télévision deviennent de plus en plus inquiétants à Kinshasa comme dans les 10 provinces de ce pays continent au centre de l'Afrique.


Podcasts vidéo et audio

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Témoignage

Le cameraman monteur Franck Zongwe, quelques minutes après son agression par la police.
Le cameraman monteur Franck Zongwe, quelques minutes après son agression par la police.
Si en 2011, le rapport de JED l’ONG de défense des droits de journalistes "Journaliste en danger" faisait état de 160 journalistes arrêtés, menacés, intimidées et même tués pour des raisons liées à l’exercice de leur métier, en 2012, rien que pour la ville de Bukavu en province du sud Kivu les cas sont déjà légion en mi année. Franck Zongwe journaliste de vision Shala tv et Fm (chaine émettant à Bukavu), a été victime de coups et blessures graves de la part des éléments de la police nationale congolaise au mois de mars dernier. Dans une interview, Franck s’inquiète de cette situation à sa sortie d’hôpital Saint-Luc. Et se demande qu’est ce qui se passe pendant la nuit, si en pleine journée il s’est fait tabassé au vu et au su de tous? Soulignons que la victime a été frappée pendant qu’il filmait un accident de circulation à proximité d’un poste de police.

Franck Zongwe Lukama témoigne.

Podcast Journal: Qu’est ce qui s’est passé au juste?

Franck: Je n'en sais rien, je ne comprenais rien, j’ai vu d’un coup trois policiers venir. Au début je n’avais pas peur, parce que je me disais que si j’ai commis une bourde, il suffisait de m'excuser. Mais ils sont venus et ils ont directement commencé à me tabasser, sans dire mot. L’un d’eux sortait d’une petite bicoque et avait un de leurs fouets électriques, c’est lui qui m’a fait le plus de mal; il m’en a donné sur la tête, et les autres me donnaient des coups de pied et de poing pendant que j’étais déjà allongé par terre. Ma caméra était déjà partie je ne sais où, ils m’ont tout pris.
La seule question que je me pose moi aussi: qu’est ce qui s’est passé?

PJ: Et, comment l’affaire évolue t-il?

F: Mes chefs sont arrivés de Kinshasa et j’ai introduit une plainte contre l’officier de police qui avait envoyé ces policiers. C’est dans l’évolution du dossier que j’ai appris que les policiers venaient de tracasser une femme veuve dans une petite maison juste en face du lieu ou je filmais l’accident en question. Alors leur chef, le commissaire Hassan a cru que je filmais toute la scène de ses bévues et il a ordonné que ses policiers m’appréhendent. J’ai même parlé avec la victime de ces tracasseries de policiers, cette dame m’a confirmé le fait mais à son niveau elle a souhaité ne pas porter plainte pour s’éviter des ennuies encore une fois. Tout en gardant l’anonymat et me suppliant même de ne pas parler de ce que ces policiers lui avaient fait, elle m’a signifié qu’elle a été menacé de mort si jamais cette histoire sortait au grand jour. Je me suis alors retrouvé seul dans l’affaire. Mais l’auditorat à évolué avec le dossier, ils avancent avec l’instruction, mon entreprise de presse vision Shala m’a commis un avocat pour suivre le dossier. Mais derrière ça c’est devenu pire; mes chefs ont commencé à être harcelés pour qu’ils retirent la plainte, d’autres m'ont contacté directement mais mon chef est resté téméraire et la plainte est maintenue. Ensuite, c’est l’auditorat elle-même qui a commencé à envoyer des messages à notre directeur lui disant que je cherchais une histoire à raconter à la télévision ou à la radio, au moment où il instruisait encore le dossier. Cela m’a tellement affaibli que je me suis demandé comment expliquer que là où on recourt pour avoir justice, c’est là même que nous nous voyons découragés de la sorte? Jusqu’aujourd’hui aucune issue n’a été réservée à la plainte.

PJ: Qu’a dit la hiérarchie de la police?

F: Pour la police, leur commissaire provincial, le général Luzembo a reconnu le forfait de ses agents et a même présenté des excuses officielles à la presse, diffusées sur nos antennes aussi. Mais je me demande encore qu'attend la justice pour trancher une affaire qui a été prise en flagrant délit et si les aveux de la hiérarchie de la police ne leur disent rien? L’auditeur instructeur continue à perdre du temps avec les tergiversations de l’accusé direct qui vraisemblablement cherche à gagner du temps et faire disparaitre les preuves. Là où c’est inquiétant, c’est qu’un lieutenant, le lieutenant Biza qui avait été cité dans l’affaire comme seul témoin de la brutalité dont j’ai été victime et qui était prêt à témoigner contre son supérieur, voyant le traitement inhumain qui m’a été infligé, est décédé un jour avant l’audience des témoignages. Selon les sources policières il est mort à la suite d’une courte maladie. Trop étrange…

PJ: Et aujourd’hui qu’est ce qui te reste à faire, ta santé va mieux?

F: Oui et non. Oui parce que le rapport médical n’a pas enregistré une seule hémorragie interne ni des blessures graves; non parce que jusqu'à ce que les vraies motivations de mon lynchage ne sont pas connues je reste inquiet car mes bourreaux peuvent revenir à la charge n’importe quand. S’ils ont été impunis pendant qu’ils ont agi en pleine journée, qu’est ce qu’ils ne feront pas pendant la nuit?

La situation des journalistes en RDC

Les journalistes du Sud Kivu à la sortie d'une journée de réflexion sur les exactions perpetrées contre les médias. Photo (c) Blaise Sanyila
Les journalistes du Sud Kivu à la sortie d'une journée de réflexion sur les exactions perpetrées contre les médias. Photo (c) Blaise Sanyila
A côté de Franck, ils sont nombreux les journalistes interpellés par l’ANR (l’agence Nationale de Renseignements), le service de sécurité à mission floue de la RDC. Ces journalistes sont généralement interpellés puis incarcérés après des animations des émissions de débat politique au cours desquelles les invités présentent des avis contraires au pouvoir, après des antennes à téléphone ouvert ou les radios donnent le micro aux populations pour s’exprimer librement sur des questions de société ou de la politique du pays, ou encore, après des reportages finissant en queue de poisson avec des cassettes et enregistreurs ravis par des services divers sous prétexte de sécurité nationale. En générale, l’ANR prend la place du CSAC et des cours et tribunaux, interpelle les journalistes, les attend en violation de toute les procédures contradictoires et les arrête. Les journalistes arrêtés sont parfois libérés après une pression solidaire des médias qui en parlent en boucle, et pour d’autres cas impliquant surtout ce qu’ils appellent diffamation et calomnie à l’endroit du chef de l’État, ils ne les libèrent pas.
Mais face à une justice silencieuse devant des cas comme ceux qui lui sont rapportés, la question est: n’est-ce pas une politique du régime?

A travers une augmentation de 35 cas toutes natures confondues, on a une idée plus claire sur l’évolution de la situation entre deux périodes électorales au cours de laquelle la République Démocratique du Congo dit avoir franchie une certaine démocratisation. On se rend compte que la courbe n’a fait que grimper. Ça se remarque aussi bien que les bourreaux des journalistes ont réduit les assassinats, les enlèvements de journalistes et beaucoup d'autres méthodes pour adopter des pressions administratives qui sont liées généralement à l’instabilité des emplois des journalistes, les pressions judiciaires avec le refus de la dépénalisation du délit de presse qui fait que les journalistes répondent devant des cours et tribunaux de leurs fautes professionnelles en lieu et place des instances de régulation et d’autorégulation et les entraves à la libre circulation nationale et internationale avec les suspensions des signaux des chaines diverses telles que RFI et les refus de sorties en RDC et diffusion de certains faits tels que les divers documentaires sur les enquêtes en rapport avec la mort de Mzee Laurent Désire Kabila, l’ex-président et père du président en exercice.
En outre, les journalistes se retrouvent de plus en plus interpelés et menacés pour des traitements et diffusions des diverses informations. D’où une hausse très vertigineuse de l’auto-censure par des journalistes eux-même.

Par — Nombre de lectures web de cet article (hors podcasts, smartphones et tablettes): 1706 fois — Contenu mis à jour le 05/06/2012




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