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16/09/2011

SENEGAL : L’alphabétisation renforce son plaidoyer autour de ses urgences


Le rideau est tombé sur la 36e édition de la semaine de l’alphabétisation. Au Sénégal, cette manifestation qui figure en bonne place dans l’agenda national s’est déroulée du 8 au 14 septembre. Placée sous le thème "Alphabétisation et Paix", cette édition a été l’occasion pour les acteurs de renforcer le plaidoyer autour d’une plus grande mobilisation des ressources. Pour en savoir plus sur le sous-secteur de l’alphabétisation, le Podcast Journal est allé à la rencontre du Directeur de l’Alphabétisation et des Langues nationales, M. Elhadji Meïssa Diop. Dans un entretien exclusif, il revient sur les avancées et les contraintes mais aussi les perspectives de ce sous-secteur de l’éducation.


Interview

Elhadji Meïssa Diop, Directeur de l'Alphabétisation du Sénégal (C) Elhadji Babacar MBENGUE
Elhadji Meïssa Diop, Directeur de l'Alphabétisation du Sénégal (C) Elhadji Babacar MBENGUE

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Monsieur le Directeur de l’Alphabétisation et des Langues nationales, le Sénégal vient de célébrer la semaine de l’alphabétisation. Pouvez-vous revenir sur le sens de cet évènement ?

Vous savez, à l’instar de la communauté internationale, le Sénégal célèbre chaque 8 septembre, la journée internationale de l’alphabétisation. Cette journée a été instituée par le système des Nations-unies pour renforcer le plaidoyer en faveur de l’alphabétisation compte tenu de son ampleur dans le monde. Mais le Sénégal, depuis 1976, a initié au-delà de la journée une semaine de l’alphabétisation. C’est l’occasion de renforcer le plaidoyer, de mobiliser les acteurs et les partenaires autour d’un thème. Le thème qui est donné au niveau international est démultiplié au niveau national. Après une pause, cette année le ministère de l’Enseignement a voulu revenir à la tradition d’organisation de la semaine nationale. Pour nous c’est une opportunité, d’abord, pour revenir au système de parrainage, cette fois avec une nouveauté. On avait l’habitude de chercher comme parrain quelqu’un de distingué dans le sous-secteur et qui a disparu. Cette année, on a cherché quelqu’un de la société civile qui de par son organisation (Union pour la solidarité et l’entraide) a fait énormément de choses pour l’alphabétisation mais aussi pour le secteur la santé avec le Centre de Bopp que tous les Sénégalais connaissent. Le parrain choisi fut donc Thierno Aliou Ba. Nous avons tenu à magnifier une structure et une personnalité qui se sont illustrées dans les actions en faveur de l’alphabétisation.
En décidant d’organiser cette semaine, le ministère avait opté pour la multiplication des activités. Des activités de réflexion surtout pour faire prendre le pas sur le folklore. C’est ainsi que le 8 septembre, nous avons organisé un panel sur "Alphabétisation et Paix", animé par un universitaire, le Pr Bouba Diop de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec comme modérateur M. Madé Fall Guèye, ancien directeur de l’alphabétisation. Cela nous a permis de discuter de la problématique du rôle de l’alphabétisation dans la conservation, la préservation de la paix et des conflits. Ce qui a été bien salué par tous les participants. Il y a eu d’autres moments forts. Le samedi 10 septembre, avec l’ouverture officielle de la semaine nationale présidée par le ministre de l’Enseignement M. Kalidou Diallo à Ourossogui. Nous avons choisi cette localité pour aller rendre hommage au parrain Thierno Aliou Ba dans son fief. Cela a été l’occasion pour ce dernier de poser la première pierre du Centre de ressources régionales qui devrait aider à dupliquer ce qui se fait aujourd’hui au centre de Bopp. Maintenant, au sortir de cela, nous avons eu une série de journées dédiées. Le 12 septembre, nous avons dédié la journée à la société civile. Ce qui a permis aux acteurs de voir les rôles et apports de celle-ci dans le développement des langues nationales. La journée du 13, consacrée à la société civile, nous a aussi permis de voir d’une part, comment articuler Alphabétisation et Développement de l’Entreprise et d’autre part, quelle pourrait être la contribution du secteur privé dans le développement de l’alphabétisation. La dernière journée, celle de la clôture à Pikine, a été une occasion pour rendre hommage aux collectivités locales. Tout ceci pour dire que la semaine a été pleine. D’abord, de par les activités qui ont été mené mais aussi par le traitement du thème qui nous permis de revisiter beaucoup de questions notamment le rôle de l’alphabétisation dans la démocratie, dans l’affirmation de la citoyenneté qui sont des sources de participation citoyenne.

Aujourd’hui, nous en sommes à la 36e édition, quel regard portez-vous sur l’alphabétisation au Sénégal ?

J’ai dit tantôt que nous avions choisi de revenir cette année à une semaine pour pouvoir renforcer le plaidoyer. Cela veut dire qu’il y a, certes, des avancées mais aussi des problèmes. Il y a des avancées parce qu’aujourd’hui, l’alphabétisation est reconnue comme un des axes, une des conditions pour la réalisation de l’Education Pour Tous. Malheureusement, quand on analyse tous les domaines, il y a certes des acquis au plan des effectifs qui sont enrôlés. Mais, il y a que la notion "d’alphabétisé" reste à maîtriser pour savoir les compétences à installer pour pouvoir dire que sur tant d’enrôlés tant de personnes ont été réellement alphabétisées. Cette question là est aujourd’hui sur la table. L’autre question est la mise en œuvre de programmes pertinents. Vous savez pendant longtemps avec les moyens qui ont été injectés, on n’a pas senti de véritables impacts de l’Alphabétisation dans le développement. C’est vrai qu’il y a eu des résultats mais au regard de l’argent qui y a été investi, il y a un problème d’efficacité et d’efficience. Par conséquent, de qualité des programmes. Il faut, aujourd’hui, réfléchir sur l’ensemble des offres, réaliser une offre qui soit en harmonie avec la demande. C’est cela qui devrait nous permettre d’avoir des programmes pertinents, de qualité moins coûteux permettant à terme de réaliser les objectifs de réduction sensible du taux d’analphabétisme. Une autre question, non moins importante, est celle du pilotage. L’Alphabétisation dans son mode de gestion a permis de donner un rôle à l'Etat et à la société civile avec la stratégie du "Faire-Faire". Cela confie à l’Etat le rôle d’aller chercher les moyens, de les confier à la société civile à travers les opérateurs qui vont mettre en œuvre sur le terrain. Mais l’Etat, à travers les structures déconcentrées du ministère de l’Enseignement assure le suivi. Malheureusement, ce suivi rencontre beaucoup de difficultés. Il est même arrivé, certaines fois, que des programmes soient déroulés sur le terrain sans qu’on soit entré dans les classes d’alphabétisation pour pouvoir aider les enseignants à améliorer leurs pratiques. Il y a également que le du pilotage global aussi bien au niveau déconcentré que central connaît des difficultés du fait de l’instabilité institutionnelle. Tout cela constitue des questions que nous sommes en train de revisiter pour apporter des solutions. Le dernier élément qui n’est pas le moindre c’est la question du financement. Nous avons, aujourd’hui, un sous-secteur qui est sous financé. Depuis la fin des projets, le budget de l’alphabétisation a fortement baissé. Malgré les efforts de l’Etat qui a injecté 765 millions en 2010, le budget a été réduit en 2011. Nous envisageons en 2012 de revenir à ce même montant. Il n’y a que la Banque mondiale qui met des moyens dans nos activités. C’est de la question d’un financement approprié qu’il s’agit. Même si les financements existent, est-ce que les spécificités de l’Alphabétisation ne nécessitent pas qu’on accorde au sous-secteur une certaine péréquation positive ? Voilà, en tout cas, un certain nombre de questions qui font que quand on regarde le sous-secteur, il y a beaucoup de difficultés. Nous n’allons pas nous appesantir sur nos réussites. C’est vrai qu’il y a des réussites au plan de l’affirmation d’un domaine et de la mobilisation des acteurs. Nous savons qu’il y a des problèmes et que le ministère est en train d’élaborer une nouvelle politique d’alphabétisation et de développement des langues nationales qui devrait aider à réorienter les actions pour les rendre plus efficaces.

A 57% le taux d’analphabétisme au Sénégal reste élevé. Peut-on, justement, affirmer qu’il est tributaire des contraintes que vous venez d’énumérer ?

Tout à fait. D’ailleurs, il y a une dernière contrainte que je n’ai pas évoquée. C’est la question des données statistiques. Aujourd’hui, ce taux de 57% peut être remis en cause et même revu à la baisse. Nous sommes conscients que l’ensemble des actions qui ont été menées, depuis des années, n’ont pas été comptabilisées dans l’évaluation du taux d’analphabétisme parce qu’il n’y a eu de recensement de population au Sénégal. Et nous nous n’avons pas la capacité de mener des enquêtes-maison pour déterminer réellement le nombre d’alphabétisés. C’est ainsi que nous réalisons des avancées qui ne se répercutent pas parce que nous parlons de ce taux de 57% depuis deux ans. Il y a eu, au moins, des efforts qui ont été faits. Il reste entendu que le principal problème dans le sous-secteur est l’absence de données statistiques fiables. Il y a eu des initiatives dans ce domaine. Depuis deux ou trois ans, il y a le système d’information et de management de l’éducation non formelle qui a été initié par le Sénégal et appuyé par l’Unesco. Mais cette année, dans le cadre d’un projet d’appui de l’Institut en statistiques de l’Unesco en rapport avec la Direction de la planification, nous sommes en train de travailler à une campagne de statistiques qui, à terme, devrait permettre à tout le secteur de l’Education d’avoir des statistiques fiables.

Fort des contraintes sus-évoquées, êtes-vous bien ou mal parti dans l’atteinte de l’objectif 3 du millénaire pour le développement ?

Avec l’objectif 3 des OMD, ce qui est poursuivi c’est la réduction de moitié du taux d’analphabétisme. Vous savez, nous sommes à presque trois ans et demi de l’échéance de 2015. Mathématiquement, il est extrêmement difficile. Mais, nous sommes en train de réorienter nos actions parce que nous avons dit qu’il est important de penser à des stratégies plus efficaces pour toucher le maximum de population. Peut-être que nous n’allons pas atteindre l’OMD mais nous allons réaliser des avancées sérieuses dans le sens de la réduction du taux d’analphabétisme.

Aujourd’hui, 19 langues nationales ont été codifiées. Pouvez-vous nous en faire l’état des lieux ? Ont-elles acquis un statut d’intrant de qualité pour le développement ?

Vous savez, il faut saluer l’action du chef de l’Etat qui, dans la constitution de 2001, avait permis que toute langue codifiée devienne langue nationale. De 2000 à 2010 nous sommes passés à 19 langues nationales. La 20e langue, le baïote est entrain d’être codifiée. Nous avons aussi reçu des autorités des instructions pour que la 21e langue, le Koniagui pour qu'elle soit codifiée. C’est pour dire qu’il y a une option très marquée pour la codification des langues nationales. Chaque langue nationale codifiée devait être accompagnée d’un plan d’action dont la mise en œuvre devait permettre, à terme, de mettre celle-ci au même rang que les autres. Au moment où je vous parle, il y a au moins 11 langues nationales qui font l’objet de programme d’alphabétisation. Cela veut dire que, de plus en plus, il y a eu des avancées dans ce domaine pour faire sortir les locuteurs de l’ignorance. Le ministère est en train de faire beaucoup d’efforts dans ce sens. Je crois, aussi, qu’au sortir de ce document de nouvelle politique élaboré et partagé de manière participative, nous allons accélérer la cadence pour qu’à terme toutes les langues soient codifiées. 27 langues ont été recensées.

Qu’en est-il, maintenant, de l’introduction des langues nationales dans l’éducation formelle ?

Il y a eu différentes expérimentations en 1978, 1987 avec les classes wolof. Mais le dernière qui a eu lieu en 2002 et 2008 a permis d’avoir des informations. Il y a eu des résultats. Les enfants qui étaient dans ces classes expérimentales ont réussi en masse à l’entrée en sixième. Nous sommes dans une dynamique de suivi de ces enfants qui sont avancés dans le système. Mais, il y a eu des difficultés dans la mise en œuvre liées à la formation, au matériel didactique et au suivi. Et l’Etat s’est dit qu’il ne fallait pas recommencer sans avoir fait l’état des lieux. Heureusement avec les ONG nous avons fait l’état des lieux. Il y a des Ong qui avec l’aide de leur partenaire sont en train de travailler dans ce sens là. ARET travaille dans les langues wolof et pular, ATLAS, association qui travaille dans le développement de la langue Saafi, une variante de la langue Sérère, TOSTAN aussi. Aussi, il y a trois Ong qui travaillent sur le Sérère. Juste pour dire que les Ong sont assez présentes sur la question. L’Etat du Sénégal pour sa part est en train de préparer un projet "école et langues nationales en Afrique" avec l’appui de l’Organisation internationale de la francophonie pour aller vers une nouvelle en œuvre de l’utilisation des langues nationales dans le système éducatif. Et, d’ailleurs, le ministère est en train de travailler sur la question avec la Direction de l’Alphabétisation (DALN) et des Langues nationales, la Direction de l’Enseignement élémentaire (DEE), l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation (INEADE) et le Secrétariat permanent du Curriculum. Tous ensemble pour aller vers une nouvelle dynamique qui devrait aider à sécuriser cette nouvelle mise à l’essai pour assurer les résultats probants.

Sur quoi se fondent vos espoirs quand on sait que vous n’êtes pas bien accompagnés financièrement ?

Nous ne pouvons pas dire que nous ne sommes pas bien accompagnés. Aujourd’hui, la volonté est là. Notre ministre est notre premier partenaire engagé à nos côtés pour nous sortir de ce bourbier. Mais, il faut dire tout simplement qu’il y a de l’espoir parce que toute la communauté est consciente que sans l’alphabétisation nous ne pourrons pas développer ce pays. L’autre espoir c’est que nous sortons d’une journée dédiée au secteur privé qui pense rendement, investissement, retour sur investissement…etc. Ce secteur a affirmé la nécessité de renforcer le partenariat avec nous pour que dans les entreprises on puisse renforcer les capacités des acteurs. Vraiment, aujourd’hui, toute la société est consciente qu’une population analphabète ne peut pas profiter du développement. Ce qui reste à faire c’est de donner plus de crédit au sous-secteur. Et, nous sommes engagés avec notre ministre dans ce sens là. Je pense qu’au terme de cela, les financements devraient revenir.

Les collectivités locales font partie de vos cibles en matière de partenaires. Pourquoi ce choix ?

Vous savez l’alphabétisation fait partie des compétences transférées. Lors de la célébration de la semaine de l’alphabétisation, j’ai discuté avec un maire qui m’a demandé de l’appuyer pour le développement de l’alphabétisation dans sa commune. Mais ma réponse était de lui dire que je crois au partenariat entre les élus et l’Etat. Je me dis que ce partenariat concret devrait se traduire par une mutualisation des forces. Dans chaque communauté rurale, dans chaque collectivité locale, il y a un budget voté pour l’éducation et même pour l’alphabétisation si infime soit-il. Alors, j'ai dit à ce maire, discutons pour voir, chaque année, ce que vous mettez dans l’alphabétisation. Nous allons ainsi nous répartir les rôles et les responsabilités. Vous dites, j’ouvre des classes, je mets en place des conditions de travail. Et l’Etat vous donne des enseignants et assure le suivi. Je crois que si nous mutualisons les forces dans un partenariat gagnant-gagnant, nous pouvons arriver à régler la question dans chaque collectivité locale parce qu’elle pourra identifier ses difficultés et dire où elle veut aller durant son mandat. Chaque année, elle pourra, donc, dire ce qu’elle veut faire et l’Etat lui dira ce qu’il peut apporter. S’il le faut même, nous allons chercher un partenaire extérieur qui va nous appuyer. La concurrence aidant, chaque collectivité locale brandira ce qu’elle a réalisé dans le domaine de l’alphabétisation. Je pense qu’il faut s’asseoir autour d’une table pour voir ce que chacun peut apporter pour vaincre les derniers obstacles.

Au terme de cette 36e édition de la semaine de l’alphabétisation et des langues nationales, quel sentiment vous anime ?


Un sentiment de satisfaction. D’abord, nous voudrions remercier le ministre de l’Enseignement M. Kalidou Diallo qui nous a appuyés, accompagnés et permis d’atteindre les résultats escomptés. Son directeur de cabinet a ouvert la semaine avec la journée internationale, le Ministre lui-même a présidé la cérémonie officielle d’ouverture et a procédé à la clôture de la semaine respectivement à Ourossogui et à Pikine. C’est là, une prise en main par l’autorité. Et tous les acteurs de l’alphabétisation s’en réjouissent et félicitent le ministre pour les résultats atteints. Aussi, j’éprouve un sentiment de satisfaction, d’abord, par rapport à l’engagement de tous les acteurs et de la société civile, en particulier, avec qui nous avons passé tout le processus de préparation de cette semaine mais aussi de mise en œuvre. Elle a apporté ses moyens. En tout cas, je salue tous ceux qui de près ou de loin ont pu apporter leur contribution à cette organisation de cette semaine. Je n’oublie pas le secteur privé et les collectivités locales pour leur engagement à nos côtés. Aujourd’hui, aussi bien l’Etat, la société civile, le secteur privé que les collectivités locales sont conscients qu’il est important d’œuvrer pour le développement de l’alphabétisation. L’espoir est permis car un nouvel esprit se développe autour de la question avec les stratégies et orientations nouvelles que l’Etat est en train de donner au sous-secteur. Ce qui me fait dire : à l’arrivée, il faut que cela paye.


Par (dernière modification le 15/09/2011)









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