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J.N.B.L.
16/03/2011

Un manifestant condamné par un tribunal militaire en Egypte

Communication de notre partenaire


Amr Abdallah Al Beheiry a été reconnu coupable par la Haute Cour militaire d’avoir agressé un fonctionnaire de service et de ne pas avoir respecté le couvre-feu.
En outre, des vidéos révèlent les actes de tortures pratiqués sur des prisonniers en Égypte.


Photo (c) Emzepe
Photo (c) Emzepe
Amnesty International a appelé les autorités égyptiennes à libérer un homme condamné mardi 1er mars par un tribunal militaire à cinq ans de prison, vraisemblablement pour avoir exercé son droit de manifester pacifiquement.

Selon les informations recueillies, cet homme, son cousin et d’autres manifestants ont été battus à coups de matraque puis arrêtés lorsque la police militaire et l’armée ont eu recours à une force excessive pour disperser une manifestation devant le Parlement égyptien, au Caire, samedi 26 février au matin. Certains manifestants auraient également été frappés avec des matraques électriques.

Amr Abdallah Al Beheiry a dans un premier temps été relâché par la police militaire, mais il a été de nouveau arrêté peu après, vraisemblablement parce que d’autres manifestants avaient filmé ses blessures.
En détention, lui et son cousin auraient été passés à tabac et torturés au moyen de décharges électriques.
Son cousin et les autres manifestants ont été libérés plus tard dans la matinée de samedi.

"La peine prononcée contre Amr Abdallah Al Beheiry doit être annulée et il doit être libéré s’il a été arrêté simplement pour avoir manifesté pacifiquement. Les autorités égyptiennes ne peuvent prétendre mettre en route des réformes tout en jugeant des manifestants pacifiques devant des tribunaux militaires", a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. Amnesty International s’oppose aux procès de civils devant des tribunaux militaires, dont on sait qu’ils ne respectent pas les normes internationales d’équité.

Amr Abdallah Al Beheiry pourra faire appel de sa condamnation devant la Haute Cour militaire d’appel.
La répression des manifestations organisées sur la place Tahrir et devant le Parlement en faveur de la destitution du gouvernement actuel s’est poursuivie tout au long de la matinée de samedi.
D’autres manifestants ont été arrêtés et conduits dans les locaux de la police militaire situés derrière le musée égyptien, sur la place Tahrir, où Amnesty International a relevé précédemment des cas de mauvais traitements de détenus.

Vers 8 heures samedi matin, un haut gradé de la police militaire se serait excusé auprès des manifestants pour ce qui s’était passé et aurait déclaré que les personnes arrêtées seraient libérées.
Par la suite, le Conseil militaire suprême a indiqué que les forces de sécurité voulaient disperser la manifestation mais qu’elles n’avaient pas eu l’intention d’affronter les manifestants.
"Le recours à une force excessive contre les manifestants samedi ne peut être justifié. Des excuses ne peuvent remplacer une enquête. L’utilisation de matraques électriques et les allégations de torture ou d’autres mauvais traitements doivent faire l’objet d’une enquête approfondie et impartiale, et les responsables présumés de ces actes doivent être conduits devant la justice", a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui.

Un grand groupe de manifestants se trouve toujours sur la place Tahrir depuis la récente vague de protestations en faveur de réformes politiques.
D’après le Front pour la défense des manifestants d’Égypte, plusieurs centaines de civils ont été jugés et condamnés par des tribunaux militaires. La plupart étaient accusés de n’avoir pas respecté le couvre-feu et d’avoir menacé la sécurité.

Amnesty International a également reçu des informations concernant Maaty Ahmed Hamed Abu Arab, qui a été arrêté le 3 février sur la place Tahrir alors qu’il allait acheter à manger. Cet homme a été condamné à cinq ans d’emprisonnement par un tribunal militaire pour non-respect du couvre-feu et détention d’une arme. Comme beaucoup d’autres personnes, il est actuellement détenu à la prison de Wadi al Gadid, isolée dans le désert occidental égyptien.

Des séquences vidéo montrent des détenus égyptiens ayant semble-t-il été torturés et tués

Amnesty International demande aux autorités égyptiennes d’ouvrir en urgence une enquête, après avoir reçu des séquences vidéo filmées à l’intérieur d’une morgue montrant les corps de dizaines de détenus dont certains ont semble-t-il été torturés avant d'avoir été tués.
Ces trois vidéos de détenus de la prison d’Al Fayoum ont été filmées le 8 février 2011 à la morgue de Zenhoum, au Caire, par un homme qui s’y était rendu après avoir appris de la famille d’un autre détenu que la dépouille de son frère s’y trouvait.
« Il s’agit d'images insoutenables montrant un grand nombre de détenus semblant avoir été tués dans des circonstances horribles », a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.
« Les autorités égyptiennes ont une obligation de protection envers toutes les personnes incarcérées dans leurs prisons et doivent immédiatement déterminer comment ces détenus ont perdu la vie et traduire en justice tous les auteurs présumés d'homicides illégaux, d'actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements. »
Malek Tamer a trouvé le nom de son frère, Tamer Tawfiq Tamer, un détenu d’Al Fayoum, l’une des plus grandes prisons d’Égypte, sur une liste de 68 prisonniers males figurant dans le registre de la morgue.
Il a déclaré qu'un grand nombre de ces corps, tous numérotés à l’aide d’un morceau de papier fixé sur la tête ou le torse, présentaient des lésions à la tête, à la bouche ou aux yeux, ce qui donne à penser que ces hommes ont été torturés avant d’être tués.
Parmi les lésions observées figuraient des blessures par balle, des traces de brulure, des ecchymoses et des doigts et orteils sectionnés, a ajouté Malek Tamer.
Il était accompagné d’un ami, Mohamed Ibrahim Eldesouky, dont le frère Reda Ibrahim Eldesouky, autre détenu d’Al Fayoum, était également allongé sans vie dans cette morgue.
Ces deux hommes ont pour la dernière fois vu leurs frères vivants dans la matinée du 30 janvier 2011 alors que ceux-ci se trouvaient sous la garde de l’armée avec d’autres détenus, sur l’autoroute reliant Al Fayoum au Caire, au sud-ouest du Caire, après avoir quitté la prison d’Al Fayoum le 28 janvier 2011.
Des militaires leur ont dit qu’ils pourraient chacun demander, au cours des deux jours suivants, des renseignements sur leur frère respectif auprès de l'autorité carcérale au Caire, qui dépend du ministère de l’Intérieur, sans quoi leur lieu de détention serait annoncé sous 10 jours.
Une semaine plus tard, Mohamed Ibrahim Eldesouky s’est rendu à la morgue de Zenhoum après que des inconnus en civil lui eurent dit que le corps de son frère Reda s'y trouvait.
Ayant vu que le nom de Tamer figurait sur la liste de 68 hommes dans le registre de la morgue, il en a informé Malek Tamer, qui s’est à son tour rendu à la morgue, avec une caméra.
Le certificat de décès de Tamer Tawfiq Tamer indique qu’il est mort à la prison d’Al Fayoum le 3 février de « suffocation présumée et d'une baisse très importante de la pression sanguine ».
Malek Tamer a dit que le corps de son frère était bleu de la tête à mi-poitrine, et que des ecchymoses et du sang coagulé étaient clairement visibles sur sa tête, son nez et ses yeux.
Le certificat de décès de Reda Ibrahim Eldesouky indique qu’il est lui aussi mort le 3 février mais ne donne aucune explication concernant son décès, déclarant seulement : « Examen médicolégal effectué et cas en cours d’observation ».
Mohamed Ibrahim Eldesouky a dit avoir vu des lésions similaires sur le corps de son frère, ainsi que des traces de brulure.
Les autorités égyptiennes n’ont publié de rapport médical ou médicolégal pour aucun de ces deux détenus.
Malek Tamer et Mohamed Ibrahim Eldesouky n’ont encore reçu aucune réponse du bureau du procureur du Caire après lui avoir soumis les séquences vidéo et déposé une plainte avec le soutien du Centre égyptien pour le développement et les droits humains.
Quelque 21 600 prisonniers auraient été libérés ou se seraient échappés des prisons égyptiennes dans des circonstances peu claires après que le ministre de l’Intérieur, responsable de la gestion des prisons, eut quitté le ministère le 28 janvier à la suite des manifestations ayant rythmé cette Journée de la colère.
Plus de la moitié ont de nouveau été arrêtés ou se sont plus tard rendus aux autorités.

egpr.mp3 Egypte.mp3  (692.24 Ko)




Par J.N.B.L. (dernière modification le 16/03/2011)





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