A l'Est, du nouveau


Par Elise Venet Rédigé le 19/12/2019 (dernière modification le 17/12/2019)

Le 9 décembre 2019 se tenait à Élysée le Sommet de Paris, rassemblant le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine, Angela Merkel, et Emmanuel Macron, à l'initiative de cette rencontre. Il avait pour objectif de relancer le processus de paix dans le Donbass, en Ukraine, 5 ans après les premiers heurts. Où en sont les territoires séparatistes ?


Stagnation du conflit

La statue de la Mère-Patrie, érigée en 1981, célèbre la version nationaliste de l'homme idéal soviétique / (c) Denys Rodionenko sur Unsplash
Depuis 2014, un conflit armé oppose le gouvernement ukrainien aux séparatistes des régions orientales de Donetsk et Lougansk. Elles forment à elles 2, le Donbass. Ces deux provinces majoritairement russophones s'étaient auto-proclamées indépendantes et avaient demandé à être rattachées à la Fédération de Russie, en opposition au pouvoir central ukrainien et au mouvement pro-européen Maïdan, qui avait provoqué le départ du président Ianoukovitch,

En 5 ans, on estime à 13 000 morts, dont près de 3300 civils, les pertes occasionnées par les affrontements sur les 400km de la zone de front. Bien que les assaillants aient reculé de part et d'autre, des bombardements hebdomadaires ont encore lieu actuellement, car les cessez-le-feu des accords de Minsk n’a jamais été respecté. On accède au Donbass au compte-goutte par quelques rares checkpoints, même si les relations entre pouvoir central et séparatistes se sont relativement réchauffées ces derniers mois. Cela se matérialise par des échanges de prisonniers, dont le réalisateur Oleg Sensov est devenu le symbole.

Contrairement à la Crimée, aucun État, et pas même la Russie, ne reconnaît ces deux républiques. Il est néanmoins entendu que la Russie soutient financièrement, militairement et politiquement le Donbass. L'Allemagne et la France constituent les principaux médiateurs dans le houleux dialogue entre le géant russe et son voisin ukrainien. En marge des commémorations du Débarquement de Normandie en 2014, Emmanuel Macron avait fait se rencontrer les deux partis pour engager des pourparlers de paix.

Un sommet au "format Normandie"

Une blessure ouverte au cœur du continent européen. C'est en ces termes qu'Emmanuel Macron évoquait le conflit ukrainien, espérant des avancées concrètes lors du Sommet de Paris/ (c) Hannes Wolf sur Unsplash.
Au cours de ces dernières années, Emmanuel Macron s'est affirmé comme un soutien discret mais ferme de Vladimir Poutine en Europe, au grand dam de la Grande-Bretagne, et des Pays Baltes. Il s'est par exemple positionné en faveur de la réintégration de la Russie dans le G8. En ce sens, l'élection d'un nouveau président à la tête de l'Ukraine (qui plus est, russophone), constitue un bon point de départ pour relancer les négociations sur la région du Donbass.

Le texte final issu du sommet qui se tenait à l'Elysée, qualifié de "prudent" par la ministre des Affaires étrangères ne comporte pas d'avancées majeures, mais propose un calendrier de négociations."Il ne fallait pas attendre de miracle de ce sommet après 5 ans de conflit et 3 ans d’impasse politique. Mais le fait de se réunir et d’évoquer un cessez le feu constitue un premier succès. En particulier avec un calendrier mentionnant un cessez le feu dans l’Est de l’Ukraine. Un miracle aurait été douteux tant la méfiance était grande autour de cette table à Paris avec un nouveau président ukrainien, Zelensky et le vétéran du pouvoir, Poutine", analyse Pierre Haski dans une chronique géopolitique sur France Inter.

 

Jeu d'alliances

De façon peu surprenante, les discussions portant sur le contrôle de la frontière orientale ou le désarmement des séparatistes ont été infructueuses. Mais pourquoi l'Union européenne reste-t-elle majoritairement méfiante, voire hostile à une diplomatie suivie avec la Russie ?

"La décennie écoulée a fait de Vladimir Poutine l’incarnation d’un nouveau "péril russe", l’homme d’une puissance résurgente à l’activisme débordant, des territoires perdus de l’ex-URSS au Moyen-Orient et désormais en Afrique (...) Alors, lorsque Vladimir Poutine dit, qu’il veut sincèrement un règlement au conflit ukrainien, beaucoup s’attendent à un coup fourré. Sauf si le Président russe juge qu’il peut être de son intérêt aujourd’hui, d’éteindre le feu qu’il a allumé dans l’Est de l’Ukraine ; qu’il a atteint son objectif de "neutraliser" l’Ukraine, de l’empêcher de tomber dans le camp de l’OTAN", conclut Pierre Haski.






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