A la découverte de la dernière vraie divette française


Par Rédigé le 23/10/2014 (dernière modification le 23/10/2014)

Janine Ribot chante Vienne et le Paris de la Belle époque. Un disque à la bonne humeur contagieuse.


Janine Ribot.mp3  (66.25 Ko)

Un disque-hommage de plus consacré à une divette du temps passé ou à la musique dite légère? Que nenni! Plutôt un évènement et un acte de réparation. Pour une artiste à la simplicité et à la longue carrière exemplaire faite de succès sans anicroches, car simplement imbibée de l’amour de la musique, du chant (du vrai, pas du truqué), du théâtre et d’une certaine forme du respect du public, du compositeur, bref, du Métier.
Car Janine Ribot en avait, en a encore les épaules. Elle l’a prouvé pendant plus de cinquante ans sur toutes les scènes de l’Hexagone et d’ailleurs avec une franchise, un aplomb vocal qui forcent la sympathie et la considération.
Ajoutez à cela des dons de comédienne évidents, telle une rafale alla Maillan, agitez, saupoudrez de la plus belle musique et servez ce double récital enregistré au début des années soixante qui prouve de belle manière l’abatage et le talent d’une grande Dame.

Bien sûr on pourra chipoter sur les Strauss ou Kalman chantés en français mais ces vingt-trois d’airs se dégustent comme le meilleur cru millésimé et se savourent, se hument, se respirent tel un bouquet capiteux et épicé à la fois.
La voix, légère, cristalline et corsée lorsqu’il le faut, qui semble d’une facilité déconcertante, virevolte sur les cimes les plus hautes de certaines partitions assassines. Il y a de l’Erika Koth, de la Rita Streich dans "Sang viennois" ou "Le baron tzigane".
Si les "tarabistouilles" vocales et littéraires du "Danube bleu" ou "La valse de l’empereur" soulèvent parfois l’hilarité (quels textes impossibles avec en coulisse un coucou d’horlogerie suisse qui mériterait un coup de fusil salvateur!), Janine Ribot vous enlève tout cela avec une insolence, un aplomb qui laissent songeurs. Qu’avons-nous entendu de si loyal, de si stimulant depuis vingt ans dans ce domaine? De jolies voix certes, rigolotes parfois, mais sans vraie personnalité.
Quelques coups de cœur? Allons y. Écoutez tout particulièrement sa "Veuve joyeuse", d’un chic, d’un charme, d'une sensualité inouïs, avec en prime une diction claire, limpide, facile, naturelle.

Tout vrai mélomane, tout amateur de musique française légère, enivrante par moments, pour tous les souvenirs que chacun de nous charrie dans sa tête, sa mémoire ou son cœur, ne saurait nier l’évidente fascination que procurent encore et toujours les pages de Scotto ("Sous les ponts de Paris"), Cristiné ("Reviens") qui alternent avec les gaités riantes et spirituelles de Rose-Mousse ou d’un "Ça ne vaut pas l’amour" plus encore endiablé et tournoyant que le cancan final du film de Renoir.

Dans une prise de son aérée, l’orchestre sous la direction de Jacques Météhen, ne couvre jamais la voix de la diva qui brille de mille feux.
Avec une présentation pleine d’admiration sincère de Serge Arrighi, Marianne Mélodie, sous la houlette de son manager-explorateur infatigable Mathieu Moulin, peut s’enorgueillir de mettre à son catalogue ces pépites musicales enregistrées en trois jours seulement, in vivo, sans tricherie, sans trucages. O tempora O mores!

Janine Ribot "Champagne! Valses viennoises et chansons 1900"
1 CD Marianne Mélodie 577134






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