Argentine : la crise s’éternise…même dans la tombe


Par Christophe Penaguin Rédigé le 15/01/2020 (dernière modification le 08/01/2020)

Un grand nombre d’Argentins ne peuvent plus payer les obsèques de leurs proches. Un terrible constat qui nous rappelle que la politique économique ne peut pas être seulement une question de chiffres.


Les enterrements et l'entretien des tombes sont devenus un luxe (c) Pixabay

Le 27 octobre 2019, le président argentin sortant, Mauricio Macri, a été battu dès le premier tour de l’élection présidentielle. Elu en 2015 en faisant miroiter un grand renouveau économique et politique, M. Macri a mis en place des mesures de libéralisation de l’économie et de baisse des dépenses publiques. Il a aussi conclu en 2018 un accord avec le Fonds monétaire international qui a prêté 57 milliards de dollars à l’Argentine en échange de la poursuite des mesures de réformes libérales et de réduction du train de vie de l’Etat argentin.

Le redressement économique n’a toutefois pas eu lieu, loin de là. La dette publique a explosé, les prix à la consommation n’ont pas cessé d’augmenter tandis que les salaires stagnaient, la pauvreté touche 35% des Argentins selon l'Institut national des statistiques (Indec). C’est ainsi que l’AFP nous apprend que, désormais, pour une grande partie des habitants, "les enterrements et l'entretien des tombes sont devenus un luxe".

Le néolibéralisme à tout prix

"Le problème est économique. Les gens n'ont pas d'argent pour se payer un service funéraire, ils s'aident entre proches ou ils empruntent, certains viennent payer avec des dollars qu'ils avaient mis de côté ou gardé sous le matelas" a déclaré à l’AFP Juan Tapia, un des propriétaires des pompes funèbres Cocheria Tacuari.

Les milieux d’affaires et les "marchés" avaient salué l’accession au pouvoir de M. Macri, se félicitant qu’il souhaite mettre fin aux politiques protectionnistes du gouvernement précédent. Ils avaient apparemment oublié qu’en 2001, la crise économique et l’intervention du FMI (déjà) s’étaient soldées par des manifestations contre l’austérité au cours desquelles plusieurs dizaines d’Argentins avaient trouvé la mort.

On peut débattre de la validité macroéconomique des politiques néolibérales mais, en Argentine comme ailleurs, on ne redressera jamais un pays en promettant à ses habitants des années de misère, même si on les présente comme un préalable à une prospérité future. Une leçon à méditer alors que, partout dans le monde, on s’inquiète de la montée du "populisme" sans toujours prendre conscience des causes objectives qui justifient son succès.






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