Burkina : A 14 ans, elle est déscolarisée, mariée de force et déplacée


Par Rédigé le 17/08/2019 (dernière modification le 19/07/2019)

Plus de 2000 personnes ont quitté la province du Soum dans la région du sahel pour rejoindre la capitale Ouagadougou. Menacés de mort par des présumés terroristes, ces déplacés ont dû fuir pour préserver leur vie. Nous avons rencontré certains d’entre eux notamment l’adolescente Awa dont l’histoire est à la fois touchante et révoltante.


Le ventre vu de profil de la petite Awa. Photo (c) A. Tapsoba
Quel âge as-tu ? "J’ai 17 ans". Où sont tes parents ? "Ils sont restés au village". Comment es-tu arrivée à Ouagadougou ? "Je suis venue avec mon mari"…. (Silence). Tu es mariée ? "Oui".

Un oui glacial que nous recevons en plein visage. C’est encore une enfant, se dit-on. Voulais-tu de ce mariage ? "Ce sont mes parents qui en ont décidé". N’étais-tu pas tentée de t’enfuir ? "Pour aller où" ? répond-elle avec un large sourire aux lèvres.

Awa. C’est ainsi que nous avons décidé de l’appeler pour préserver son anonymat. A 14 ans, la petite fille a quitté l’école en classe de cours moyen 1. Par la suite, elle devient l’épouse d’un homme qu’elle n’a pas choisi. Les yeux noirs, le visage à moitié découvert car voilée. Un sari qui couvre également une partie de son corps. Elle est collée au mur de la maison. Elle se cache et observe. Awa est originaire de Toulfé dans la province du Soum. Cela fera bientôt trois semaines qu’elle a élu domicile dans une classe d’école à Pazani dans l’arrondissement numéro 9 de Ouagadougou, en tant que déplacée. Ces déplacés internes, rappelons-le, ont fui les attaques terroristes récurrentes visant les civils, dans leurs localités. La dernière en date remonte au 18 juin à Béléhédé, commune de Tongomayel dans le Soum. Le bilan est lourd: 17 morts.

Où est ton mari ? "Je ne sais pas". Sais-tu pourquoi tu es ici ? "Je ne sais pas". As-tu peur ? "Je ne sais pas". A-t-on abordé un sujet sensible ? A-t-elle reçu des instructions ? Autant de questions qui nous taraude l’esprit. On tente de rassurer l’adolescente. Elle est hésitante. Essayant d’échapper à nos questions, elle fait le tour de la maison. Nous arrivons à mieux apprécier sa silhouette. La jeune mariée a le ventre arrondit. Awa est visiblement enceinte.

La situation de notre interlocutrice vient une fois de plus soulever la question du mariage forcé en Afrique de l’Ouest spécifiquement au Burkina Faso. En effet, selon un rapport de l’Unicef, plus de 52% des femmes sont mariées avant l’âge de 18 ans et 10% avant 15 ans. Ces dernières sont supposées avoir autant d’enfants que le souhaite leur mari. Cela au péril de leur santé et même souvent de leur vie. Ces jeunes filles se retrouvent mères alors qu’elles ne sont encore elles-mêmes que des enfants.

Une loi juste pour contenter

Awa voix off.mp3  (5.69 Mo)

Selon les dispositions de la loi burkinabè, les mariages précoces et forcés sont illégaux. Toutefois, la loi n’est pas appliquée de manière stricte. L’une des difficultés est que la plupart du temps, cette loi ne s’applique pas aux mariages traditionnels et religieux, qui sont très pratiqués au Burkina. Nombreuses sont, cependant, ces filles qui ont bien moins de 17 ans et qui sont mariées lors des cérémonies traditionnelles. En outre, d’aucuns trouvent que la loi est discriminatoire à l’égard des filles. L’âge légal du mariage pour les filles n’est que de 17 ans, alors qu’il est fixé à 20 ans pour les garçons. Le comble dans tout cela est que la loi permette le mariage pour des filles de moins de 15 ans et des garçons de moins de 18 ans si un tribunal accorde une dispense spéciale, même si cette procédure est rarement utilisée compte tenu du fait que plusieurs mariages sont célébrés de façon traditionnelle.

Depuis 2015, le gouvernement burkinabè a adopté une stratégie nationale visant à faire reculer de 20% le mariage précoce d’ici à 2025. Cependant, cet objectif reste encore lointain en raison de certaines insuffisances dans l’implémentation de la politique y relative. Qu’à cela ne tienne ! Le pays a ratifié des accords internationaux qui l’obligent à agir dans l’immédiat et de façon pérenne pour mettre fin aux mariages des enfants.

 





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