Cameroun : comment les morts nourissent les vivants


Par Rédigé le 01/02/2011 (dernière modification le 01/02/2011)

La mort ferait-elle encore uniquement couler les larmes au Cameroun ? La réponse parait négative quand on dénombre les personnes et par conséquent les familles qui vivent grâce aux métiers liés à la mort.


Illustration de notre dessinateur. (c) Art-Stok
"Pompes funèbres le dernier repos", "menuiserie le meilleur cercueil" ou encore "les fleurs du dernier séjour", un passage aux alentours des principaux hôpitaux de Douala nous donne une nouvelle image de la mort. Celle qui fait vivre des personnes et des familles entières promotrices d’entreprises ou d’industries de fabrication de cercueil, de gerbes de fleurs, d’habillement des morts ou de transport de la dépouille de l’hôpital pour le lieu d’inhumation.
Tous les passants sont interpellés à chaque pas : "un cercueil monsieur ?", "habiller un corps monsieur?". Et la simple curiosité nous amène par moment à faire semblant d’être dans le besoin pour découvrir en fin de compte qu’il s’agit d’un marché comme tous les autres c'est-à-dire avec ses arts, ses règles et ses bienfaits.
On vous dira par exemple qu’en fonction de la qualité du défunt (directeur d’entreprise ou homme d’affaire, ministre) il vous faut un cercueil à la dimension de ce qu’il était de son vivant et on vous proposera un cercueil vitré, en bois d’ébène ou en bibinga, vous devrez débourser entre 200 et 300.000 francs CFA soit entre 300 et 450 euros.
Le cercueil acheté, le même vendeur vous proposera d’habiller votre cadavre et le prix variera encore selon la tenue choisie et le sexe du défunt.
Tenez par exemple : Un ensemble veste homme coûte, en fonction de sa qualité, ente 50 et 80.000 francs soit entre 70 et 90 euros.
Le même vendeur, s’il n’en dispose pas, vous orientera vers son frère ou ami qui est propriétaire ou gérant d’une compagnie de pompes funèbres pour que vous puissiez assurer le déplacement du corps de la ville vers la campagne, lieu de l’enterrement ; et la encore vous dépenserez selon la distance au moins 20.000 francs soit plus de 30 euros.
En allant à la découverte de ce business d’un genre particulier, nous avons discuté avec nombre de commerçants qui nous ont fait savoir que c’est une activité très rentable et que grâce à elle ils nourrissent et envoient leurs enfants à l’école.

L’un d’entre d’eux s’est confié à nous à l’entrée de l’hôpital Laquintinie de Douala.
Répondant au prénom de Fabien c’est un jeune homme d’une trentaine d’années et de taille moyenne qui avoue mener cette activité depuis dix, initié par son père lui-même décédé aujourd’hui.
"Je réalise un bénéfice minimum de 100.000 francs par semaine et pour rien au monde je n'abandonnerai ce métier. D’ailleurs je suis en train d’initier mon petit frère qui a abandonné l’école qu’il y a quelques années" lance t-il. "Je gagne ma vie et vis mieux que certains fonctionnaires qui ont des bureaux ici en ville" ajoute t-il.
A la question de savoir si en dehors du salaire il existait des avantages propres liés à ce métier, il répond : "Aura-t-on encore besoin d’acheter mon cercueil si je meurs aujourd’hui ? Ma famille viendra ici choisir un cercueil que j’aurais moi-même fabriqué. C’est un plaisir de fabriquer son propre cercueil. En plus ce métier me donne beaucoup de relations, j’ai les numéros de téléphone de grands types ici, dehors car ils achètent leurs choses sur commande".

L’homme savoure sa passion et affirme même que s’il avait à recommencer il choisirait même plutôt d’être morguier ou laveur de corps car "ils gagnent beaucoup d’argent" ; "les morguiers se font construire des villas tous les jours ici dehors" nous a-t-il encore confié ?

Dans un environnement social camerounais rongé par la gangrène du chômage voila donc comment d’honnêtes citoyens gagnent leurs vies. Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’il n’y a pas de sot métier?
A Douala la mort des uns fait vivre les autres et c’est de bonne guerre.



Correspondant du Podcast Journal au Cameroun En savoir plus sur cet auteur


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