Des enfants pygmées rémunérés en colle à sniffer et en alcool


Par Rédigé le 18/02/2016 (dernière modification le 11/04/2019)

Un nouveau rapport de l'ONG Survival International révèle que des enfants des forêts tropicales africaines ont été payés en colle à sniffer et en alcool pour des tâches subalternes qu'ils ont effectuées.


Le progrès peut tuer

Enfants autochtones payés par substances addictives.mp3  (317.75 Ko)

Le rapport mentionne qu'en 2013, en République du Congo, des commerçants ont rémunéré des enfants de la tribu bayaka en colle à sniffer pour le nettoyage de latrines. En République du Congo, les peuples autochtones, encore péjorativement appelés "pygmées", représentent 10% de la population totale du pays. Ils font l’objet d’injustices et de discriminations systématiques. Vivant en harmonie avec la nature, ils sont souvent considérés comme des "sauvages" et n’ont, pour la plupart, pas accès à l’éducation ou à la santé.

Selon l’Unicef, 65% des enfants pygmées âgés de 12 à 15 ans ne sont pas scolarisés, contre 39% à l’échelle nationale. Cela s’explique par le fait que leurs parents ont souvent de grandes difficultés à obtenir les certificat de naissance nécessaires à leur inscription scolaires car les centres d’enregistrement des naissances sont éloignés de leur lieu de résidence. Et, même s’ils parviennent à y accéder, ils se voient pour la plupart refuser l’obtention de certificats, ce qui va à l’encontre du droit à l’identité de leurs enfants.

Les enfants autochtones et leurs familles sont sujets à l’esclavagisme, au travail forcé et font l’objet de violences physiques et sexuelles. A l’école, il arrive souvent que des enfants autochtones soient chassés des classes ou que des parents non-autochtones décident de retirer leurs enfants pour qu’ils ne fréquentent pas des enfants autochtones.
Dans les différents villages de la province du Kasaï oriental, la préparation de l’alcool constitue une activité principale génératrice des revenus dans huit familles sur dix, et il n'est pas rare que des enfants de trois ou quatre ans décèdent des suites d'une consommation d'alcool.

Au Cameroun, les Baka - qui ont été illégalement expulsés de leurs forêts - sont souvent payés cinq verres d'alcool la demi-journée de travail. Nombre d'entre eux, en proie à la pauvreté et à la dépression causées par la spoliation de leurs terres, se tournent vers la boisson pour échapper à leurs problèmes.

Presque partout en Afrique centrale, les chasseurs-cueilleurs qui ont été dépossédés de leurs terres sont rémunérés en substances addictives, le plus souvent en alcool artisanal.

Atono, un Baka expulsé de force de son territoire, raconte: "Nous sommes en train de tomber malades car notre alimentation a changé. Notre peau n'aime pas le soleil ni la vie au village. Dans la forêt nous sommes en bonne santé et nous prenons du poids. Mais désormais, plus personne n'est musclé, tout le monde a l'air malade. Nous sommes obligés de boire pour oublier nos problèmes".

Les problèmes de dépendance aux drogues et à l'alcool sont fréquents chez les communautés indigènes dont les terres ont été spoliées. Au Canada, les enfants Inuit, dont les familles ont été forcées d'abandonner leur mode de vie nomade, en viennent à sniffer de l'essence à l'aide de sacs en plastique. De même, en Australie, le taux d'alcoolisme des communautés aborigènes est plus élevé que celui des Australiens non-aborigènes.

Boniface Alimankinni, un Aborigène des Îles Tiwi, témoigne: "Nous n'avions aucun respect pour nous-mêmes et rien à transmettre à nos enfants si ce n'est la violence et l'alcoolisme. Ils sont coincés entre un passé qu'ils ne comprennent pas et un avenir qui ne leur offre rien".

En 2013, Jean-Pierre Rason, le directeur de Survival France, déclarait: "Je reviens d’Amazonie péruvienne, où l’on a recensé une dizaine de suicides chez des jeunes, alors que ce phénomène était inconnu il y a quatre ou cinq ans. On impute cela à l’alcool apporté par les bûcherons, mais l’alcool n’est qu’un remède à une situation intenable. Celle de la disparition de leurs habitats".

Plusieurs ONG, ainsi que l'Organisation Internationale du Travail (Nations Unies), sont mobilisées depuis des années pour lutter contre le travail des enfants. Pourtant, on recense encore aujourd’hui près de 250 millions d’enfants qui travaillent dans le monde, dont plus de 150 millions dans des conditions dangereuses. Par ailleurs, chaque année, plus d’un million de ces enfants seraient victimes de la traite d’êtres humains.

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