Edito : Ecoutez un regard décalé


Par Rédigé le 22/12/2010 (dernière modification le 22/12/2010)

Et pourtant certains doutaient, espéraient. Mais comment les résultats des élections biélorusses auraient-ils pu être autres ? Nous parlons bien de la Biélorussie ou du Bélarus, de ce que les journalistes pour frapper les imaginations de leurs lecteurs qualifient de "dernière dictature d'Europe" ? Une ultime dictature en Europe, à nos portes et on ne nous disait rien ? Mais dans ce cas là, pourquoi y-a-t-il eu des élections présidentielles ? Subtilités politiciennes qui m'échappent ? Prétentions d'apprenti dictateur ? Obligations de jouer le jeu avec le système européen ? Ah, nous y voilà peut-être.


Si Laurent Bagbo en Côte d'Ivoire a été malicieusement surnommé le "boulanger" parce qu'il sait si bien rouler les autres dans la farine, il semble que nous ayons aussi aux portes de l'Union européenne, un autre spécialiste de la question en la personne de Loukachenko.
Qui ? Loukachenko, vous dis-je !

Jamais entendu parler ? Mais si, pas souvent c'est vrai, mais quand même un peu.
Reprenons les choses du début. Depuis 1994, Alexandre Loukachenko dirige d'une main de fer pour utiliser une formule usée, la Biélorussie. Il a été réélu deux fois, en 2001 et 2006. Il y a donc eu des élections dans cette dictature, un référendum même qui a été reconnu par l'Union européenne et les États-Unis - en 1996 - alors qu'il semblait manifeste que les intentions de Loukachenko n'était pas d'instaurer un régime plus démocratique. Encouragements, confiance ? A vous de voir. 10 ans plus tard, où étaient encore "la communauté internationale", si présente en Ukraine et en Géorgie ? Et aujourd'hui ? Tous les journaux titraient que les résultats de ces élections étaient courus d'avance alors pourquoi ne pas avoir offert un soutien plus actif à l'opposition biélorusse puisque manifestement elle existe. 30000 opposants, trois fois plus paraît-il qu'aux dernières élections - tellement nombreux qu'ils auraient pris de court leurs propres chefs - ont réussi à manifester face au siège du gouvernement dont les portes ont été enfoncées. Il semblerait que ce ne soit pas seulement les leaders de l'opposition qui aient été surpris mais les forces de police qui elles aussi ont mis un certain temps avant de réagir et de disperser violemment comme il se doit dans une dictature, les opposants qualifiés évidemment de vandales. Les opposants officiels ne se reconnaissants pas dans les actes de violence perpétrés par les manifestants s'en sont désolidarisés ce qui ne les a pas empêchés d'ailleurs de se faire arrêter. Bien que faire la révolution et déloger un individu comme Loukachenko sans casser quelques portes et vitres ne doit pas être facile. Tout le monde ne peut pas avoir sa "révolution de velours"... Ces fameux leaders de l'opposition ont vu dans ces manifestants, des mercenaires à la solde d'intérêt étranger - évidemment - s'activant à les dé-crédibiliser aux yeux de l'Union européenne. Mais et vous ne m'en voudrez pas de poser la question, Bruxelles s'intéresse-t-elle vraiment à Minsk ? Entre nous, je n'y crois pas du tout. Lorsque l'on sait que Paris et Berlin viennent de s'opposer à l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen, lorsque l'on sait le peu d'empressement de nombre d'Européens à l'élargissement en général, l'on est en droit de se demander si ces médias qui donnent la parole à l'opposition "pro-européenne" biélorusse ne jugent pas la situation à travers un prisme un peu déformé et ne rentrent pas dans le jeu - volontairement ou non - de ces leaders qui ont besoin à tout prix et en tant que principaux promoteurs en Biélorussie du dialogue entre Bruxelles et Minsk et comme on les comprend, d'exister aux yeux des responsables politiques européens.
Tout cela reste encore très confus et la seule évidence qui en ressort c'est qu'Alexandre Loukachenko reste encore au pouvoir en Biélorussie pour les 5 ans à venir.

Une précision toutefois pour conclure.
Même si les fameuses instances internationales (Union européenne, Conseil de l'Europe, États-Unis et autres organisations bancaires et financières) sont dans leur rôle en tendant la main à Minsk, n'oublions pas qu'Alexandre Loukachenko a déclaré officiellement que son fils (illégitime) Kolia lui succéderait à la tête de la Biélorussie. De là à penser que ces élections sont une mascarade, un coup de bluff, pour cet admirateur, je cite Loukachenko lui-même publié dans un journal allemand, des "côtés positifs de la personnalité d'Hitler". Pourquoi ne tire-t-on jamais d'enseignements du passé ?





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