Edito : Ecoutez un regard décalé


Par Rédigé le 02/02/2011 (dernière modification le 02/02/2011)

Décidément, il ne fait pas bon vivre aujourd'hui pour les dictateurs et autres autocrates de tout poil, qu'ils soient Européens ou Africains. En effet, l'Union européenne et les Etats-Unis – s'ils ont été assez lents à réagir dans le cas tuniso-égyptien – l'ont été beaucoup moins en ce qui concerne la Biélorussie. Nul n'a oublié les élections qui ont eu lieu dans ce pays aux confins de l'Europe centrale le 19 décembre, et l'investiture d'Alexandre Loukachenko, un mois plus tard le vendredi 21 janvier. Réélu pour un quatrième mandat, le président plus qu'autoritaire de la Biélorussie ne semble enfin plus devoir bénéficier d'une politique européenne basée sur la volonté de le ménager afin de ne pas couper les ponts avec le pays.


La pièce se joue en 5 actes et devrait avoir une suite.
Premier acte, le boycotte. Celui de l'Union européenne et des ambassadeurs occidentaux qui refusent de participer à la cérémonie d'investiture. Bruxelles exige la libération sans condition de tous les prisonniers politiques et «l'arrêt immédiat» du harcèlement à l'encontre des opposants et des représentants de la société civile. On se souvient que lors de l'élection du président Loukachenko, de nombreux manifestants avaient été arrêtés – plus de 600 - accusés de troubler l'ordre public voire de fomenter un coup d'Etat.
Deuxième acte, les menaces. Alexandre Loukachenko risque de se voir interdire de voyager sur le sol européen s'il ne libère pas rapidement lesdits dissidents. Ce n'est pas la première fois que Bruxelles refuse des visas au dirigeant biélorusse. Déjà en 2006, lui et une clique d'une quarantaine de responsables en avaient été privés. L'interdiction, pour des raisons d'ouverture avait été levée deux ans plus tard.
Troisième acte, réactions de Loukachenko. En bon stratège, celui-ci attaque en accusant tout d'abord la Pologne et l'Allemagne, pays européens plus particulièrement concernés historiquement par la Biélorussie, d'avoir tenté de le renverser lors des élections à travers un soutien fourni à l'opposition. Il promet aussi les sanctions «les plus sévères» contre l'Union européenne si elle confirme sa volonté de punir d'une façon ou d'une autre son gouvernement.
Quatrième acte, confirmation des sanctions de l'Union européenne. Lundi, Bruxelles a décidé en partie sous la pressions des eurodéputés de confirmer les sanctions prévues en cas de refus de libérer les dissidents biélorusses. Comme souvent, ce sont non seulement des interdictions de voyager, à travers le refus de délivrer des visas, mais aussi le gel des avoirs, en attendant d'éventuelles sanctions économiques repoussées pour l'heure par certains pays membres, car elles affecteraient le niveau de vie de la société civile. 158 Biélorusses sont concernés dont évidemment Loukachenko mais aussi deux de ses fils, le ministre de la Défense et le chef du KGB. Sans surprise, certains d'entre eux avaient déjà été en 2006 touché par l'interdiction de visa. Toutefois, le vice Premier ministre et son collègue des Affaires étrangères ne sont pas concernés, plus démocrates semblerait-il que leurs confrères, l'Union européenne veut encore garder à travers leur personne un contact avec la Biélorussie.
Cinquième acte, mesures de rétorsion biélorusse. Minsk ne veut pas se laisser impressionner par Bruxelles."Ca ne sert à rien, en détention, de se planquer dans son terrier en pensant que les Américains ou les Européens viendront à la rescousse, ça n'a aucune chance d'arriver", a clairement précisé Loukachenko, jouant sur la peur et la menace familiale.
Dans ce bras de fer auquel se livre l'Union européenne et la Biélorussie, les Russes ont évidemment un rôle à jouer. Minsk a d'ailleurs immédiatement opéré un rapprochement avec Moscou qui ne s'est pas longtemps fait désirée.
A voir maintenant qu'elles vont être exactement les fameuses mesures de rétorsion dont menace Loukachenko, l'Union européenne.





Autres articles dans la même rubrique ou dossier: