Entendez-vous dans nos campagnes

L'édito de la semaine


Par Rédigé le 11/11/2018 (dernière modification le 11/11/2018)

L’inquiétude des porteurs de ce qu’ils estiment être les valeurs de la démocratie enfle à mesure que l’essor des démocratures se confirme. Pour la première fois, en 2017, le nombre des régimes démocratiques est en recul. La poussée des populismes et des régimes autoritaires serait inquiétante.


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Inquiétante pour qui? Pour ceux qui ont tout fait pour que le populisme se développe, par exemple? Certainement pas, puisqu’il s’agit de leur œuvre et de leurs créatures! Emmanuel Macron dans Ouest-France, Christine Lagarde dans Les Échos, d’autres encore, s’inquiètent de cet essor et dénoncent les Bolsonaro, Trump et autres Orbán, porteurs de démagogie, de violence et de rejet de l’autre en tout genre…

Le chef de l’État français comme d’autres avant lui n’a pas hésité à comparer la situation d’aujourd’hui avec celle des années 30. Antienne récurrente pour alerter et surtout effrayer ceux qui savent que la Seconde Guerre mondiale et ses horreurs en fut la conséquence.

Au moment où justement Emmanuel Macron fait la tournée des popotes pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale, les références historiques sont à la mode, surtout si elles permettent d’étayer, justifier la politique actuelle.

Mais comme dans les années trente, posons-nous la question du pourquoi de la montée de ces régimes autoritaires et surtout de l’intérêt des populations pour ces soi-disant hommes forts. A moins d’être convaincu de la crétinerie des électeurs, ce que certains n’hésitent pas à penser voire à dire, demandez-vous, vous les grands démocrates pourquoi malgré tout, une partie de ces derniers ne votent pas pour ce que vous estimez être une évidence, c’est-à-dire pour vous ou du moins pour les valeurs évidemment justes que vous considérez représenter et par conséquent défendre?

Ainsi, dans la mise en route de la campagne pour les prochaines élections européennes, est-il judicieux pour Emmanuel Macron de reprendre la même stratégie que pour les présidentielles. C’est-à-dire se présenter comme un barrage contre l’extrême droite et ses thuriféraires, au risque d’oublier de proposer un vrai programme politique. Déjà, bon nombre de Français n’ont pas forcément voté pour Emmanuel Macron il y a un an et demi mais plutôt pour empêcher la victoire de Marine Le Pen. Cela va-t-il à nouveau recommencer en mai 2019? Macron contre Orbán. La démocratie contre le vil populisme. En soi, cela ne peut encore une fois constituer un programme. Une telle stratégie ne mènera qu’à l’abstention et au désintérêt des électeurs.

Si Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir c’est non seulement parce qu’il s’est présenté comme le seul rempart contre l’extrême droite, situation qu’il avait évidemment créé lui-même en liquidant une gauche manifestement volontairement suicidaire et si Viktor Orbán est lui aussi arrivé au poste de Premier ministre en Hongrie, c’est bien parce que la gauche, parti normalement porteur d’espoir et d’égalité, s’est discrédité à travers son représentant de l’époque Ferenc Gyurcsány.

Nos élites dirigeantes, plus ou moins conscientes de leur éloignement des contingences quotidiennes de leurs concitoyens, sont incapables de modifier un comportement devenu atavique pour comprendre ceux qu’ils sollicitent à chaque rendez-vous électoral, rendez-vous obligatoire mais ô combien pénible pour ces hommes et femmes politiques démocrates. Le mépris affiché par le président français et ses affidés , le refus d’entendre le mécontentement croissant qui monte notamment des campagnes sont les véritables raisons qui justifieront un échec de la démocratie.


Les actus vidéos du 5 au 11 novembre 2018






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