Kpaviédja : une bourgade dans l’angoisse de la soif


Par Alain Tossounon Rédigé le 27/08/2010 (dernière modification le 27/08/2010)

Loin des chiffres rassurants des autorités centrales qui évoquent chaque année un accroissement de la quantité de points d’eau réalisés, une bonne frange de la population attend désespérément de célébrer un jour, l’avènement d’une goutte d’eau dans leur village. Pendant que le Bénin se félicite de progresser vers l’atteinte des OMD d’ici 2015, l’angoisse de la soif est entière à Kpaviédja, un village de la commune d’Abomey-calavi à quelques encablures de Cotonou, la capitale économique.


Comme ici, l'accès à l'eau potable est difficile pour les communautés de Kpaviédja (c) Le Municipal
Un seul et unique sentier en terre battue s’étirant de Akassato jusqu’à Zè, et traversant Zinvié et Kpanroun, mène à Kpaviédja. Un village faisant partie des 8 villages qui composent l’arrondissement de Kpanroun avec ses 7 500 habitants, le moins peuplé de la commune d’Abomey-Calavi, la plus grosse agglomération du Bénin après Cotonou.
Dès l’entrée dans ce hameau, une forte odeur de terre mouillée signale une récente pluie qui fait briller encore la verdure qui donne tout son charme à Kpaviédja, parsemée de manguiers, de palmiers, etc. Des forêts artificielles de tecks et d’acacias, de nombreuses fermes agricoles et autres espaces cultivés. Kpaviédja est sans aucun doute, une zone à fortes potentialités agricoles et l’on comprend mieux, pourquoi la principale activité menée par les populations «autochtones» est l’agriculture. Toutefois, malgré une agriculture florissante, l’approvisionnement en eau potable est une véritable énigme pour les habitants de ce village.

Certes, des adductions d’eau villageoises et autres forages ont existé dans ce patelin. Malheureusement, on apprend qu’ils ne fonctionnent pas à plein temps, faute d’énergie électrique. A l’entrée du bourg, on rencontre une sexagénaire avec un panier d’arachide sur la tête qui se dirige vers une case. On s’avance vers elle et après les salutations d’usage, on apprend qu’ici, elle se fait appeler Akpénon par tous les villageois. Interrogée sur le lieu où on pouvait trouver une pompe d’eau afin de se désaltérer, Akpénon répond : "ah ! Autrefois c’est vrai il existait des pompes à motricité humaine dans le village, mais aujourd’hui, il y en a plus une seule qui fonctionne". Mais quelle eau consomme-t-on alors ici à Kpaviédja ? "Mais, de l’eau de puits tout simplement", répond-elle en prenant congé de nous. Nous continuons notre chemin et nous tombons quelques mètres après sur les fameuses pompes dont parlait dame Akpénon. En effet, les deux infrastructures d’eau situées devant l’école primaire du village, sont complètement désossées, caractérisées par un tuyau central fortement rouillé et par l’absence de manivelle ; ce qui témoigne de leur état de non-fonctionnement depuis déjà un bon moment.

Les populations de ce bourg semblent donc effectivement obligées de se rabattre vers les puits. Ainsi, non loin du lieu où se trouvent ces deux pompes complètement désuètes, nous repérons des enfants qui sont attroupés autour d’un puits à grand diamètre. C’est le principal puits qui dessert la grande majorité des habitants du village.
Tout au long de notre randonnée dans le village de Kpaviédja, le constat est général : l’eau de pluie est utilisée pour la consommation. Malheureusement sans traitement aucun. "Actuellement, comme c’est la saison pluvieuse, les gens ont carrément délaissé l’eau de puits pour consommer uniquement de l’eau de pluie", affirme Paul, un jeune habitant de Kpaviédja qui se rendait aux champs.

Dans les villages voisins de Kpaviédja à savoir Kpanroun et Anagbo comme bien d’autres de cet arrondissement, l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) reste un vœu pieux. Du moins pour l’instant.





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