L'anguille européenne inscrite comme espèce protégée par la CITES


Par Podcast Journal Rédigé le 27/06/2009 (dernière modification le 27/06/2009)

Menacée de disparition, l’anguille européenne (Anguilla anguilla) est placée sur la liste des espèces protégées par la Convention de Washington dans son Annexe II, réglementant ainsi son commerce.


La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) a pour objet de protéger les espèces d'une surexploitation commerciale responsable en partie du déclin de la biodiversité mondiale. Elle a été signée le 3 mars 1973 à Washington et est entrée en vigueur le 1er juillet 1975 ; elle est un des accords sur la conservation qui comporte le plus de pays membres, actuellement 175.
La Principauté de Monaco y a adhéré le 19 avril 1978, ce texte y est entré en vigueur le 18 juillet 1978.

Cette convention concerne 33 000 espèces - 5 000 animales et 28 000 végétales - qui sont protégées par les dispositions de la CITES dans 3 annexes :
les espèces menacées d'extinction, le commerce est interdit mais certaines transactions exceptionnellement et sous conditions peuvent être autorisées;
les espèces non encore menacées d'extinction mais dont le commerce doit être réglementé pour éviter une exploitation incompatible avec leur survie;
les espèces protégées dans un pays qui demande aux autres Parties leur assistance pour en contrôler le commerce.

L’application de la Convention de Washington implique l’obligation d’avoir un permis CITES pour toute importation, exportation, réexportation (exportation d'un spécimen importé) ou introduction en provenance de la mer, de ces spécimens, comme aujourd’hui pour l’anguille européenne.

L’anguille européenne est un poisson longiforme qui constitue un mets de choix très apprécié dans la plupart des pays d’Europe. Elle est largement répartie dans les zones côtières et les eaux douces d'Europe et dans le bassin méditerranéen et se reproduit dans la mer des Sargasses, dans les Caraïbes. Ce poisson peut atteindre exceptionnellement 1,5 m de long. Ses larves dérivent en mer pendant un à trois ans avant d’atteindre les côtes de l’Europe et de la Méditerranée. On appelle “civelle” la jeune anguille au premier stade post-larvaire. Après maturation dans les estuaires ou les eaux douces, les anguilles migrent jusqu’à la mer des Sargasses où elles se reproduisent avant de mourir. L'on n'a pas réussi à les faire se reproduire en captivité.

Les anguilles plus âgées sont pêchées pour leur chair mais les civelles sont pour la plupart pêchées vivantes et engraissées dans des établissements aquacoles d’Europe, et surtout d’Asie, jusqu’à ce qu’elles atteignent une taille marchande. La moitié des anguilles pêchées en Europe – soit, ces dernières années, plus de 200 millions d'anguilles par an – sont exportées en Chine, au Japon et en Corée pour y être engraissées.

D’après des estimations non officielles, dans les années 1990, quelque 30.000 T d’anguilles ont été pêchées chaque année pour une valeur marchande initiale de 200 millions d’euro en Europe ; plus de 20.000 personnes tirent des recettes substantielles de cette pêche. Depuis, les prises ont chuté à quelque 5.000 à 10.000 T mais les prix ont beaucoup augmenté, créant une forte incitation à continuer la pêche malgré la diminution du nombre d'anguilles.

“Les anguilles n'offrent plus comme avant un spectacle familier dans les eaux de l'Europe et des Caraïbes” – notait Willem Wijnstekers, le Secrétaire général de la CITES. “Un grand nombre de personnes tirent un revenu substantiel de la pêche à l'anguille ; d'autres travaillent dans l'aquaculture où ces poissons atteignent une taille marchande. Tout cela sera compromis si la pêche à l'anguille européenne ne devient pas plus durable” – a-t-il ajouté. “En ce qui concerne l’anguille européenne, la CITES ne peut pas se permettre d'échouer.”

La surpêche, la perte d'habitat, la pollution, les barrages sur les rivières et le changement climatique qui affecte les courants océaniques ont tous contribué au fort déclin des populations d'anguilles. On estime que le stock de juvéniles a diminué de 95 à 99% depuis 1980. Quoi qu'il en soit, les anguilles ont un taux de survie naturellement élevé, de sorte que leurs populations pourraient se rétablir à condition de pêcher moins de jeunes anguilles.

Les nouvelles mesures de la CITES contribueront à rétablir une pêche durable à l'anguille européenne. A l'avenir, toutes les exportations devront être assorties d'un permis d’exportation qui ne sera délivré qu'après confirmation par des scientifiques des pays d’exportation que le niveau du commerce ne nuira pas à la survie de l'espèce et que l'anguille européenne sera maintenue dans toute son aire de répartition à un niveau de population conforme à son rôle dans l'écosystème.

Les pays d’exportation devront réévaluer leur gestion des pêcheries d'anguilles afin de remplir les conditions requises pour autoriser l’exportation. Les pays d’importation joueront leur rôle en veillant à ce que toutes les anguilles importées soient assorties du permis d’exportation CITES requis.


Source: www.cites.org





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