L'économie verte, le talisman contre le sous developpement de l'Afrique


Par Rédigé le 21/10/2010 (dernière modification le 27/10/2010)

Le concept "d’économie verte" était sur toutes les lèvres au 7e Forum pour le développement de l’Afrique (ADF VII) qui s’est tenu à Addis-Abéba du 10 au 15 octobre 2010 sur le thème "Agir face aux changements climatiques pour promouvoir un développement durable en Afrique". Mais que signifie vraiment ce nouveau mot à la mode ? Et surtout, ce concept présenté comme la clé du développement de l’Afrique est-il pertinent pour le continent qui pollue le moins, et souffre le plus des effets des changements climatiques?


Achim Steiner: l'économie n'a pas de couleur (DR)
Madeleine Mukamabano, journaliste à Radio France Internationale (RFI), a animé une discussion sur l’économie verte à ADF VII le 13 octobre. Elle a partagé au cours de cette discussion quelques-uns des commentaires de ses auditeurs de RFI. L’un des auditeurs notamment demandait s’il n’était pas exagéré de demander à l’Afrique une «économie verte» alors que le continent cherche encore son chemin. Ces commentaires indiquaient que le concept reste flou et ne semble pas rencontrer l’adhésion des populations. L’expression, qui est apparue en 2008, est présentée, selon Madeleine Mukamabano comme "le talisman contre le sous développement de l’Afrique".

Le Fonds pour les Forêts du Bassin du Congo, crée en 2008 par des bailleurs de fonds finance des projets innovants et transformateurs qui visent à ralentir la déforestation et à réduire la pauvreté.
On retient de ce débat que l’Afrique doit s’engager pour tirer un meilleur parti des possibilités offertes actuellement par le marché des droits d’émission. Cela passera par l’adoption d’une position claire du continent pour les négociations qui se dérouleront après 2012.

...rien là de très nouveau

Une vue des participants (DR)
L’économie verte est un concept qui s’inscrit dans la logique du concept du développement durable. En clair, il s’agit de trouver des solutions au problème de développement en ne nuisant pas à l’environnement. L’économie verte met en exergue l’importance de prendre en compte l’environnement dans toute approche de développement. C’est aussi une approche du développement qui prend en compte le bien-être de toute la communauté. Comme l’ont souligné les participants cette session d’ADF VII… rien là de très nouveau.

L'économie verte, n'est pas une idéologie

Pour Achim Steiner, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’économie verte n’est pas une idéologie. "L’économie n’a pas de couleur, enlevons le vert et voyons l’Afrique du futur" note t-il. Pour lui, l’économie verte est une façon d’inviter les générations d’aujourd’hui à penser aux générations futures dans l’exploitation des ressources naturelles. "Le concept n’est pas été importé", dit-il. "L’idée est venue des dirigeants africains au cours d’échanges sur les questions de développement durable."

L’Afrique a plusieurs atouts pour relever le défi de l’économie verte. Ainsi, le Mécanisme pour un développement propre (MDP) créé en vertu du protocole de Kyoto, encourage les projets de développement à faibles émissions de carbone dans les pays en développement et aide les pays développés à respecter leur engagement en matière de réduction des émissions. Il pourrait représenter une source non négligeable de financement pour des mesures d’atténuation dans les pays africains.

Pour Janos Pasztor, Secrétaire général de Global Sustainable Panel (GSP), un groupe de réflexion spécialisé dans la croissance durable et la prospérité à faibles émissions de carbone, il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de capitaliser les idées et de passer à l’action pour que le continent profite du MDP.
"On ne négocie pas avec le climat, il faut croire ce que l’on sait et s’engager sur la réalité" note le panéliste Benoît Lebot, Conseiller technique régional, changement climatique et énergie du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Benoît Lebot a cité l’exemple du gouvernement équatorien qui s’est engagé avec le PNUD à ne pas toucher à sa réserve de pétrole en échange de l’ouverture d’un fonds «énergie» pour soutenir les efforts environnementaux du pays. Selon lui, il faut changer le comportement à tout les niveaux, améliorer l’efficacité dans l’usage des ressources naturelles, avoir recours aux énergies renouvelables, penser reboisement et restauration des terres –autant de comportements promus par l’économie verte.

Mettant en perspective le commerce et l’économie verte, Lucas Assucçao, de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a attiré l’attention sur les discours contradictoires au niveau international sur les solutions vertes. On parle de l’économie verte, mais on ne veut pas qu’elle soit une menace pour les intérêts économiques de certains groupes. "Depuis que la Chine produit des panneaux solaires, les gens s’en plaignent à l’OMC" remarque t-il.

Pour Brice Lalonde, ancien Ministre français de l’environnement, et actuel Ambassadeur de la France pour les négociations sur le changement climatique "il n’y a pas d’économie verte, il y a l’économie, et il faut seulement ajouter à cette économie humaine, l’économie de l’environnement."

En podcast audio ci-dessous: Raymonde Agossou, Responsable de la Division des ressources humaines et de la jeunesse à la Commission de l'Union africaine ; propos recueillis par Ben Malor





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