L'édito de la semaine: Liberté, égalité, fraternité


Par Rédigé le 04/09/2016 (dernière modification le 04/09/2016)

Cette semaine, des millions d'enfants ont fait leur rentrée scolaire ou vont la faire incessamment. Pour les professeurs et leurs élèves, le grand défi de cette année en France sera de mettre en place la réforme élaborée par Najat Vallaud Belkacem, ministre de l’Éducation nationale qui fête par la même occasion ses deux ans à ce poste.


Edito 040916.mp3  (459.59 Ko)

Puisque nous en sommes à fêter les anniversaires, rappelons aussi qu'il y a 146 ans aujourd'hui, la République, la troisième était proclamée. Le Second Empire n'avait pas résisté à l'invasion prussienne et la défaite avait ramené dans ses bagages la République et ses valeurs dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée actuellement… Ne voyez pas d'irrespect dans cette déclaration. Qui serait insensible aux mots de Liberté, Égalité, Fraternité? Personne évidemment, mais à force de nous être servis à toutes les sauces et confrontés à la réalité, ces trois mots ont beaucoup perdu de leur saveur et de leur authenticité, si tant est qu'ils en aient jamais eu.
Ainsi, des millions d'enfants apprennent dès le primaire la devise de la République et cela même si sa signification n'est pas toujours très claire. Que ce soit à l'école ou dans les médias à travers le discours politique, on n'entend plus que ces mots symboliques et encore une fois confrontés à la réalité, ceux-ci ont largement perdu de leur sens. Les adultes le savent depuis longtemps et l'expérimentent régulièrement et les enfants l'apprennent tous les jours. Demandez à ces adolescents qui partent en Syrie, demandez à ceux qui quittent le système sans le fameux diplôme qui leur aurait permis de trouver leur place dans la société, ce que signifient pour eux ces beaux mots vides de sens. Ils vous riront au nez. Sauf si peut-être, ils rencontrent sur leur chemin de vie une personne qui s'intéresse à eux et décide de les aider vraiment en les considérant. Cela peut arriver, c'est rare, mais cela arrive. Que l'on apprécie ou non Najat Vallaud Belkacem, que l'on apprécie ou non son action, on ne peut nier qu'au moins elle tente de réformer le mammouth. Il est vrai que ce n'est certainement pas ce que certains attendent dans le cadre d'une réforme nécessaire du système scolaire. A ce sujet tout a été dit et même son contraire. Au minimum, deux écoles de pensée s'affrontent. Celle qui soutient Najat Vallaud Belkacem, estime que l'interdisciplinarité est une nécessité aujourd'hui, ce qui implique de casser un système justement mis en place sous la IIIe République et sur lequel nous vivons toujours. Un système où les élèves bénéficiant d'une intelligence logique et littéraire étaient considérés comme intelligents face à ceux qui ne développaient pas ce type de réflexion et qui étaient rejetés par un système qui trop souvent n'avait que mépris pour eux. On sort tout doucement de celui-ci mais la révolution est lente. Dans ce même cadre de réflexion, les élèves ne doivent plus forcément être notés. Ceux qui sont favorables à une telle évolution sont évidemment accusés de laxisme par les opposants qui sont eux-mêmes taxés de conservateurs par les premiers. En effet, pourquoi bannir le latin et les autres disciplines humanistes? Attention de ne pas tomber dans une école qui ne servirait qu'à apprendre un métier et oublierait la culture générale, celle-là même qui permet à tout un chacun de construire sa propre réflexion. Nous en voyons dès maintenant les conséquences au niveau universitaire, où des étudiants bardés de master I et II dans une spécialisation quelconque n'ont pourtant qu'une culture générale trop pauvre. L'école est avant tout un lieu d'enseignement de la culture quelle qu'elle soit et seulement après un lieu d'apprentissage. L'école doit être au service de l'enfant et l'enseignement des humanités est la base même de la formation intellectuelle d'un futur citoyen conscient de ce qu'il est et de ses responsabilités au sein de la nation. La classe politique ne doit pas donner l'impression qu'elle a peur de ses concitoyens, au contraire elle devrait leur offrir tous les moyens d'être capables de se forger leur propre réflexion. Ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. Mais peut-être n'est-ce pas son intérêt?






Autres articles dans la même rubrique ou dossier: