L'image de nos consœurs par nos confrères

Écoutez un regard décalé


Par Rédigé le 26/11/2014 (dernière modification le 25/11/2014)

Les Assises de la presse francophone se sont closes samedi 22 novembre en présence du président de la République du Sénégal. Pendant deux jours, des confrères et consœurs de tout l'espace francophone se sont réunis pour discuter sur le thème de "Jeunes et Médias: Les défis du numérique".


Regard décalé sexisme journaliste.mp3  (1.18 Mo)

Dans l'ensemble, disons-le ces Assises sont une réussite. Elles sont toujours l'occasion de belles rencontres avec des hommes et femmes des médias de tous les continents. Mais là comme ailleurs, il va falloir travailler sur certains points qui deviennent de plus en plus criants. Je veux parler de la pauvreté de la présence féminine lors des ateliers, au sein du bureau de certaines instances de l'UPF, etc...
Cette pauvreté peut se comprendre - sinon s'expliquer mais certainement pas se justifier - à la lecture d'un des articles paru dans le dossier spécial que le Quotidien, journal sénégalais a bien voulu consacrer aux Assises. Dans ce dossier, figure le portrait d'une jeune journaliste sénégalo-française, rédactrice au site Afrik.com. A la lecture de l'article, on ne peut qu'être au minimum interloquée. "On la remarque tout de suite. C'est par son joli tient noir d'ébène, sa taille de guêpe, son petit visage orné de petits yeux noirs, le nez un peu épaté, ses fines lèvres..." Les trois points de suspension ne sont pas de mon fait. Ils veulent peut-être sous-entendre que l'auteur anonyme - il s'agit d'un dossier spécial sur les Assises et l'on ne sait qui est l'auteur de quoi exactement - de cet article aurait pu aller encore plus loin pour présenter le portrait physique - et c'est ce que l'on lui reproche - de sa consœur.
Détrompez-vous quelques lignes plus loin, l'auteur ne peut s'empêcher d'y revenir: "Moulée, dans un pantalon surmonté d'une veste noire sur fond de chemise blanche, un sac à la main et impeccablement coiffée, elle ressemble plutôt à une athlète qu'autre chose. Par sa coquetterie discrète qui ne laisse pas indifférente, (Ah bon? On n'avait pas compris!) elle a l'air d'un mannequin en partance pour un défilé de mode. Mais, il n'en est rien...". Nous voici rassurés, nous l'avons cru un instant et pouvait-il être autrement à la lecture de ce papier où l'on fait tout pour négliger, pour ne pas dire nier, les qualités journalistiques de notre consœur. Ce n'est qu'à la 29e ligne que nous apprenons que la jeune femme n'est pas seulement belle - je cite toujours l'auteur, ligne 28 - mais qu'elle est aussi une journaliste professionnelle.
Vous ne m'en voudrez pas d'avoir cité si longuement une partie de cet article qui, à sa lecture lors de la clôture de session des Assises, dans l'attente de la venue de Macky Sall, m'a fait bondir. Comment peut-on encore écrire de tels propos? Comment changer les regards sur les femmes dans la profession si nous laissons passer un tel portrait. J'entends déjà les commentaires de certains disant que "ce n'est pas grave", voire même que ce serait flatteur pour notre consœur.

Au mieux, cet article est mal construit. Sur la fin, l'on apprend que cette jeune journaliste a l'ambition de créer "un site internet de référence axé sur les questions de la femme africaine pour combler le vide qui existe actuellement dans ce domaine". Cette information n'aurait-elle pas dû être l'axe central du papier?
Manifestement sous le charme, l'auteur a certainement voulu être flatteur et se retrouve à exprimer tout le contraire. En mettant en valeur l'aspect physique de sa consœur, il la dévalorise. Nous sommes convaincus que ce n'est pas le but de sa démarche, mais c'en est le résultat.
Le chemin est encore long...





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