La gestion des déchets hospitaliers au Cameroun


Par Bienvenu Toumbi Rédigé le 21/09/2009 (dernière modification le 21/09/2009)

Malgré la mise en place par l’état d’une loi cadre définissant entre autres les règles générales de gestion des déchets ménagers, hospitaliers et industriels, le problème des déchets demeure et se pose aujourd’hui avec acuité.


Les seringues dans une fosse
Le cri d’alarme est lancé, le constat est irréfutable, le Cameroun ne sait pas quoi faire de ses ordures. Les autorités sont dans chaque ville à cour d’idées face aux tas d’ordures qui ne cessent de croitre dans les villes.
Au Cameroun, les ordures ménagères sont dans les grandes et moyennes villes comme Yaoundé, Edéa, Douala, … évacuées vers des décharges de taille industrielle par l’entreprise HYSACAM. A Douala par exemple, cette société ne collecte que 700 des 1200 tonnes de déchets ménagers produits par la ville. Dans les petites villes et les zones rurales du pays, il n’existe pas de décharges, mais de petits dépotoirs peu contrôlés crées par ci par là par les populations. De même il n’existe pas de déchetteries consacrées aux déchets industriels et hospitaliers.
Ainsi, les déchets dangereux provenant des zones industrielles de Bassa et de Bonabéri et des centres hospitaliers de la ville de Douala sont soit envoyés clandestinement à la décharge de Nyala réservée aux déchets ménagers ou jetés dans le Wouri. De nombreux observateurs affirment qu’Il est pratiquement impossible de prendre quelques baignades dans les eaux de l’estuaire du Wouri, polluées à plus de 40% par les effluents et autres déchets provenant des industries côtières.
Il existe au niveau des décharges des grandes villes des récupérateurs organisés ou non en association et qui effectuent un tri à l’arrivée des camions-chargeurs. Les produits récupérés sont surtout les métaux (ferrailles), le verre, certains plastiques, des bouteilles plastiques… Ces récupérateurs ne disposent pas d’équipements de protection et sont de ce fait exposés à de nombreux risques.
Avec les déchets hospitaliers et leur mode de gestion, les risques ne se présentent plus aux seuls récupérateurs, mais aussi aux personnels des formations sanitaires, aux malades, aux populations environnantes et à l’environnement.
L’accumulation des déchets hospitaliers tels que seringues et aiguilles due à l’abandon des matériels réutilisables au profit du matériel à usage unique et l’extension rapide de l’infection du VIH ainsi que celle de nombreuses infections transmissibles qui l’accompagnent ont rendu indispensable la mise en place d’un dispositif de gestion des déchets hospitaliers susceptible d’assurer la sécurité des populations et la protection de l’environnement.
Cependant malgré la conception d’un tel dispositif, sur le terrain les choses n’ont guère évolué. L’on continue de jeter les déchets médicaux dans les bacs à ordure HYSACAM ou dans un simple trou, de multiplier les sites de stockage de ces déchets, de les brûler à l’air libre.

Une fosse construite pour brûler les déchets
A Douala, de nombreuses formations sanitaires se débarrassent de leurs déchets en les plaçant dans des dépotoirs inappropriés, en les jetant dans les bacs à ordures de la Société HYSACAM ou en les brûlant à ciel ouvert, augmentant ainsi les risques de cancer des poumons chez les riverains liés à l’émission de la dioxine et contribuant au réchauffement de l’atmosphère.
Comme l’ont souligné de nombreux journaux de la place, à l’hôpital Général de Douala, le site qui tient lieu de dépotoir recueille indifféremment les déchets d’origine métallique (seringues et bistouris), en verre (flacons vides), en plastique (cathéters, sondes gastriques…) en cartons, peut-être aussi des pièces anatomiques… Jetés en vrac dans la nature ou "conditionnés" dans des sacs en plastique bleus.
Préoccupés par leur survie et ignorants les dangers auxquels ils s’exposent, les riverains de l’hôpital Général de Douala ont trouvé en la décharge de cette institution sanitaire, un fumier et un sol propices à la culture du manioc, de la banane-plantain, du maïs, des légumes verts et des puits d’eau à usage domestique. Le mercure étant cancérigène, on peut imaginer les conséquences à moyen terme tant pour l’environnement que pour la santé publique.
De grandes poubelles béantes occupent le trottoir à l'entrée de l'hôpital CEBEC de Bonamouti à Akwa à Douala. Ces bacs ouverts qui attendent le passage des camions de la société HYSACAM contiennent des morceaux de coton imbibés de sang, des ampoules brisées, des seringues utilisées, des poches et des tubes pour perfusions etc. Il est courant d’observer de petits enfants piochant dans ces tas d'ordures au vu et su des adultes.

Incinérateur artisanal MONFORT
C'est aussi le cas de l'hôpital Laquintinie dont l'incinérateur connaît des problèmes en ce moment et où un incinérateur du type Monfort peu fiable a été construit.

A l'hôpital de Deido, un four d'environ un mètre cube vétuste et fabriqué à base de briques stabilisées pouvant contenir la chaleur jusqu'à au maximum de 1500 degrés, sert d'incinérateur. Celui-ci permet à cet établissement hospitalier de réduire tant bien que mal et en poudre tous les objets solides qui subissent la chaleur du feu, laissant s'échapper de la fumée par des fissures. Ces fumées qui s'envolent dans les airs sans subir de traitement préalable, selon les environnementalistes, représentent un gros risque puisqu'elles sont riches en dioxines et susceptibles de provoquer des cancers et de polluer l’environnement. La cendre ainsi obtenue est enfouie dans un trou. Une solution qui semble ne plus être appréciée par l'administration de l'hôpital qui réfléchit à un nouveau système de gestion des cendres.

A Yaoundé, même si des efforts réels ont été fournis pour gérer efficacement les déchets hospitaliers, de nombreuses limites persistent.
A l'hôpital général par exemple, les déchets produits par le laboratoire, la chirurgie, la maternité, la banque de sang (comme les seringues, les poches de sang vides, les sachets de glucosé etc.) sont récupérés et jetés dans l'incinérateur pour y être brûlés. Cet incinérateur qui est tout le temps en panne produit beaucoup de fumée et consomme beaucoup de carburant.
A l'Hôpital gynéco obstétrique de NGOUSSO, l’incinérateur est de très faible capacité par rapport à la production journalière de déchets dangereux. Il faut à cet incinérateur 6 à 8 heures de travail et 4heures d’entretien et de maintenance par jour , soit près de 12heures.

Cependant, dans la plupart des autres centres hospitaliers (hôpitaux régionaux et de district, centres de santé intégrés …), les unités d’hygiène, lorsqu’elles existent sont non fonctionnelles dans la majorité des cas. Le conditionnement des déchets se fait par le personnel avec l‘utilisation des boîtes de sécurité pour les objets pointus, coupants, tranchants et les poubelles rudimentaires pour le reste des déchets. La collecte est assurée par des agents de surface temporaires essentiellement non protégés. L’élimination des déchets solides se fait par brûlage à l’air libre soit à même le sol ou dans les fosses creusées, tandis que les déchets liquides vont dans les fosses septiques dont le contenu n’est pas neutralisé avec la vidange et le dépotage n’est pas contrôlé.

En conclusion dans la plupart des formations sanitaires du pays, la gestion des déchets dangereux est réalisée dans des conditions peut satisfaisante. Pourtant, elle constitue une préoccupation majeure en termes de risques environnemental et sanitaire aussi bien pour les personnels et les malades des formations sanitaires, les collectivités locales et les populations. ENCO un cabinet allemand implanté à Yaoundé a élaboré un projet d’installation de près de 60 incinérateurs dans les 10 régions du pays. Ce projet acclamé par les responsables des différentes formations sanitaires publiques du pays est en phase d’évaluation au niveau du Programme PPTE.





Autres articles dans la même rubrique ou dossier: