La nouvelle dynamique de la tradition orale Fang Béti


Par Joseph Etoaa Rédigé le 23/08/2010 (dernière modification le 23/08/2010)

Plus que les territoires il leur reste le terroir.
Sous l’instigation des passeurs de savoir regroupés au sein d’associations culturelles, aujourd’hui, l’imprimé, à travers le livre, les canaux modernes de transmission de l'information (les médias), les festivals de contes et le théâtre sont autant d'éléments qui participent à la transmission de la tradition orale des Fang Béti.
La société civile pour assurer la propagation de la tradition orale joue un rôle très important actuellement chez les Fang Béti, car de nos jours les grands-parents, les griots détenteurs de la sagesse ancestrale ont perdu de vue la tradition orale. Avec l’apparition des canaux modernes de transmission, la tradition orale Fang Béti gagne du terrain.


Cohésion linguistique

MENGUE Marie, Directrice du CECULTRA bel exemple de pérennisation de la culture Pahouin (photo J. Etoaa)
La communauté Béti, pahouin, Fang, a une langue commune malgré la diversité des dialectes. Selon les observations de quelques linguistes, les différences entre ces multiples patois se résument à de légères spécificités de vocabulaire, mais surtout à la prononciation. La syntaxe est pratiquement identique d’un dialecte à l’autre, et les différences grammaticales sont infimes. L’intercommunication voire compréhension entre Fang, Béti ne pose donc aucun problème. Cette unité linguistique démontre que les Pahouin ont un même intérêt. Nos villages aujourd’hui deviennent de plus en plus des villes, réduisant ainsi l’apprentissage de la langue locale au sein du cercle familial ou de la tribut de peur de la voir disparaitre, l’avènement des canaux modernes de transmission, est une véritable aubaine pour l’apprentissage de la langue Fang Béti.

Valeurs économiques

La richesse en pays Béti est vulgairement considérée comme un but et un moyen d'exprimer un pouvoir direct ou indirect (prestige) sur les hommes. Pourtant en ayant recours au passeur de savoir véritable gardien de la tradition orale aujourd’hui, le terme richesse a un sens beaucoup plus profond, comme le démontre l’entretien ci-dessous que nous avons eu à propos avec la directrice du Centre du Cultures et Traditions (CECULTRA).

Joseph ETOAA : Madame MENGUE Marie en tant que directrice du Centre des cultures et Traditions quel définition actuelle donnée vous au terme nfangmot (homme riche) chez les Pahouin ?

Figure 1 Directrice du CECULTRA bel exemple de pérennisation de la culture Pahouin (photo Joseph ETOAA)

Mme MENGUE Marie : Chez le Béti être un nfangmot, (homme riche) veut dire être attaché aux hommes, car c’est l’union qui fait la force et c’est d’ailleurs pour cela que le célèbre adage béti précise « qu’une seule main ne saurait grimper sur un arbre. La considération de la richesse pour l’homme Fang au 21ème siècle est plus focalisée sur les ressources humaines que sur l’argent. Ne dit on pas que l’homme est le premier et dernier bénéficiaire du développement, si chez les Béti l’homme est placé au centre du nfangmot, il devient inéluctable que les seigneurs de la forêt comprennent mieux le développement durable».

Organisation sociale

Les structures fondamentales que l’on trouve en pays Fang sont : la famille vaste, la tribu et le lignage. Ces 3 groupes s’attachent au mvog. Le «Mvog explique chez les Fang Béti, l’intégralité des descendants de l’homme géniteur d’un groupe, et détermine l’ancêtre collectif remontant à 4 ou 5 générations ainsi que l’ensemble de ses descendants qui se rassemblent en aparté lors des palabres considérables. L’ascendance impose le respect du lien de sang, et par conséquent interdit l’inceste. Le Nda bod (fondation familiale) est le lien existant entre un individu et sa famille paternelle et maternelle, origine commune, des consanguins, mêmes disséminés».

Relation d’entente chez les Fang-Béti

Si le Béti s’affirme dans sa famille composée des membres de l’ethnie paternelle ou maternelle, il se crée également des conventions hors du cadre familial. C’est le cas des rapports créés lors du mariage. Lors du mariage, les parents des deux conjoints deviennent des compères ou commères. Leurs relations sont des relations d’amitié et de convivialités. Ils s’appellent (mvoé, ami,e). Pareillement les frères et sœurs de l’époux appellent les frères de l’épouse, (beau-frère, nnyal) et ceux de l’épouse en font autant. Les sœurs cadettes de l’épouse appellent le mari de celle-ci (mon mari nnom). La prégnance que l'oralité exerce à travers les nouveaux modes de récupération de l’oral, sur le quotidien des Fang Béti ou Pahouin aujourd’hui, manifeste de façon claire une transition réussie.
«La culture c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié».





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