La presse féminine : alliée ou ennemie des femmes ?


Par Rédigé le 14/09/2019 (dernière modification le 04/08/2019)

Le monde entier – ou presque- s’accorde à penser que la condition des femmes est un sujet. Il ne fait plus de doute qu’elles sont inégalement traitées en fonction de leur lieu de naissance et de vie, tant le poids des traditions, culturelles et religieuses, répriment encore leurs droits et leur image...


Presse féminine (c) Laurence Marianne-Melgard

Audio Presse-féminine (1).mp3  (4.47 Mo)

Le monde entier - ou presque - sait les luttes qu’ont engagé et gagné les femmes pour accéder à des libertés qu’aujourd’hui personne ne songerait à remettre en cause : le droit de vote, le droit de porter des pantalons, de se couper les cheveux, le droit de dire "non".
Nous sommes quasi unanimes à penser que ce combat doit se poursuivre et surtout, s’étendre à la cause de celles qui deviendront les femmes émancipées de demain. Les jeunes filles, dans nombre de pays du monde, sont encore privées de leur droit à l’insouciance et d’une capacité d’auto critique que le système éducatif pourrait forger en elles.

Comme aboutissement de cette lutte ancienne pour faire entendre la voix des femmes, la presse féminine leur procure un espace réservé. "Féminin", premier périodique paru en 1758 a été le précurseur de titres aujourd’hui mondialement connus tels que Vogue, Elle ou Grazia. A petit pas, cette catégorie de presse a permis d’introduire la femme dans le monde sélectif du journalisme et il a fallu attendre le XXe siècle (1920) pour que ce type de presse soit acceptée par un public qui, jusqu’alors, le cantonnait à de la propagande destinée à attiser la frénésie consommatrice de son public. Parler esthétique et élégance était considéré comme frivole et bourgeois.

La reconnaissance de cette catégorie de média a évolué positivement et confère actuellement un pouvoir certain aux femmes qui peuvent faire et défaire la réputation de stylistes, couturiers et autres acteurs mondains. Elles savent lancer des modes et des tendances et on leur reconnait un sens artistique et une intuition développée. En même temps que l’on admet leur talent, on accuse désormais ces mêmes femmes d’asservir leurs pairs. Comment ?

Au départ, leur mission semblait tolérée tant qu’elle se cantonnait à rabâcher que la femme n’est pas une quantité négligeable et méritait, elle aussi, une place dans la société. Cette première assertion ayant fait son chemin, les femmes veulent désormais décider de cette place qu’on leur accorde : où, quand, comment exister ? Un diktat ! s’écrient ceux et celles qui mettent en garde contre cet abus de pouvoir au motif qu’il contraindrait les femmes à suivre des codes imposés par d’autres. Le mot est lâché : le "code"vestimentaire, le "code" esthétique sont des notions véhiculées par les titres de presse qui, admettons-le, font encore la part belle aux jolies et aux minces tout en s’efforçant de nous inculquer à toutes comment vivre "intelligemment" pour rester jeune et mince : "Mangez sans sucres avec plaisir" titrait récemment un numéro de Fémininbio…

Que penser ? La presse féminine se serait-elle poignardée dans le dos à force de trop vouloir vendre aux femmes sur le papier qu’elles sont belles et qu’elles ont du goût et en oubliant les "vraies" femmes de chair et d’os ? Soyons réalistes, les femmes sont mieux positionnées dans la société mais il n’en reste pas moins qu’elles continuent de vivre des défis quotidiens dans leurs vies de salariées, d’épouses, de mères, de grand-mères… Les grand-mères tient ! Qui vivent de plus en plus longtemps avec souvent peu de revenus, quelqu’un pense-t-il à elles dans ce flot de presse axée sur les tendances de l’été ? Les maillots de bain, les derniers artistes à la mode, les régimes bio hors de prix, sont-ils à leurs portées ?

Avons-nous pensé avec sérieux à toutes ces femmes pressées qui n’ont pas le temps de faire le yoga que nous vantent les addict de la zen attitude ? A celles qui subissent des violences conjugales et à qui on conseille de dialoguer pour trouver la voie du plaisir sexuel ? Certes, certains magasines se spécialisent (Santé Magazine, Parents…) pour tenter de "parler vrai". Est-ce suffisant ?

La presse féminine en omettant ces réalités ne fait-elle pas l’inverse de ce pour quoi elle a été créée : nous déculpabiliser et nous donner de l’allant ? Ne gagnerait-elle pas à muter pour suivre notre évolution sans nous l’imposer ? Ne vaudrait-il pas mieux limiter la dose de rêve injectée dans chacun de ses périodiques pour y ajouter davantage de réalisme ?

Tout bien pensé, n’y aurait-il pas un nouveau créneau à prendre pour un magazine de presse féminine qui voudrait nous faire rêver, avec davantage de publicité et de projets à notre portée ?






Autres articles dans la même rubrique ou dossier: