Le Podcast Edito - Etats-Unis, Israël, Iran: vraies déclarations et fausses intentions?


Par Jean-Luc Vannier Rédigé le 11/03/2012 (dernière modification le 18/03/2012)

Malgré d’apparentes divergences, la rencontre entre Benjamin Netanyahu et Barack Obama pourrait avoir validé, à terme, le principe d’une intervention militaire limitée contre des installations nucléaires iraniennes. Les nombreuses déclarations contradictoires qui ont suivi cet entretien n’en démontrent pas moins l’embarras de l’Administration américaine et révèlent, a contrario, les difficultés -à très haut risque- d’évaluer les intentions iraniennes.


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Faut-il spéculer sur la récente rencontre entre Benjamin Netanyahu et Barack Obama? En conditionnant aux progrès des négociations avec Téhéran -auxquels plus personne ne croit vraiment- et en retardant l’échéance d’une opération militaire israélo-américaine sur des installations nucléaires iraniennes, le président américain en a finalement validé le principe. Les multiples cafouillages des déclarations subséquentes à cet entretien accréditeraient cette interprétation.

Washington a dû, en premier lieu, mollement démentir les affirmations du quotidien israélien Maariv, selon lequel M. Obama -visiblement sur la défensive à propos du soutien américain à l’État hébreu lors de sa conférence de presse- aurait proposé au Premier ministre israélien, des "bombes anti-bunker et des avions de ravitaillement à longue portée, à condition qu'Israël ne lance aucune frappe contre l'Iran en 2012". Le porte-parole du président américain n'a toutefois pas exclu que de "telles conversations aient pu avoir lieu à un autre niveau" entre responsables américains et israéliens.

Un embarras américain également perceptible dans la valse hésitation de sa diplomatie : d’un côté, le Département d’État admet que "l’Iran n’a pas besoin d’autoriser les inspecteurs des Nations Unies à entrer sur les sites nucléaires pour reprendre les négociations". D’un autre, le chef du Pentagone Léon Panetta estime que "des frappes américaines en Iran seraient plus dévastatrices que si elles étaient effectuées par Israël". Le président du Comité des Forces Armées du Sénat américain réclame, quant à lui, un blocus naval pétrolier de l’Iran avant toute frappe et ce, afin d’éviter une envolée des cours du pétrole.

Une confusion déclaratoire qui ajoute aux tensions déjà perceptibles dans la région: informations transmises par le Mossad à son homologue d’Ankara sur des attaques terroristes contre des intérêts israéliens sur le sol turc et susceptibles d’être perpétrées par Al Qods, les forces spéciales des Sepah-e-Pasdarans iraniens. Rumeurs persistantes, malgré le démenti de l’ambassade d’Iran à Beyrouth, de la visite au Liban du général Kassem Suleimani commandant en chef de cette brigade Al-Qods. Déclarations ambiguës du Ministre libanais de la défense Fayez Ghosn sur le "rôle vital joué par l’Iran dans la région" lors de son déplacement à Téhéran le 26 février dernier. Redéploiement dans la Bekaa du Hezbollah confronté à l’éventualité d’un effondrement du régime syrien et à un possible conflit avec le voisin israélien en cas d’attaque sur l’Iran.

200 000 missiles iraniens pointés sur Tel-Aviv?

Côté iranien, le résultat des élections parlementaires devrait permettre au Guide d’enclencher le processus d’éviction du Président Ahmadinejad, voire de supprimer le poste de la présidence de la république islamique. Dans les cercles proches de Téhéran, on insiste sur la diminution attendue des "surenchères inutiles" nourries par cette dichotomie du régime des mollahs. On ne croit pas non plus à la réalité d’une attaque israélienne tout en rappelant la crainte du clergé chiite de perdre d’importants intérêts financiers en cas de guerre avec Tel-Aviv. Un argument sur la "rationalité" des décideurs iraniens repris d’ailleurs à son compte par Meir Dogan, l’ancien directeur du Mossad. Un proche du régime islamique estime en outre que les "200 000 missiles iraniens dotés de bombes à sous-munitions et pointés sur Tel-Aviv, sont programmés pour être lancés moins d’une minute après le déclenchement d’une attaque israélienne": une "dissuasion conventionnelle efficace compte tenu des grandes concentrations urbaines" dans l’État hébreu, précise ce même interlocuteur. Et qui démontrerait, selon lui, que la bombe nucléaire iranienne, malgré les déclarations belliqueuses du président de l’Iran, ne servirait à rien d’autre qu’à "garantir une indépendance contre l’influence des puissances occidentales". "Le débat aujourd'hui porte moins sur l'option militaire en elle-même que sur ce qui se passera ensuite" assure pour sa part un stratège israélien. Vraies déclarations contre fausses intentions? Dans ce jeu de poker-menteur, c’est la fin de partie qui est sans doute le plus à craindre.





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