Le Podcast Edito - Iran Syrie Liban: un couplage des crises iranienne et syrienne?


Par Jean-Luc Vannier Rédigé le 24/06/2012 (dernière modification le 25/06/2012)

La radicalisation de Damas contre les opposants et les civils de même que l’entêtement de Téhéran à exiger une levée des sanctions avant toute discussion sur la question nucléaire semblent désormais "coupler" les questions syrienne et iranienne. Une stratégie délibérée des deux États qui misent sur la crainte paradoxale de la communauté occidentale: plus l’action militaire devient inévitable, moins elle devient probable.


Podcastcouplage.mp3  (3.05 Mo)

La célérité verbale des excuses syriennes après avoir abattu, sans avertissement, un avion de chasse turc, n’a d’égale que son indifférence silencieuse envers les menaces occidentales et les quinze mille morts en quinze mois de crise. De même que l’inhabituelle mansuétude d’Ankara, d’ordinaire si prompt à s’enflammer lorsqu’il s’agit d’Israël. Une leçon à méditer. La communauté internationale finira sans doute par se résoudre: seules la contrainte et la force sont à même de chasser Bachar El-Assad. Tout comme elles pourraient, hélas, être la seule réponse à la menace nucléaire iranienne.

L’Armée Syrienne Libre et l’Arabie saoudite l’ont bien compris. Contrairement aux occidentaux qui misent sur la concertation procrastinée avec Vladimir Poutine, Riyad accentue sans état d’âme ses pressions sur Moscou: en témoigne le refus de recevoir une délégation commerciale russe de haut niveau déjà présente sur le sol saoudien tout en rappelant au Kremlin le fait que le montant des échanges entre les deux pays est de presque vingt fois supérieur à celui de la Russie avec la Syrie. Des pressions d’autant plus importantes sur l’allié slave de Damas que la diplomatie saoudienne affirme croire en la grande "souplesse de la position chinoise". "Il suffira de quelques barils supplémentaires de pétrole", prétend un saoudien proche de l’ambassade à Paris.

Peur occidentale de mourir

Hasard -déterminé?- du timing doublé de la stratégie russe destinée à renforcer son statut d’interlocuteur dans la région, toujours est-il que le dossier syrien est désormais "couplé" avec celui du nucléaire iranien. L’échec des derniers pourparlers à Moscou en début de mois et le peu d’espoirs de voir l’Iran céder sur la question de l’enrichissement de l’uranium, tout comme l’aggravation de la répression syrienne rendant caduc le plan onusien de Kofi Annan, soulèvent l’hypothèse d’un éventuel recours à la force. Mais ils la rendent aussi plus incertaine: Téhéran "a bien analysé et sait comment exploiter", selon un iranien proche du pouvoir, les "peurs occidentales nourries d’appréhensions économiques", d’une frappe militaire en Iran comme, dans une moindre mesure, celles d’une intervention en Syrie. Et de citer un haut responsable du renseignement iranien: "l’occident cherche à décrypter notre ligne politique: notre stratégie consiste à ne point en avoir". Une peur de mourir occidentale que ne connaissent pas "ceux des fidèles" qui, toujours selon cet interlocuteur téhéranais, "se revêtent du linceul blanc du deuil pour aller prier dans les mosquées" du centre de la capitale iranienne. Ni les Alaouites syriens: la famille du représentant en Syrie d’une "major" européenne ne voyageait-elle pas séparément pour, en cas de crash aérien, être en mesure de maintenir le contrôle du clan à la tête de l’affaire? L’humain après le business.

Sortant pour la première fois de sa réserve, Israël a d’ailleurs préconisé "une intervention massive de la communauté internationale sur le modèle de ce qui s’est passé en Bosnie" et ce, afin "d’éviter une extension du conflit au Liban et en Iraq". S’il ne peut-être attribué directement aux agissements de la Syrie, l’effritement politique du Liban ne laisse en effet d’inquiéter: les corporatismes et les confessions se donnent le mot pour contester sur le terrain toute décision défavorable à leurs intérêts: Palestiniens, médecins, employés du secteur énergétique, étudiants, et des membres de clans opposés descendent dans les rues, brûlent des pneus et bloquent les axes routiers. Le Hezbollah lui-même jugule avec peine les conflits armés au sein de familles chiites dans la banlieue sud de Beyrouth. Face au "désinvestissement" et à la "passivité" des Chrétiens en manque de perspective, l’opposition des Chiites et des Sunnites au Liban révèle plus que jamais l’antagonisme radical de leurs projets politiques régionaux.





Autres articles dans la même rubrique ou dossier: