Le Podcast Edito Tunisie, Algérie: fièvres démocratiques


Par Jean-Luc Vannier Rédigé le 09/01/2011 (dernière modification le 09/01/2011)

Tandis que les violences relayées par Internet et portées par l’exaspération d’une jeunesse privée de démocratie, se poursuivent en Tunisie et en Algérie, l’Europe et la France affichent leur embarras. Sinon leur contradiction, estime notre éditorialiste : Paris encourage d’un côté la révolte iranienne mais redoute la fièvre démocratique de deux pays riverains de la Méditerranée. C’est, une fois de plus, l’adhésion aux idéaux républicains prônée aux jeunes qui en pâtira.


Malgré leurs différences, l’embrasement spectaculaire de la jeunesse tunisienne et algérienne apporte des enseignements identiques. Il traduit en premier lieu leur exaspération des déficiences de leur système politique. En dépit des échanges économiques avec l’extérieur pour la première et de la rente pétrolière pour la seconde, la Tunisie et l’Algérie n’offrent plus qu’un modèle sclérosé barrant toute perspective sérieuse aux générations futures : corruption endémique et mainmise patricienne sur les affaires du pays dans le premier cas, détournement des revenus d’hydrocarbures au profit d’une caste vieillissante dans le second.

La deuxième leçon est, dans le sillage du précédent iranien, la surexploitation des réseaux sociaux par les protestataires: nonobstant le quadrillage sécuritaire et le filtrage d’Internet, les jeunes Tunisiens communiquent entre eux, à l’image du bloggeur Slim Amamou qui dénonçait, tout comme un rapport d’Al-Jazeera à propos de Facebook et des comptes Gmail dans le pays, « l’espionnage des internautes » par le Gouvernement et « dont la dernière géolocalisation Google Latitude était juste en face du Ministère tunisien de l’Intérieur ». L’ouverture d’un site « Tunileaks » dédié au recensement des télégrammes diplomatiques de Wikileaks consacrés à la Tunisie et les attaques vengeresses déclenchées contre les adresses ministérielles par « Anonymous » qui a « publié une lettre ouverte au président Ben Ali » et donné des « informations pratiques sur les manières de contourner la censure », ajoutent à cette mobilisation démocratique.

Sélectivité des réflexes républicains

Le troisième enseignement est la « réaction » européenne en général et celle de la France en particulier. La qualifier d’embarrassée serait un euphémisme : contrairement à l’Iran, lointain et plus menaçant par sa quête nucléaire, seule la Méditerranée sépare l’Hexagone des deux pays du Maghreb. L’exemple algérien des années quatre-vingt est probablement dans toutes les têtes : en cas de prise de pouvoir par le FIS, Paris préparait à l’époque des plans pudiquement appelés « desserrement de populations » chargés d’organiser l’accueil de centaines de milliers de réfugiés susceptibles de débarquer entre Marseille et Nice. C’est dire si, côté nord de la rive, on s’accommode mieux d’une dictature laïque, rempart contre l’islamisme radical : le meilleur argument, sans doute, des dirigeants tunisien et algérien. Et ce ne sont pas les « conseils » prodigués aux jeunes révoltés algériens par l’ancien numéro 2 du FIS lors d’un récent déplacement à Bab El Oued qui seront de nature à modifier cette perception des événements : « Nous allons défendre les préoccupations des jeunes si Dieu le permet, et ce, quel qu’en soit le coût », a lancé Ali Belhadj avant d’être arrêté par la police.

Reste une ultime conséquence, à terme : l’attitude de Paris, explicable sur le moment, sera sévèrement questionnée un jour prochain. Celui où la France cherchera à convaincre sa jeunesse de ses idéaux universels et humains et ce, au nom de l’intégration et de l’identité nationale. Les plus dubitatifs comme les plus récalcitrants auront alors beau jeu de lui rappeler la sélectivité de ses réflexes républicains.





Autres articles dans la même rubrique ou dossier: