Le dérapage de Raniero Cantalamessa


Par Lea Raso della Volta Rédigé le 04/04/2010 (dernière modification le 03/04/2010)

Ce sont les fêtes de Pâques parmi les plus tumultueuses que s’apprête à vivre l'Église romaine catholique qui suite à la "maladresse" du prédicateur franciscain Raniero Cantalamessa, se trouve une fois de plus plongé dans la tourmente.


Décidément l'Église a beaucoup de mal ces derniers mois à retrouver sa sérénité, après la volonté affichée du Saint Père de béatifier le Pape le plus décrié du XXe siècle, la révélation sur les prêtres pédophiles, c’est au tour du frère franciscain Raniero Cantalamessa, prédicateur officiel du Vatican d’avoir fait un faux pas lors de l’homélie pascale.

Ce dernier a en effet rapproché les attaques contre le Pape dans les scandales de pédophilie à l'antisémitisme ; un raccourci qui a immédiatement provoqué l'indignation des communautés juives d'Europe et des États-Unis et de vives protestations des associations de victimes d'abus sexuels commis par des religieux.

Et la pseudo lettre de "solidarité" au pape et à l'Église reçue d'un "ami juif" n’a pas réussi à éteindre le début d’incendie que ce discours fracassant n’a pas manqué d’allumer.

Même le très modéré Grand Rabbin d’Italie, Riccardo Di Segni, a qualifié ce passage du sermon de "faute de goût" et de "comparaison inappropriée" dans le journal La Stampa. En Allemagne, le secrétaire général du Conseil central des Juifs Stephan Kramer l'a qualifié "d'impertinence et d'insulte vis-à-vis des victimes des abus sexuels et des victimes de la Shoah".

Une "faute de goût" qui montre que le père Cantalamessa n’a cure des souffrances engendrées par la pédophilie et par l’antisémitisme, plus soucieux de dédouaner des personnes indignes de leur sacerdoce.

Le torchon brûle

Les tensions entre le Vatican et la communauté juive ont connu un pic en décembre dernier, quand Benoît XVI avait accéléré le processus de béatification du pape Pie XII, accusé de s'être tu face à la Shoah et, début 2009, lors de la levée de l'excommunication de l’évêque négationniste, Richard Williamson.

Marvin Hier, fondateur du Centre Simon Wiesenthal de lutte contre l'antisémitisme, a exigé les "excuses" du pape pour ces "remarques blessantes", "honteuses, hors de propos" et cette "déformation totale de l'histoire".
Il a rejeté toute comparaison entre des siècles d'antisémitisme qui ont mené à "la mort de dizaines de millions de personnes innocentes avec des criminels qui renient leur foi et leur vocation en agressant sexuellement des enfants".

"Cela fait mal au cœur de voir un responsable de haut rang du Vatican faire des remarques aussi dures, qui sont une insulte aussi bien pour les victimes d'agressions sexuelles que pour les Juifs", a renchéri David Clohessy qui dirige le SNAP, regroupant des victimes américaines de prêtres pédophiles.

Pour le rabbin Gary Greenebaum, chargé des relations inter-religieuses au sein de l'American Jewish Comittee, il est "compréhensible que l'Église se sente sous pression", mais les responsables catholiques "doivent veiller à ne pas pratiquer l'hyperbole" et à l’avenir le père Cantalamessa, devrait comme son nom l’indique se contenter de "chanter la messe" et laisser la charge des discours à ceux qui maîtrisent l’art oratoire.

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