Le devoir de mémoire, 73 ans après la rafle du Vel' d'Hiv


Par Rédigé le 24/07/2015 (dernière modification le 24/07/2015)

Le 16 et 17 juillet 1942 à Paris et dans sa banlieue, avait lieu la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. La police française, sous les ordres du régime de Vichy, arrête alors 13.152 personnes dont 4.115 enfants de moins de seize ans. Moins de cent d'entre eux survivront.


La collaboration de Vichy

Juillet 1942. Plus de 8.000 Juifs sont parqués dans le Vélodrome d'Hiver avant leur déportation. Photo (c) DR

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Début juin 1942, les nazis décident de mener une opération d'envergure baptisée "Vent printanier". L'objectif: arrêter un grand nombre de Juifs dans toute l'Europe occupée par l'Allemagne (France, Pays-Bas, Belgique) en un seul jour.
Le 2 juillet 1942, René Bousquet, alors secrétaire général de la police du régime de Vichy, assiste à une réunion de planification en vue de la rafle, prévue pour le 13 juillet.
Durant celle-ci, il ne formule aucune objection quant à l'arrestation des Juifs étrangers. Cependant Vichy souhaite protéger les Juifs français.
Un compromis est obtenu: la police française ne raflera que les Juifs allemands, autrichiens, polonais, tchèques, russes et les "indéterminés". De tous âges.
Ces derniers seront ensuite conduits dans les camps de Drancy, Compiègne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant d'être déportés vers les camps d'extermination allemands.
Un peu de retard est pris. Le 13 juillet 1942, une circulaire de la préfecture de police ordonne l'arrestation et le rassemblement de 27.427 Juifs étrangers habitant en France. 7.000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour mener l'opération.


La rafle

Le 17 juillet en fin d'après-midi, à Paris et dans sa banlieue, ce sont au total 13.152 Juifs qui sont appréhendés. Les couples sans enfants et les personnes seules sont conduits en autobus vers le camp de Drancy, au nord de Paris. Les familles avec enfants, elles, sont dirigées vers le Vélodrome d'Hiver, dans le XVe arrondissement de Paris.
Dans cette prison à ciel couvert, en attendant leur déportation, près de 8.000 personnes tentent de survivre dans une chaleur étouffante. Pendant cinq jours, sans nourriture et avec un seul point d'eau, adultes et enfants sont exposés aux bruits sous des éclairages violents. Jour, et nuit.
Une centaine d'entre eux se suicident, alors que seuls trois médecins et une dizaine d'infirmières de la Croix-Rouge sont autorisés à intervenir. Ceux qui tentent de s'enfuir sont tués sur-le-champ.
Le 22 juillet, les familles présentes sur le site sont transférées de la gare d'Austerlitz vers les camps d'internement français, dans le Loiret.
Le 5 août, les adultes et les enfants de plus de douze ans sont convoyés vers le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Les plus petits, eux, seront déportés deux semaines plus tard. Les internés de Drancy prendront également le même chemin.
Sur les 4.115 enfants arrêtés et envoyés dans les camps, aucun ne survivra.
Cette rafle représente à elle seule plus du quart des 42.000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942.

Reconnaissance et devoir de mémoire

Il aura fallu attendre plus de 50 ans pour qu'un président de la République reconnaisse officiellement la responsabilité de la France dans la rafle.
A leur époque, Charles de Gaulle et François Mitterrand avaient tout deux nié la responsabilité de leur pays, considérant que la France légitime d'alors n'était pas le régime de Vichy, mais la France libre.
Le 16 juillet 1995, rompant avec la position de ses prédécesseurs lors d'un discours émouvant, Jacques Chirac admet que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l’État français".

Pourtant, selon un sondage publié en 2012, une majorité (57 à 67%) des moins de 35 ans ne sait toujours pas ce qu'est la rafle du Vel' d'Hiv'. Signe qu'après la reconnaissance officielle des responsabilités de la France dans le massacre des Juifs, le devoir de mémoire, lui, n'est pas moins indispensable.







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