Le grincement de dents

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Par Dr. Astrid Hacquin / WIM Rédigé le 04/12/2014 (dernière modification le 04/12/2014)

Le grincement de dents pendant le sommeil est très fréquent chez l'adulte et plus encore chez l'enfant. Chez l'adulte, plusieurs stratégies de gestion sont possibles.


Le bruxisme du sommeil

Le bruxisme du sommeil (BS) est caractérisé par un grincement des dents ou une contracture soutenue des mâchoires durant le sommeil.
C'est un trouble de mouvement soit par serrement soit par mouvements latéraux des mâchoires. Il survient durant le sommeil: il n'est donc pas conscient et donc pas "contrôlable".
Le BS est associé à une activité d'éveil au cours du sommeil intense (selon l'International Classification of Sleep Disorders)

La majeure partie de la population présente, au cours du sommeil, une activité des muscles masticateurs plus ou moins importante mais sans conséquence. 60 à 70% de la population aurait eu au moins un épisode de bruxisme au cours de sa vie. Seule une minorité présente un BS exagéré et répétitif. Le BS touche les deux sexes.
Il affecte aussi bien les enfants (14%) que les adultes (8% entre 20 et 50 ans) mais l'âge d'apparition le plus commun se situe entre 17 et 20 ans. Le pourcentage le plus élevé se situe dans le groupe d'âge 20 à 50 ans.
La rémission spontanée survient en général après 40 ans mais elle peut se produire à tout moment de la vie.
Il diminue nettement à partir de 50 ans.

Les causes sont encore mal connues mais le stress est très souvent mis en évidence. Le contexte psychosocial (stress/personnalité) ainsi que certaines conditions physiologiques et biologiques (les troubles du sommeil avec apnées, le ronflement,...) recouvrent des terrains propices au BS. Des troubles neurologiques (après des maladies ayant entrainé des lésions cérébrales), des troubles psychiatriques (le syndrome de stress post-traumatique, par exemple) ont été associés au bruxisme. Certains facteurs extérieurs, l'alcool, la caféine, le tabac, des médicaments sont des facteurs favorisants. Le rôle de la génétique est incertain.

L'origine du BS ne peut être expliquée par un mécanisme unique ou simple. Il fait plutôt partie d'une entité de la pathologie du contrôle des mouvements et du système nerveux autonome pendant le sommeil.
Plusieurs types d'activités motrices de la bouche et du visage sont présents pendant le sommeil. Il est nécessaire de les évaluer à l'aide d'un électromyogramme (enregistrement de l'activité musculaire).
L'activité rythmique des muscles de la mâchoire (muscles manducateurs) a été définie comme modèle de base du BS.
Ces activités ou épisodes du BS sont, selon les personnes, plus ou moins fréquents durant le sommeil. Ainsi, certains sujets peuvent avoir un ou deux épisodes durant la nuit alors que d'autres en auront 80.
Les forces de serrage des mâchoires développées pendant le sommeil sont beaucoup plus importantes que celles qu'on rencontre à l'état vigile. Le BS est plus présent dans les phases de sommeil léger et s'observe lors de micro-réveils naturels.

Les risques principaux sont l'usure, le déchaussement voire la fracture des dents, la perte des tissus dentaires (émail, dentine et pulpe) des dégâts sur les articulations temporo-mandibulaires.
Le bruxisme peut également entraîner une hypersensibilité au chaud et au froid, des douleurs articulaires et musculaires mais aussi des maux de tête et des douleurs cervicales.
Outre les difficultés de mastication et les risques d'infection, on ne peut ignorer les lourdes conséquences sur l'esthétique du visage et du sourire.

Les signes les plus sévères du BS sont essentiellement observés pendant le sommeil, sans que la personne en soit consciente, mais l'entourage le remarque et s'inquiète.
Quelques questions permettent de guider le praticien dans l'évaluation:
"Est-ce que quelqu'un vous a dit que vous grinciez des dents la nuit?"
"Est-ce que vos dents, gencives, ou vos muscles des mâchoires sont douloureux au réveil?"
"Est-ce que vous ressentez des douleurs aux tempes le matin au réveil?"


L'examen clinique est nécessaire afin d'évaluer la présence d'usures ou de mobilités dentaires ainsi que l'état de détérioration des dents (éclat sur couronne en céramique, par exemple). D'autres symptômes comme la douleur des muscles de la mâchoire, le dysfonctionnement des articulations de la mâchoire, la fatigue, la raideur, ou même le blocage de la mâchoire au réveil seront également évalués. L'hypertrophie des muscles de la mâchoire peut aussi laisser supposer un BS important.
Le BS reste difficile à diagnostiquer en raison de son caractère variable dans le temps.


Comment gérer le BS?

Il est préférable ici de parler de gestion plutôt que de traitement car l'origine en est encore mal comprise et le bruxisme lui-même ne se traite pas. On ne traite que ses conséquences pour prévenir les dégâts qu'il peut occasionner.
Il est possible d'agir par des interventions buccales et occlusales. Les gouttières occlusales ont prouvé leur efficacité. En s'interposant entre les arcades, ces gouttières en résine, portées durant la nuit, suppriment les contacts. Attention, les corrections occlusales irréversibles comme les meulages dentaires peuvent être contre-indiqués.
Par pharmacothérapie: il n'existe aucune médication sûre à ce jour. Des études montrent le possible bénéfice de certaines substances liées aux structures impliquées dans la régulation du cycle du sommeil (système dopaminergique et sérotoninergique).
Les injections de toxine botulique permettent de gérer mais pas de guérir le BS. La toxine affaiblit la contraction musculaire, relâche les tensions. L'effet est temporaire et doit être renouvelé environ tous les 4 mois.
Les thérapies comportementales et psychologiques comprennent le biofeedback (technique de relaxation), la psychanalyse, l'hypnose, la relaxation progressive, les massages, l'inversion des habitudes et l'hygiène du sommeil.
De récentes études sur des interventions comportementales ont démontré l'efficacité à long terme entre bonne qualité de sommeil et diminution du BS.

Chez l'enfant, le BS peut se produire dès l'âge d'un an. Un enfant sur trois a un BS. L'hypertrophie des amygdales et les allergies seraient en cause.
Des études récentes avancent que le BS augmenterait la perméabilité de voies aériennes supérieures. Ainsi, les enfants atteints de troubles respiratoires et ayant subi une ablation des amygdales auraient un risque de BS divisé par 4.
A l'heure actuelle, en raison de la rareté des études, seuls les enfants ayant une malocclusion grave (mauvais alignement des dents et/ou relation incorrecte entre la mâchoire du bas et celle du haut) ou des lésions dentaires importantes seront pris en charge.

Il convient de dépister précocement le bruxisme pour éviter une usure dentaire excessive et les autres conséquences malheureuses même si certains considèrent cette activité comme un excellent moyen de libérer le stress. Le choix de la stratégie la plus appropriée pour un patient donné devra tenir compte de tous les problèmes concomitants.

Dr Astrid Hacquin, chirurgien-dentiste pour WIM

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