MACBETH A L'OPERA DE NICE


Par Christian Colombeau Rédigé le 01/11/2008 (dernière modification le 03/11/2008)

MACBETH DE VERDI EN OUVERTURE DE SAISON DE L'OPÉRA DE NICE


Spectacle révolutionnaire ? Pas de quoi fouetter une chatte... de sorcière

Il se passe toujours quelque chose aux Galeries Farfouillettes… A l’Opéra de Nice aussi. Pour preuve ce Macbeth de Verdi présenté en ouverture de saison et qui vient de provoquer une petite bataille d’Hernani fort drôle avec comme toujours, une moitié de salle qui applaudit et l’autre qui conspue. La cause ? La mise en en scène de Marcelo Lombardero situant l’action du drame shakespearien dans une guerre moderne ou une improbable république bananière d’Amérique du Sud voire d’Europe… Tout cela ne prêterait qu’à rire si, en réfléchissant bien, l’idée n’était pas neuve. A Lucerne, voici quinze ans, (avec la même soprano dans le rôle titre !), un certain Andreas Basler proposait à quelque chose près, les mêmes images. Puis, Robert Carsen himself, à Genève, en 2000, modernisait dans le même esprit, ce Shakespeare traité à la sauce italienne. Pour les premiers, les sorcières étaient des techniciennes de surface, pour l’argentin… des filles de joie sorties d’un B.M.C. ambulant avec ses inévitables trans ou trav dépouillant les cadavres comme les Walkyries chez Wagner ! Voulant sans doute faire du neuf avec de l’ancien, plus moderne donc, Marcelo Lombardero y va franco, transforme le couple maudit en shootés à la came… et l’Opéra de Nice en cinéma de quartier avec projection de bandes d’actualités (on passe donc allègrement en revue toutes les guerres ayant ravagé la planète depuis 1945) ou mieux d’animations de jeux vidéos. Vous avez les mêmes sur votre console. Il ne manquait que Super Mario au tableau de chasse. Quoi que.. en ajoutant les célèbres bacchantes au ténor, on y était presque ! Si le côté bande-dessinée amuse un moment dans son parti pris de distanciation et de théâtre, irrite souvent dans sa lourdeur , il n’y a vraiment pas de quoi ici fouetter une chatte de sorcière… même si elle a miaulé trois fois ! Quelques scènes arrivent toutefois à séduire, comme ce duo d’ouverture du II. Voilà une Lady qui tient son Homme par leurs nuits, la fin du couple maudit rappelant irrésistiblement celle du Duce et sa maîtresse… Avouons le bien bas : l’on ne retrouve que rarement dans ce fatras psychédélique et prétentieux la vraie puissance démentielle et nue de l’impitoyable, cette intensité calcinante d’un désir de pouvoir, cette lancinante folie meurtrière retournant les corps pour en exhiber les forces sourdes. A pieds joints, Marcelo Lombardero est finalement tombé dans la convention. Rideau. Comme toujours à l’encontre du rôle titre, c’est Lady Macbeth qui concentre l’attention. Yelena Zelenskaya campe une femme dont la démesure est le reflet d’un irrépressible désir, et dont la paranoïa s’alimente d’hystérie. Belle et sculpturale, d’une raucité hallucinée elle domine son terrible rôle dans tous les registres. Enfin presque… Le Macbeth d’Alexandru Agache, jamais écrasé, ni scéniquement ni vocalement, noble, brisé, se montre fort attachant dans son irresponsabilité. Face à ces forces obscures, Giorgio Giuseppini fait une impressionnante apparition dans le court rôle de Banquo et le ténor français Luca Lombardo resplendit en fin de soirée de cette aura lumineuse du héros salvateur, prêt lui aussi à devenir un dictateur… Avec des Chœurs remarquables d’étoffe et de coloris, l’Orchestre Philarmonique de Nice déploie avec flamme cette fresque musicalement terrible et s’irise, sous la baguette flamboyante de Marco Guidarini, de mille diaboliques couleurs, dans un irrésistible et envoûtant nocturne du pouvoir qui rend fou.





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