N’oubliez pas, on existe !


Par Rachel de PLAEN Rédigé le 16/02/2009 (dernière modification le 16/02/2009)

Certes, l’Egypte est bel est bien le pays des Pharaons, mais elle ne se résume pas à cette période de l’Histoire. L’Egypte est un pays riche de nombreux groupes culturels. Une chose dont les Egyptiens eux-mêmes n’ont pas toujours conscience. Les bédouins de l’oasis de Siwa ont ainsi pris les devants - ou plus exactement le devant de la scène - le 19 décembre dernier, pour la toute première fois, des musiciens et des danseurs siwi ont animé le centre culturel Sawy à Zamalek.


Joueurs de Sega
Plus ou moins quarante cinq tribus vivent en Egypte sans compter les Nubiens mais aucun programme scolaire national n’en fait mention. Les initiatives pour la mise en valeur de ce patrimoine culturel sont rares et profitent souvent aux touristes étrangers. D’où la création d’un festival unique en son genre Characters of Egypt (ou Identités Egyptiennes), pour mettre en avant ces individus qualifiés «d’invisibles» par le professeur de l’université américaine G. Pandeli. « Loin du côté édulcoré ou romantique, explique-t-il, Characters of Egypt a pour but initial de faire prendre conscience des valeurs, traditions, identités de ces groupes au grand public ».
Sous l’initiative de deux ONG égyptiennes, Fustat Wadi Gemal et Wadi Environmental Science Center, ce festival a eu lieu en octobre dernier. Durant 3 jours et dans un même et seul lieu, Marsa Alam, se sont réunis 27 tribus provenant du Sinai, des oasis de Farafra et de Siwa, auxquelles s’ajoutaient les Nubiens du Sud de l’Egypte.
Au menu des festivités : concerts, artisanats, danses, course de chameaux entre les différentes tribus ainsi que des conférences. Les visiteurs ne venaient pas y observer « les pratiques ou cultures étranges de ces groupes». Le festival était beaucoup plus une découverte de l’Autre, entre le public et les tribus mais aussi les tribus entre elles qui ne se connaissaient pour ainsi dire pas.

Musiciens au concert de décembre dernier
On peut s’enthousiasmer que deux mois plus tard, les mêmes danseurs, musiciens et artisans siwi présents à Marsa Alam, se soient retrouvés au Caire dans le cadre cette fois-ci d’un événement organisé par Shali Project.
Shali Project regroupe deux ONG italiennes, RICERCA E COOPERAZIONE et COSPE, et une organisation siwi qui s’occupe de la préservation de l’environnement de l’oasis et de tourisme.
Leurs objectifs principaux est une rénovation des habitations traditionnelles en karshif (mélange de terre et de sel), une meilleure qualité et distribution de l’artisanat, en plus d’une valorisation de l’éco-tourisme.
Ces trois associations ont pour ambition de présenter régulièrement des spectacles de musique et de danse siwi au Caire, à Alexandrie et à Siwa même. Malgré cette idée de mise en valeur du patrimoine, on peut s’interroger sur le risque que leurs spectacles transforment les tribus de Siwa et celles présentes au festival de Marsa Alam en des objets touristiques.
Siwa est une destination encore nouvelle pour les touristes. Le respect des traditions y est encore très vivace. Ces projets de « mise en valeur » par des festivals, des concerts laissent certaines personnes sceptiques car l’aspect économique reste présent. On peut donc s’interroger sur la dérive d’une culture spectacle, d’une culture qui rapporte de l’argent. Ce phénomène est visible chez les Nubiens du Sud de l’Egypte.
Les initiatives de ces différentes ONG sont louables mais une détérioration de la culture de ces tribus par l’arrivée du tourisme de masse est à craindre.

Loin de l’idée de spectacle, COSPE va commencer l’année prochaine un projet sur la langue siwi Tamazigh. Cette langue est basée sur l’oralité, d’où la nécessité de la préserver. Quant à la conservation du patrimoine musical, l’ONG italienne compte également créer des enregistrements de qualité ainsi que des vidéos. Ces projets à venir sont certes plus importants pour le patrimoine que des projets de spectacles mais ils ne touchent pas un public aussi large. COSPE tient compte de cela et proposent ainsi des activités variées.

La mise en valeur de ce riche patrimoine culturel par des biais différents est incontournable. Les tribus et les organisations qui collaborent avec eux doivent cependant rester vigilantes aux dérives touristiques.





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