NOUVEAUTE DISCOGRAPHIQUE: ANDREA CHENIER


Par Christian Colombeau Rédigé le 16/07/2009 (dernière modification le 16/07/2009)

ANDREA CHENIER TRANSCENDE PAR DANIELA DESSI ET FABIO ARMILIATO


Le vérisme dans tous ses états

La crise du disque étant ce qu’elle est aujourd’hui, c’est avec un plaisir sincère que l’on découvre ce nouvel enregistrement d’Andréa Chénier, chef-d’œuvre vériste d’Umberto Giordano, bien connu des mélomanes puisque cet opéra a été donné au cours de la saison passée au Palais Garnier.

Deuxième attrait de cette intégrale, gravée à Milan fin 2005, la présence du couple lyrique – à la ville comme à la scène - le plus attachant qui soit : Daniela Dessi et Fabio Armiliato.
Ces deux artistes laissent le souvenir d’une Forza del Destino au Forum Grimaldi assez volcanique.
Leur présence sur les scènes hexagonales étant quasiment nulle c’est donc avec intérêt que l’on écoute ces deux disques.
Que leurs fans se rassurent, ils ouvriront la saison monégasque en novembre avec Turandot de Puccini.
Volons à l’essentiel.
Dans la lignée de ses plus illustres prédécesseurs (Del Monaco, Corelli, Domingo…) Fabio Armiliato campe un Chénier juvénile, d’une ferveur presque animale, tout sur le muscle, sanguin, au sex-appeal irrésistible, valeureux en diable.
Le timbre est limpide, jamais malmené, le ténor génois évitant avec bonheur coups de glottes et sanglots ridicules ; ici la musicalité, la probité, le respect à la partition méritent un joli coup de chapeau. L’improviso est sublime, les duos avec son épouse de soprano réellement électrisants, la scène finale survoltée, hélas un rien entachée par la soudaine baisse de tension sonore et lyrique voulue par le chef.
Enregistrée au meilleur absolu de sa tessiture, Daniela Dessi dépeint avec talent une fragile aristocrate, véhémente quand il le faut dans sa détermination, toujours passionnée. En véritable lyrico spinto (le dernier ?) LA Dessi déploie un médium impressionnant, de beaux graves naturels car jamais poitrinés, des aigus en lames de rasoir. L’intensité murmurée, magique, la rend inoubliable.
Plaisir de retrouver le superbe baryton Carlo Guelfi qui chante un Carlo Gérard à la perfection, vivant, à la fois prince et rustre, bon et méchant, suprême de musicalité et de théâtre. L’expérience de la scène se devine ici sans peine.
De la dizaine de seconds rôles - tous excellents car tenus par les vieux routiers de la bonne école de chant italienne - qui ne sont nullement des silhouettes mais des éléments essentiels de cette fresque historique, on retiendra les jolis doublés de la grande Viorica Cortez, au timbre toujours cuivré, dans deux compositions percutantes (Contessa di Coigny et Madelon) mais également celui de Mario Buffoli (Abate et Incredibile finement croqués) exceptionnels d’individualité et d’emportement.

Romano Gandolfi, qui vient quand même de La Scala, donne une belle vie aux Chœurs, met de l’ambiance, une agitation toute révolutionnaire bien à propos quand il le faut, mais parfois un rien envahissante car surjouée.

L’œuvre on le sait, est composite et resserrée. Vjeekoslav Sutej la dirige avec sympathie, conviction, poésie, lyrisme (un peu trop ?) léguant à la postérité la plus placide des montées à la guillotine. Minime réserve.


Andréa Chénier (Umberto Giordano)
Orchestra Sinfonica e Coro Sinfonico di Milano « Giuseppe Verdi »
Maestro del Coro, Romano Gandolfi
Maestro Concertatore e Direttore, Vjekoslav Sutej

Enregistré à l’ « Auditorium Giuseppe Verdi » de Milan,
du 31 octobre au 9 novembre 2005 pour la Universal Music Italia s.r.l
Synopsis en italien et anglais - sans livret

Universal 476 6453





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