PROFESSEUR ANDREA RICCARDI, FONDATEUR DE LA COMMUNAUTE DE SANT’EGIDIO EN VISITE À BUKAVU.

Interview


Par Lech Walassa Mulondani Rédigé le 11/04/2009 (dernière modification le 13/04/2009)

Visite ce 10 avril 2009 du fondateur de la communauté de Sant’Egidio, le professeur ANDREA RICCARDI est venu à Bukavu pour rencontrer les membres de cette communauté catholique réunis en congrès de Pâques dans la salle des spectacles du Collège Alfajiri des Pères Jésuites.


Ils sont plus de tois cents jeunes venus de tous les coins de la RD Congo pour écouter le fondateur de leur communauté. C’est sa toute première visite en RD Congo depuis l’implantation de la communauté de Sant’Egidio dans le pays en 1999. Le professeur RICCARDI a appelé les jeunes à vivre dans l’amitié, l’amour et le dialogue et de toujours être plus proches de ceux qui sont dans la souffrance. A l’époque où le monde est tourné vers les affaires et la loi du marché, le professeur RICCARDI demande aux jeunes à donner gratuitement à ceux n’ont rien pour vivre.

Le correspondant du Podcast Journal à Bukavu s’est entretenu avec le professeur Riccardi.

Lech Walassa Mulondani (LWM) : Professeur Andrea RICCARDI, je vais, au nom de mes confrères et consœurs présents, commencer par vous souhaiter encore une fois la bienvenue ici chez nous au Congo. Alors, malgré les tracasseries que vous avez connues sur la route, sur votre chemin pour venir à Bukavu, comment vous sentiez-vous quand vous êtes arrivé au Congo pour la première fois ?

Professeur Riccardi : Très bien ! J’aime beaucoup, j’aime beaucoup le Congo car je crois que le Congo est une richesse pas seulement économique mais aussi culturelle et humaine pour l’Afrique. Je pense que l’Afrique a besoin du Congo et le Congo a des richesses humaines et culturelles très fortes. Je suis un admirateur inconditionnel du Congo.

LWM : Professeur Riccardi, vous êtes arrivé au Congo et dans la région des Grands Lacs au moment où il y a beaucoup de violences et des conflits, quelle est la solution que vous pensez être la bonne pour sortir de ce cycle de violence ?

Professeur Riccardi : Écoutez, je ne suis pas un vendeur de solutions et j’ai dit que la communauté de Sant’Egidio suit depuis beaucoup de temps la situation politique du Congo et surtout de la région des Grands Lacs. Je viens de l’Ouganda, de Kampala et j’ai eu des conversations aussi avec le président MUSEVENI et je suis en train d’aller au Rwanda mais mon voyage n’est pas un voyage politique. C’est un voyage pour visiter pendant la Pâques les communautés de Sant’Egidio. Les communautés de Sant’Egidio qui, à Bukavu, à Goma, au Burundi, au Rwanda, sont des communautés engagées avec les pauvres pour la paix.

LWM : Nous vous voyons souvent, vous les gens de la communauté de Sant’Egidio, avec les pauvres, les enfants, les démunis, les condamnés à mort etc., mais vous professeur Riccardi vous êtes le fondateur de cette communauté, quelle était votre vision de départ ?

Professeur Riccardi : Ma vision de départ,cher ami, je vous remercie pour votre question, ma vision de départ, c’est que quand j’étais jeune, c’était qu’on ne pouvait pas vivre pour soi-même ; qu’il faut vivre pour les autres, qu’il y a plus de joie en donnant qu’en recevant. Alors nous étions à Rome, nous étions en Italie, c’était la révolte de la jeunesse, c’était 68 et c’était un autre monde. Mais maintenant, le monde a changé. Personne ne se renferme en soi-même. Personne ne pense à soi-même. Il y a la crise économique. Je vois l’Europe devenir une forteresse, refuser les immigrés. La Méditerrané est devenue un grand tombeau pour beaucoup d’immigrés. Alors cher ami, la vision d’hier, c’est la vision d’aujourd’hui. Il faut travailler pour les autres, pour vivre ensemble, vivre avec les pauvres, vivre avec les gens de différentes cultures, ethnies et religions.

LWM : Professeur Riccardi, avez-vous un message particulier à la communauté ici en RD Congo ?

Professeur Riccardi : Regardez, mon message est que la communauté doit servir le vivre ensemble, doit servir la paix. Et la paix ce n’est pas la négociation seulement. La communauté de Sant’Egidio, vous le savez bien, elle a fait, elle a suivi les négociations pour la paix à Rome en 92 et on a signé la paix entre le gouvernement mozambicain et l’opposition à Sant’Egidio. Et alors, c’était un grand moment de pacification. La pacification ce n’est pas seulement une grande pacification, le grand procès, mais la pacification c’est aussi la paix dans la vie quotidienne. Porter la paix dans la vie quotidienne. C’est le travail que mes amis de Sant’Egidio font toujours. J’ai beaucoup d’admiration pour eux. Quand ils vont dans les prisons, quand ils travaillent pour la réconciliation des familles, des groupes. Ça c’est la paix au quotidien. Ça c’est mon message et c’est le message que je vois à Bukavu. Je suis ici et j’ai vu beaucoup de représentants de Sant’Egidio de Lubumbashi, d’Uvira, de Bukavu, de Goma et d’autres villes et c’est le message que j’ai reçu. Je vois qu’ils travaillent dans ce sens : la paix au quotidien. Mais la paix, il faut la gagner en soi-même. Comme disait un grand savant "gagne la paix en toi-même et le milieu autour de toi la trouvera". Ça c’est aussi la prière de Sant’Egidio pour vivre la paix et pour la donner aux autres.

LWM : Professeur Andrea Riccardi merci de nous avoir accordé un peu de votre temps pour répondre à nos questions.

Professeur Riccardi : Merci beaucoup cher ami et bon courage.





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