Petite pause sur l’écologie


Par Elise Venet Rédigé le 11/03/2021 (dernière modification le 07/03/2021)

Avez-vous cessé de vous informer sur tout ce qui a trait à l’écologie, mot dont la seule prononciation provoque chez vous un accès de fièvre ? Ou, inversement, avez-vous placardé les 5 rapports du GIEC, dûment stabilotés, sur tous les murs de votre habitat ? En solution médiane, vous pouvez écouter le podcast 20 minutes avant la fin du monde, réalisé par Antoine Hardy et Sarah Grau et porté par l’association Fréquence Moderne.


Une discussion entre amis

Antoine Hardy et Sarah Grau en studio/ © 20 minutes avant la fin du monde
Plus d’une vingtaine d’épisodes de “20 minutes avant la fin du monde” abordent des thématiques aussi diverses que le loup, les imaginaires du nucléaire, la mode, l’anthropocène, mais aussi la fête, le barbecue, la charge mentale... sous le prisme de l’écologie.

Avec mon amie Sarah Grau, nous avons cocréé ce podcast parce que nous voulions parler d’écologie sous une forme légère. Chaque épisode est conçu comme si vous rejoigniez une discussion entre amis, à un apéro en fin de journée. Nous avons fait ce choix afin de ne pas être bloqués entre deux discours. D’une part, un discours de la colère, très frontal, parce que quand on s’intéresse à ce sujet, on lit beaucoup de choses qui mettent légitimement en colère. D’autre part, un discours qui serait, d’ailleurs, plutôt une absence de discours sur l’écologie, en passant sous silence des sujets soi-disant trop polémiques, trop conflictuels”, raconte Antoine Hardy.

Antoine a un parcours politique. Il a travaillé pendant 4 ans au sein du think tank Terra Nova, avant d’occuper des postes de conseil dans un cabinet ministériel, et pour la Ville de Paris. Il fait à présent un doctorat en science politique. Son amie Sarah a été collaboratrice parlementaire puis directrice d'associations et travaille sur les questions écologiques et de démocratie participative. Elle participe à plusieurs émissions et podcasts (2 heures de perdues, EPO, Un Film 1 After).

Il y a un an, poussés par l’envie de dépoussiérer le sujet de l’écologie et de sortir de ses sentiers battus, ils lancent les premiers épisodes de “20 minutes avant la fin du monde”. S’ils ne nient pas la complexité des sujets abordés, les deux comparses entendent les aborder avec une liberté de ton et un angle personnel, à rebours des chaînes et stations de radio dominantes.

Un espace politique

Les enjeux de l’écologie sont politiques et violents parce qu’ils impliquent du pouvoir, des rapports de force, des modes de production, des intérêts divergents, etc. La société civile souhaite aujourd’hui reprendre possession des composantes de son existence, réagir aux scandales, manifester ses préférences de consommation, comme l’illustrent les mobilisations récentes des marches pour le climat ainsi que les grèves dans les lycées et dans les facs.

“Il ne faut surtout pas que les débats autour de l’écologie soient confisqués. Notre podcast est un espace politique de discussion, qui entend casser les discours préfabriqués à ce sujet. Parmi eux, le discours de la perfection et de la culpabilisation, qui sous-tend qu’il faudrait être en tous points exemplaire pour avoir le droit de s’engager ou d’exprimer son avis sur la consommation de viande, les déchets numériques... Ce discours charrie parfois des questions accusatrices comme : “d’où vient ton pantalon, ton smartphone ? T'es parti où en vacances il y a deux mois ?” Nous ne sommes pas parfaits, pas parce que nous sommes des salauds ou des gens malveillants, mais parce que nous vivons dans un monde imparfait. Ce qui m’amène au second discours auquel nous voulons tordre le coup, le discours des petits gestes, comme si les responsabilités relevaient d’un individu qui aurait toutes les solutions entre les mains, et qui devrait se convertir en parfait citoyen écologique”, poursuit Antoine Hardy.

Des questionnements pluriels

Le sujet de l’écologie a l’avantage d’être quasi-inépuisable et résonne avec notre actualité quotidienne, souvent pour le pire. “Lorsqu’un invité fait le tour des plateaux télé et studios radios pour présenter son dernier livre, film ou autre, ça ne crée pas forcément d’originalité dans le traitement de l’info. À l’inverse, l’équipe de 20 minutes avant la fin du monde permet de réfléchir ensemble pendant plusieurs épisodes. À terme, notre intention est de faire émerger une équipe de chroniqueuses et chroniqueurs qui reviennent régulièrement, comme un compagnonnage”.

L’association Fréquence Moderne occupe une belle place dans le paysage du podcast francophone et fonctionne en fonds propres. Les contenus diffusés sont produits sans sponsor, ni écoute publicitaire. “20 minutes avant la fin du monde” est ainsi le dernier-né du collectif, dont l’esprit rappelle la culture radio libre.

“À se dire “on veut parler du changement climatique, d’autres le font déjà, alors on ne fait rien”, les lignes ne risquent pas de bouger. Notre podcast creuse des sujets qui nous plaisent, selon les envies des membres de notre équipe. Naturellement, il y a les sujets attendus de l’écologie : mode, déchets numériques, nucléaire, énergies fossiles, industries polluantes, etc. Néanmoins, nous avons fait de très beaux sujets hors-pistes : un sur les quartiers populaires avec Fatima Ouassak par exemple, ou sur la fête l’été dernier ! Dans cet épisode sur la fête, on ne parle pas seulement de gobelets en plastique utilisés lors d’un festival en pleine jungle thaïlandaise ; on échange sur le rapport au corps, à la danse, aux drogues. ”

Une série de 3 épisodes (le premier est en ligne) sur le bonheur vient compléter les 20 premiers. Elle traite de l’injonction au bonheur, du ralentissement et du sommeil, et du yoga et de la méditation. “Dans cette période particulièrement difficile de pandémie, avec beaucoup de précarité et de souffrance, chez les étudiants, mais pas que, il est intéressant de réfléchir à la possibilité d’être heureux. Par exemple, la méditation est-elle un repli sur soi un peu bourgeois qui voit l’univers à travers les rites de la méditation, ou alors est-ce une façon d’être plus fort pour affronter les changements à mettre en place ? Notre podcast entend rester innovant dans le traitement de ses thématiques, mais sans changer notre identité profonde,” conclut Antoine Hardy.

Petite pause sur l'écologie.mp3  (904.25 Ko)






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