Sénégal: prostitution face à l'essor du tourisme sexuel


Par Rédigé le 28/12/2018 (dernière modification le 28/12/2018)

Le tourisme sexuel au Sénégal est un véritable problème sociétal. Souvent interdite, parfois tolérée sous certaines conditions, ici nous mettrons en exergue les différentes formes de la prostitution en dehors des réseaux de proxénétisme. Lors d’un séjour au Sénégal nous sommes allés à la rencontre de ces hommes et femmes qui, pour fuir la misère sociale "profitent" du tourisme sexuel.


Contexte socio-économique

Prostitution au Sénégal: un fléau social alarmant. Photo (c) Geralt

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Bien que les clients principaux soient des locaux, l’arrivée d’une clientèle dite "toubab", touristes occidentaux blancs, prend de l’ampleur et fait du Sénégal la destination phare pour le tourisme sexuel.

Malgré le fait que le tourisme sexuel ait toujours existé, depuis quelques années, cette activité a explosé principalement dans les zones touristiques comme les villes de Dakar, Saly et Mbour. Pour des raisons économiques et afin de survivre à la paupérisation, la prostitution au Sénégal gagne du terrain et trouve sa place auprès des touristes occidentaux blancs, les "toubabs".

Le Sénégal est l'un des pays les plus stables avec une économie des plus performantes de l'Afrique subsaharienne. Son président actuel, Macky Sall dirige le pays depuis mars 2012. Après des décennies de croissance très modeste, le gouvernement adopte en 2014, un nouveau plan de développement, le Plan Sénégal émergent (PSE), conçu pour aider le pays à sortir de ce cycle de faible croissance et de progrès insuffisants en matière de réduction de la pauvreté.

Malgré le manque de données statistiques récentes, la Banque Mondiale révèle qu'en 2010, 46,70% de la population se situe sous le seuil de pauvreté. La réduction de la pauvreté reste donc modeste et continue d'afficher des taux élevés. Selon l’Enquête nationale sur l’emploi au Sénégal (ENES), les données relatives au taux de chômage des personnes âgées de 15 ans ou plus est évalué à 22,70% au premier trimestre 2017.

Cependant, le Sénégal est un pays touristique et compte bien faire de cet atout un levier majeur pour son développement économique et social. Malgré des efforts dans l'augmentation et l'amélioration des structures destinées au tourisme du pays, il subsiste une économie souterraine non négligeable: la prostitution.


Les "encartées"

Les "encartées" sont des prostituées titulaires d'une carte sanitaire et ont pour obligation d’effectuer un contrôle médical régulier (tous les mois). Cette condition a été mise en place par le gouvernement et les ONG afin de prévenir contre les risques de MST voire de VIH. Si une prostituée ne possède pas sa carte sanitaire elle encoure une incarcération judiciaire.

La prostitution "professionnelle"

A défaut d’être sur le trottoir certaines femmes prostituées exercent dans des boîtes de nuit ou des bars dansants, probablement pour "des raisons de sécurité". Malgré le fait qu’elles n’ont pas de proxénète, les responsables des bars ou des boîtes où elles exercent n’hésitent pas à prendre une commission. Ils leur mettent à disposition des chambres de passes sinon elles reçoivent leurs clients dans les toilettes voire à l’extérieur dans un endroit isolé. La prostitution "professionnelle" ne signifie pas pour autant qu’elles ont une carte sanitaire, elles s’adonnent alors à ce qu’on appelle la prostitution "clandestine".

La prostitution "clandestine"

Cette forme de prostitution est présente dans la plupart des grandes zones touristiques comme la ville de Dakar, Saly ou encore Mbour. A la différence des prostituées possédant une carte sanitaire et qui facture rarement la nuit à moins de 75€ (50.000FCFA), la prostitution "clandestine" se contente d'un billet de 5.000FCFA soit 7,50€. Au cours de notre visite, nous étions étonnés de voir que de nombreuses jeunes filles, probablement des étudiantes pour la majorité pratiquaient cette forme de prostitution. Oumy et Mamadou sont tous deux étudiants à Dakar, le week-end ils ont pour habitude de travailler ensemble dans les bars de la région. Ici, ils rentrent en contact avec des couples généralement âgés et désireux de pratiquer l'échangisme. Pour eux, ce n’est qu’une activité occasionnelle afin de payer leur étude et aider leur famille. Bien sûr le sujet est très tabou et à aucun moment il est évoqué au sein de la famille.

La prostitution "occasionnelle"

La misère sociale palpable qui règne dans certain coin du pays pousse certaines femmes seules, veuves, mères de famille ou célibataire à pratiquer la prostitution "occasionnelle". Fatou, une jeune commerçante la journée nous confie qu’il lui arrive d’avoir des rapports sexuels avec des touristes dans leur hôtel ou bien au sein de son domicile.

Le "mbaraan"

Afin de satisfaire leur côté matérialiste et prétendre à un niveau de vie supérieure, certaines femmes pratique le "mbaraan" qui consiste à avoir un ou plusieurs partenaires. Elles reçoivent, en échange de rapports sexuels ou juste de compagnie (escort girl) des cadeaux et de l’argent de leurs conquêtes. Rama, une jeune femme qui vit à Saint-Louis nous précise que la multiplication des partenaires sexuels favorise évidemment les MST et que malheureusement l’usage du préservatif reste marginal.

La prostitution homosexuelle

L’homosexualité au Sénégal est considérée comme un délit puni par la loi. Cela n’empêche pas pour autant à la prostitution homosexuelle d’exister cependant il est difficile de trouver des bars spécialisés dans les rencontres homosexuelles ainsi elle est présente là où sont les femmes prostituées. Dramane, un jeune homme de 17 ans nous explique qu'il se prostitue avec des hommes seulement parce que cela rapporte plus d'argent. La seule motivation reste donc financière pour cet homme hétérosexuel.

La prostitution "intergénérationnelle"

Le tourisme sexuel ramène surtout une clientèle âgée. En effet, des personnes âgées en couple ou seules viennent au Sénégal afin de profiter d'une "nouvelle jeunesse". Pour Lamine, cette forme de prostitution est plus migratoire que financière, le but principal étant de se marier avec leur conquête afin de rejoindre l’Europe. Il s’est marié en 2017 avec une Anglaise de 20 ans son aînée, ses proches estiment qu’il a "réussi".

La prostitution en ligne

L’investiture d’internet pour élargir son champ d’action est probablement la prostitution "de demain" comme nous le précise Cora car elle permet d’éviter le racolage et les rafles policières. En effet, sur la toile, plus précisément sur Facebook, des sites de rencontres voire pornographiques, la prostitution clandestine n’est pas prête de s’arrêter. Les prostitué(e)s déposent leur annonce accompagnée d’une photo ou d’une vidéo explicite. En vue de la forte concurrence en ligne, Cora nous révèle que plus ses vidéos sont "affriolantes", plus elle "ramasse" des toubabs.

Pour respecter l’anonymat des protagonistes nous avons changé leur prénom ainsi que leur ville.







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