Sinistre du marché central de Douala, voici l'heure des bilans


Par Philippe Totto Rédigé le 04/01/2010 (dernière modification le 04/01/2010)

Lorsqu’un évènement, surtout dévastateur comme celui de l’incendie du marché central de Douala, nous surprend, il est important d’en établir le rapport de causalité et d’en tirer des leçons.


Un élément des sapeur pompiers en pleine action
Arrêtons de dessiner le diable sur nos mûrs, arrêtons d’accuser la malchance. Le marché central de Douala le 15 décembre a été la proie des flammes sur sa partie sud (située dans le quartier New-Bell, lieu dit «MAKEA», séparé des quartier Congo et Nkonmondo par une route). Alors que l’incendie a été constaté aux environs de 13 heures, celui-ci avait déjà causé beaucoup de dégâts. Saluons l’intervention musclée (mais insuffisante) des «corps armés», qui, systématiquement ont sécurisé le périmètre en balisant toute la partie du marché concernée par les flammes pour empêcher ainsi les marchands dont les boutiques étaient menacées de s’y aventurer dans le but de sauver quelques marchandises. Rapidement, ils ont mis sur pied une stratégie d’intervention sur tous les flancs de l’incendie. La population n'a pas manqué de constater un manque d’infrastructures pour lutter contre l’incendie et le manque d’une véritable politique de prévention des risques liés. Par conséquent, il a fallu plus de 24 heures pour venir à bout de l’incendie.
En dépit du fait qu’aucune commission d’audit n’a pût jusqu’ici donner les causes exactes de la calamité, il a été annoncé officiellement que celle-ci proviendrait d’un court-circuit électrique occasionné par la vétusté de ses installations et l’inconscience avérée de ses marchands. En effet, quelques jours plus tôt, alors que le marché central était victime d'une rupture d’électricité, les marchands ont procédé à des installations électriques frauduleuses et dangereuses. Certains habitants des quartiers voisins accuseraient aussi, à la volée, un sabotage suite à l’intervention des agents de la Cud qui a eu lieu un jour avant l’incendie.
Selon une commerçante dont la boutique a brûlé, "le feu a commencé comme une blague. Nous avons entendu crier : Alerte au feu ! Plusieurs fois, certainement, tous nous avions assimilés cela aux blagues. C’est à l’apparition de la fumée que tout le monde a compris que ces cris étaient bien fondés". Elle continue en localisant très vaguement l’épicentre de l’incendie : "là, il y avait plusieurs nids de flammes" dit-elle en indiquant le bâtiment où est perché le sapeur pompier sur notre photo. Selon une autre marchande, l’incendie a vite pris de l’ampleur car celui-ci a trouvé dans certaines boutiques des éléments catalyseurs, elle cite : "les motos dont les réservoirs sont chargés d’essences, les groupes électrogènes en marche" sans oublier l’insalubrité des lieux.

Intervention

Tout l’arsenal «anti-incendie» de la ville de Douala était au rendez-vous, mais celui-ci s’est heurté à une carence infrastructurelle dans le domaine de la prévention incendie. Nous pouvons citer parmi ces équipes d’interventions, les Sapeurs pompiers, l’unité du Port Autonome de Douala, l’unité d’incendie des aéroports, les voitures de la police anti-émeute et l’unité de la communauté urbaine de Douala. Malgré cela, les flammes en furie n’ont pas trouvé une véritable opposition. Le spectacle était effrayant et les flammes qui vivement continuaient leur course atteignaient la dizaine de mètres de hauteur. La non opérationnalité des bouches d’incendie obstruées et le manque d’eau à proximité seraient à mettre à l’actif de l’impuissance de nos «soldats du feu» ; dont deux ont été atteints et évacués à l’hôpital pour des soins.

Apport du gouvernement

Le Mincommerce, Luc Magloire MBARGA ATANGANA qui a visité les ruines du marché a rassuré les sinistrés du soutien que leurs apportera le gouvernement. Accompagné du ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat, en la personne de Laurent ETOUNDI NGOA, du président de la chambre de commerce, d’industries, des mines et de l’artisanat du Cameroun (Ccima), du gouverneur de la région du littoral et plusieurs autres personnalités de la ville de Douala, le Mincommerce et son staff ont constaté de visu l’ampleur des dégâts et imaginé (vu la nature des décombres) le bilan en perte matérielle.

Leçons

Ce marché construit en 1970, inauguré le 28 novembre 1981 par le Premier ministre Paul Biya et qui n’a jamais subi, selon les marchands, aucune modernisation, tant de son système électrique que de ses infrastructures est victime aujourd’hui d’une catastrophe qui n’est pas la première, mais la première du genre. Pouvait-on prévoir cela quand exactement 10 jours avant le désastre, la maire de la Commune d’arrondissement de Douala II, Denise FAMPOU, déclarait sur les antennes d’une chaîne de télévision locale que : "le marché central de Douala est une poudrière" ? Poudrière qui n’a pas tardé d’exploser. Que cela émane d’un vieillissement des installations ou d’une irresponsabilité civile et morale des commerçants, le moment est de passer à l’assaut de ces différents maux qui minent notre société et de planifier une politique de gestion préventive des risques et une politique d’amortissement des infrastructures de nos marchés. Car, tout comme le marché central de Douala, le marché Mboppi, le marché Mokolo, le marché Madagascar et les autres marchés de la république souffres des mêmes maux.

Pertes et dégâts

Apprécions la nature des décombres et estimons les pertes encourues
Saluons avec brio l’intervention des «soldats du feu» qui, grâce à la sécurisation du périmètre concerné, a évité des pertes en vie humaine. D’un autre coté, saluons aussi l’action préventive de la Cud qui a nettoyé tous les alentours du marché des commerçants qui y habitaient dans l’anarchie totale sans quoi on y aurait enregistré plusieurs pertes en vies humaines. S’il n’y a aucune perte en vie humaine, nous dénombrons des pertes matérielles estimées à plusieurs dizaines de milliards de Fcfa. Ceci s’explique par le fait que ce marché est un vraie mastodonte où viennent se ravitailler plusieurs pays de la sous région et au regard de cette période des fêtes où chaque commerçant a investi très gros dans les achats pour assurer un stock qui lui permettrait de répondre de manière continue à la demande de la clientèle qui est de loin au-dessus de celui des mois antérieurs. Aussi notons le manque à gagner que cause l’état actuel de ce marché et qui est évalué à une centaine de millions par mois (somme récoltée par le concessionnaire) dont 20 millions Fcfa seulement est reversé à la communauté.





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