Stravinski et Strawinsky, père et fils


Par Jeanne Voisin Rédigé le 27/02/2015 (dernière modification le 27/02/2015)

On a bien lu. Strawinsky, Théodore Strawinsky, fils aîné de l'illustre compositeur du "Sacre du printemps", Igor Stravinski. Le musée de Carouge, consacre à ce peintre une belle exposition qui sera sans doute pour beaucoup, une agréable découverte.


Autoportrait par Théodore Strawinsky, 1925.
Il est situé au centre de cette localité de quelque 20.000 habitants, séparée de Genève par la rivière Arve, dans une charmante petite maison avec jardin.

Théodore Strawinsky naît à Saint-Pétersbourg le 24 mars 1907, sa famille arrive en Suisse en 1910. C'est un enfant très doué. Il suffit de regarder sa grande aquarelle "Bataille navale" réalisée quand il avait sept ans. Ou bien encore celle qu'il a exécutée de mémoire le lendemain de la première de L’Histoire du soldat, composition de son père sur un texte de Charles-Ferdinand Ramuz. La création avait eu lieu le 28 septembre 1918, au théâtre municipal de Lausanne. L'atmosphère artistique dans laquelle il baignait n'a pu qu'améliorer son talent précoce. Après son séjour en Suisse, il vit en France, dans le sud, en Isère et à Paris. Là, il suivra pendant deux ans les cours de l'Académie André Lhote et commence à exposer. Picasso, Braque et Derain ne lui ménagent pas leurs encouragements. Il réalise des décors de théâtre et se lance dans l'illustration, pour des ouvrages de Ramuz et Giraudoux, ainsi que des compositions de son père, "Noces" et "Petrouchka" ou encore "Oedipus rex" d’Igor Stravinski et Jean Cocteau. Le 29 juin 1936, il épouse à Paris, Denise, une relieur d'art, fille du peintre suisse Stéphanie Guerzoni, ancienne élève de Ferdinand Hodler. En 1948, il reçoit une commande pour exécuter en vitrail cinq Scènes de l’Évangile à l'église Saint-Sulpice de Siviriez, près de Fribourg. Et pendant quelques décennies, il réalisera de nombreuses peintures murales, des vitraux pour des églises à Genève et en Haute-Savoie entre autres, ou des tapisseries notamment. Et décorera plusieurs églises aux Pays-Bas et en Belgique. Théodore Strawinsky consacre ses dernières années à divers travaux. Il publie Catherine and Igor Stravinsky a Family Album en hommage à ses parents. Avec son épouse, il dresse l’inventaire de son œuvre peint. Atteint de cécité en 1987, il doit cesser de peindre. Théodore Strawinsky qui avait obtenu la nationalité suisse, est mort le 16 mai 1989 à Genève et repose au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans le département de l'Essonne. Auprès de plusieurs membres de sa famille et de son épouse Denise, qui l’a rejoint en 2004.


Mise en valeur

Denise, sa veuve, a créé en 1991 la Fondation Théodore Strawinsky, dont le but est d'honorer la mémoire du peintre et de promouvoir son œuvre. Cette dernière organise des expositions et édite un catalogue raisonné, consultable en ligne depuis le 26 novembre dernier. Située à Genève, elle décerne chaque année un prix réservé à un jeune peintre diplômé de la HEAD, Haute école d'art et de design, de cette même ville.
Quelque 5.000 œuvres, huiles, pastels, aquarelles, gouaches, estampes, mines de plomb, en constituent le fonds. Au moins 700 maquettes et travaux préparatoires de son œuvre religieux ont été légués en 1995 au Musée suisse du vitrail, appelé maintenant Vitromusée, à Romont, dans le canton de Fribourg.
La Fondation a collaboré à la réalisation de l'exposition du musée de Carouge, organisée à l'occasion du 25e anniversaire de la mort de l'artiste. Le visiteur est invité à entrer dans son oeuvre d'une façon chronologique et suivant les nombreux thèmes qu'il a traités au cours de sa longue carrière. Artiste en dehors des modes, très classique mais avec beaucoup d'originalité, on y décèle même parfois quelque référence au cubisme. Philippe Lüscher, directeur du musée, précise "Ce qui l’intéresse n’est pas le rendu de la réalité, mais la distribution des volumes, les rapports de couleurs, les jeux de lumière…". Portraits, le sien et celui de son père, scènes de cirque qu'il semble beaucoup affectionner, décors et costumes de théâtre, illustrations d’œuvres littéraires, paysages, en particulier les bords de l'Arve, une route ou une plage du sud qui nous ramènent à des époques révolues. Ou natures mortes, sans oublier ses multiples réalisations dans l’art religieux. On aura donc compris que c'est un artiste dont la re(découverte) ne laisse pas indifférent et qu'il serait dommage de se priver de cette visite au musée de Carouge si l'on passe par Genève...

"Théodore Strawinsky" au 
Musée de Carouge, Place de Sardaigne, 2. Du mardi au dimanche de 14 à 18h, jusqu’au 22 mars 2015. Entrée libre. Tél: 0041 22 342 33 83 Fax: 0041 22 342 33 81

Pour en finir avec l'ambiguïté

Stravinski, Strawinsky, on pourrait penser que c'est la confusion. Les deux villes suisses qui ont accueilli le compositeur, lui ont rendu hommage avec le quai Igor Strawinsky à Morges et le célèbre Auditorium Stravinski à Montreux. La transcription du cyrillique dans l'alphabet latin donne Strawinsky. Graphie que le musicien a utilisée jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale. Sylvie Visinand, archiviste de la Fondation Théodore Strawinsky. indique que "Le compositeur est parti aux États-Unis en 1939 et là il a changé l’écriture de son nom". Le w a été remplacé par un v. Quant à Stravinski, cette forme n’est apparue que plus tard. L’Unesco a voulu uniformiser la terminaison des noms slaves en "ski". Le peintre Théodore Strawinsky, a donc gardé le nom de sa famille à l’identique. Le canton de Vaud est tolérant si on se réfère au quai Igor Strawinsky de Morges et le célèbre Auditorium Stravinski de Montreux. Cyril Favre, président de la commission de nomenclature et géomètre cantonal précise "Une cohérence au niveau cantonal ne fait pas partie de nos priorités et elle irait assurément à l’encontre de la préservation du patrimoine onomastique, culturel, voire historique". En revanche, les guides routiers, GPS, web, cartes ou autres applications, n'arrivent pas toujours à s'y retrouver. Au point que pour éviter les recherches difficiles, le village de Clarens a baptisé une de ses voies, rue du Sacre du Printemps… Se souvenant qu'en 1913, sur son territoire, le compositeur avait terminé cette œuvre devenue mythique.

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