Trianon, 90 ans mais toujours en forme !


Par Rédigé le 04/06/2010 (dernière modification le 26/05/2010)

Chaque année, l’anniversaire du traité de Trianon, signé le 4 juin 1920, est immanquablement fêté tristement par une partie de la population avec plus ou moins d’emphase et de bruit. Cette fois-ci, après la victoire de la droite aux élections législatives en avril, où le traité de Trianon et ses conséquences ont souvent été évoquées dans les discours électoraux tant par le Fidesz que par l’extrême droite, le Jobbik, les commémorations devraient prendre une allure encore plus symbolique qu’à l’ordinaire.


Petit rappel

Les nouvelles frontières de l'Europe après les traités de paix (DR)
Beaucoup de choses ont été dites sur ce traité par beaucoup de gens qui souvent ignorent ou veulent ignorer certains faits. Il a été signé il y a 90 ans, le 4 juin 1920 au Grand Trianon pour certains, à l’hôtel Trianon Palace à Versaille pour d’autres. Nombreux sont les Hongrois qui se rendent en délégation pour pleurer sur les murs du Petit Trianon - souvent couverts de graffitis accusateurs.
Plus nombreux encore sont les Hongrois qui accusent le Français Georges Clemenceau de tous les maux. Pourtant, encore peu de Hongrois connaissent les détails des événements et l’on ne peut pas leur en vouloir car depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les manuels scolaires et autres livres d’histoire, le nom de Trianon était à peine cité - le sujet était interdit - et lorsqu’il l’était, le traité était considéré comme la cause des problèmes sociaux-économiques de l’époque, sans plus.
Nous ne pensons pas comme d’autres que Georges Clemenceau était si hostile que cela à la Hongrie. Il ne faut pas confondre hostilité et indifférence même si parfois le résultat est identique. Georges Clemenceau a surtout eu le tort d’être président de la Conférence de Paris où furent initiés tous les traités de paix d’après la Première Guerre mondiale. Loin de nous, l’intention de vouloir le dédouaner de ses responsabilités, mais n’oublions pas non plus les autres nations présentes et tout aussi responsables : les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie sans parler dans le cas de Trianon de la Roumanie, de la nouvelle Tchécoslovaquie, du royaume des Serbes, Croates, Slovènes et surtout sans oublier enfin, la Hongrie. Les Français étaient obsédés par l’Allemagne, le problème des minorités hongroises pesaient peu dans la balance face aux revendications des pays de la future Petite Entente et des pressions qu’elles exerçaient sur les autres pays vainqueurs. Ne pas voir de romantisme, là où il n’y a que de la realpolitik.
La Hongrie perdit les deux tiers de son territoire et les trois cinquième de sa population (reste environ 8 millions d’habitants). Le traumatisme fut énorme. A tel point qu’aucun dirigeant durant l’Entre-deux-guerres ne réussit à proposer autre chose qu’une politique révisionniste. Plus rien d’autres ne comptaient que la possibilité de recouvrer les territoires perdus. Istvàn Bethlen qui fut président du Conseil de 1921 à 1931 ne réussit pas à proposer une autre voie à ses compatriotes, laissant la porte ouverte dans les années 30 aux tenants de revendications beaucoup plus agressives.

Aujourd’hui encore le sujet n’a pas encore été assez discuté, analysé, digéré et fait encore partie des thèmes sur lesquels le travail de mémoire est encore loin d’avoir été effectué. Surtout lorsque l’on voit que le leader du Jobbik, Gabor Vona a suivit une formation universitaire en histoire, on est en droit de se demander à qu’elle histoire il a été confronté durant son cursus.

L’utilisation du traité de Trianon dans le discours politique actuel

En avril, le Fidesz a non seulement gagné les élections législatives mais il a réussi à obtenir la majorité des deux tiers au parlement. Cette victoire «historique» va permettre à la droite hongroise de mettre en place rapidement de nouvelles lois. La première d’entre elles concernent le statut identitaire des Hongrois au-delà des frontières. Alors qu’en 2004, le Fidesz avait déjà proposé un référendum sur la question et que le résultat avait été invalidé faute de participants, le sujet revient en force, au risque de détériorer des relations de voisinage parfois déjà extrêmement compromises comme c’est déjà le cas avec la Slovaquie par exemple.

Premier projet, faire du 4 juin, un «Jour de l’unité nationale», tel est la loi proposé par un député du Fidesz et par le leader du parti chrétien démocrate. Le mot «national» est très en vogue en ce moment en Hongrie où nombreux sont ceux qui veulent rallier à eux les minorités nationales vivant au-delà des frontières.

De son côté, le Jobbik a proposé un débat sur le traité de paix «coopération nationale dans le bassin des Carpates» et envisage d’inviter les ambassadeurs des nations voisines. De son côté le Fidesz - déjà engoncé dans son costume gouvernemental - préférerait une simple commémoration. Pas si curieusement que cela, le LMP (les écologistes) soutiennent ce projet. En effet, parler de Trianon semble la meilleure façon de comprendre les événements. Les finalités du projet ne seront peut-être pas les mêmes : accepter ou refuser les conséquences pour envisager de les modifier mais le risque nous semble-t-il vaut la peine d’être courut. Ce qui est certain c’est que refuser d’en parler, comme le font régulièrement les représentants de l'État français en Hongrie par exemple n’est pas la bonne solution. Chaque année, des membres du Jobbik entre autres, le 4 juin, défilent devant les grilles de l’ambassade de France à Budapest qui préfère se retrancher derrière ses murs, dans un silence que chacun jugera à sa façon. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Le Jobbik est entré au parlement, le traité de Trianon a fait un bruyant retour sur la scène politique, le silence ne semble plus de mise et la France et seulement, mais aussi l’Union européenne, devrait rapidement ouvrir des pistes de réflexion sur ces problèmes de nationalités, de minorités au sein de l’Union avant que le débat ne les dépasse. Pour l’heure, de l’angle d’où l’on perçoit les choses, l’on peut penser que l’action bruxelloise n’a pas été très impressionnante ni efficace sur ces questions, ou encore estimer que grâce à l’Union européenne, les choses ne se sont pas dégradées au point d’envisager la violence comme seule issue.





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